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12 mai 1962 : la date que les harkis ne veulent pas oublier en Alpes-de-Haute-Provence (04)

L'envoi d'un télégramme par le ministre des Armées marque le début d'atrocités et de leur exode en métropole

Yamina Chalabi (au centre sur cette photo) veille sur les harkis des Alpes-de-Haute-Provence avec une grande bienveillance et beaucoup de respect.Photo G.RY

 

Elle veille sur eux comme une mère sur ses enfants. Yamina Chalabi, fille de harkis, se fait un devoir d'oeuvrer avec l'association Aracan pour que l'on n'oublie pas dans quelles conditions des dizaines de milliers de personnes ont dû fuir l'Algérie pour se réfugier en France où l'on ne voulait alors pas plus d'eux. Dans ce drame humain, la date du 12 mai 1962 marque le début en Algérie de massacres à l'encontre de la communauté harkie.

53 ans plus tard, elle se fait la porte-parole des familles installées dans le département.

Pourquoi cette date est importante, par Yamina Chalabi

Si depuis 2001 Jacques Chirac a fait du 25 septembre la journée d'hommage national aux supplétifs de l'armée française en reconnaissant que "la France en quittant le sol algérien n'a pas su sauver ses enfants", il est une date tout aussi incontournable dans le drame des harkis.

En effet, en ce 12 mai 1962, le ministre des Armées Pierre Messmer adresse un télégramme aux forces armées d'Alger qui marque l'abandon des harkis en Algérie. Louis Joxe, alors ministre des Affaires algériennes, envoie ce même jour un autre télégramme qui condamne les quelques débarquements des supplétifs en métropole et ordonne également leur refoulement sur le sol algérien. Ces actes officiels jalonnent l'histoire des supplétifs et témoignent d'un silence qui, 53 ans après une longue période d'oubli organisé et structuré, se révèle encore dans sa complexité.

En dépit des accords d'Evian et le cessez-le-feu du 19 mars 1962, le climat de terreur et la frénésie de cette guerre qui arrive à son terme conduisent à de nombreuses exactions. Désarmés et laissés sans protection, les familles harkies se heurtent alors à une population hostile. S'opèrent des massacres indescriptibles et une répression aveugle : "Des centaines d'hommes sont enterrés vivants, écartelés, traînés derrière des camions ; les femmes sont violées, éventrées... les enfants tués." Certains officiers SAS (sections administratives spécialisées) enfreindront les instructions en organisant le rapatriement de centaines de harkis.

Attentisme ou passivité, de nombreux moyens militaires français sont pourtant toujours stationnés sur le territoire algérien. Le contrôleur général de Saint Salvy écrira, à ce propos, "les crimes de guerre commis en Algérie depuis le 19 mars 1962 sont sans précédent depuis la dernière guerre mondiale dépassant tout ce qui avait pu être constaté en Asie ou en Afrique Noire." Ainsi, près de 80 000 à 150 000 supplétifs seront massacrés. Seules 21 000 familles rejoindront la France dès l'automne 62.

Après la fureur des hommes, voilà les spasmes d'un départ précipité, d'un exode et d'une déchirure aggravée par une relégation en France de familles harkies entières dans les camps dits "de transit" dont le fonctionnement répond à une logique concentrationnaire.

Le fait de survivre a alors consisté à faire le secret sur sa condition. Il nous suffit d'articuler le mot harki pour que changent encore les comportements.

Ils témoignagent : "On a reçu des clous et des insultes"

Barri Yahoui se souvient de son départ d'Algérie.

Barri Yahoui était engagé dans l'armée française en Algérie depuis 1952. Après le 19 mars 1962, et surtout après le 12 mai de la même année, il assiste à de nombreux massacres. "Femmes éventrées, hommes et femmes lapidés", raconte-t-il. "On avait la peur au ventre", dit-il. Jusqu'à ce qu'il décide de partir en France, en août 1962, où il retrouve un statut civil. "J'ai laissé toute ma famille là-bas."

Khélifa Aouachria

Khélifa Aouachria est arrivé en France en novembre 1962. "J'ai dû venir par mes propres moyens. En Algérie on était au courant des massacres", raconte-t-il. "En France, j'ai d'abord été hébergé dans un hangar à Marseille. Des familles entières y étaient entassées ; c'était affreux. Puis j'ai intégré une entreprise à Marseille avant d'être dirigé à Valence puis au camp de Rivesaltes et enfin au camp des Quatre Saisons à Manosque (il se trouvait à proximité de là où se situe la zone industrielle Saint-Maurice actuellement, NDLR)", raconte-t-il. "Je n'ai jamais eu aucune aide. On a eu des clous et des insultes. On a vécu dans des maisons où il y avait des punaises et des cafards."

Abdelkader Benaïcha

Abdelkader Benaïcha était engagé dans les Sas (Sections administratives spécialisées) depuis 1957. "On a vite su pour les massacres qui se passaient", affirme-t-il. Il décide alors de quitter l'Algérie pour le France, où il arrive le 26 juin 1962. "Je suis arrivé avec ma famille le 1er octobre 1962 au camp du Larzac. J'y suis resté quatre mois avant d'être dirigé vers le camp de Rivesaltes", se souvient-il. "Je suis arrivé à Manosque, à la cité Saint-Martin (quartier des Grands Prés, NDLR) le 24 octobre 1964. On a eu une vie de misère."

Source : Guilhem Ricavy

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Dorénavantsi vous le souhaitez, vous pouvez laisser un commentaire sous chaque article en bas à gauche, dans commenter cet article l'Association Départementale Harkis Dordogne Veuves et Orphelins , et le site http://www.harkisdordogne.com/ Périgueux

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