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Demande de soutient à DJENANE Nadia Fille de harki (1)

Demande de soutient à DJENANE Nadia Fille de harki

Mon père DJENANE Abdelkader  naissait le 24 avril 1931 en Algérie dans la région de Oran, ancien combattant au sein de l'armée Française.

À l'âge de 19 ans en 1951 il s'engage dans l'armée française de 1950 à 1979 il se marie il a combattu dans les tirailleurs Algériens 27° BTA en Indochine puis en Algérie, à son retour d'Indochine où il a été blessé à l'abdomen par une balle qui a traversé son ventre mon père fait partie de ce que l'on appelle les supplétifs.

Demande de soutient à DJENANE Nadia Fille de harki

DJENANE Abdelkader porte drapeau

Dans la région de Oran était issue d'une famille très pauvre vivant et travaillant dans une ferme dès son plus jeune âge car son papa était décédé alors qu'il était âgé de 3 ans au plus il nous disait souvent qu'il marcher dans le gel sans chaussures car sa maman avait juste de quoi nourrir ses enfants.

À son arrivée peu de temps s'écoule et c'est la guerre d'Algérie il est papa de 2 enfants un garçon et une fille.

Mon père était veuf de sa 1ère union​ le 8 mai 1962, sa femme se fait empoisonner par L’ OAS ses enfants seront élevés par leur grand-mère.

Le 14 mai 2015 décès de mon père DJENANE Abdelkader

Suite à son décès le jour de l'ascension nous avons donc essuyé un refus de la mairie de Montpellier en ce qui concerne l'achat d'une concession dans le carré musulman de la commune car ma mère toujours vivante réside sur Fabrègues où il n'existait pas de carré musulman; suite à ce refus j'ai donc demandé de l'aide à la communauté harkis de la ville pour m'aider à trouver un cimetière qui pourrait accueillir mon père dans leur carré musulman, nous avons donc obtenu un accord de la mairie de Lattes le samedi 16 mai 2015 dans l'attente d'un accord pour la création d'un carré musulman sur Fabrègues la réponse nous a été donner le lundi 18 mai 2015, la mairie accepte et crée aussitôt un carré musulman au cimetière du haut, dans une discussion nous évoquant que si possible comme le cimetière accueille désormais un musulman et qu'il y a un Juif pourquoi ne pas mettre à coté de la croix un croissant musulman ainsi que l'étoile de David;

nous mandatons ! les pompes funèbres pour l'enterrement qui aura lieu le lendemain à 15 h.

Le 19 Mai 2015 à 10 H 20 nous sommes informer qu'un article sur

Hérault h24

sur Facebook

parlant de mon père est publié avec son nom et prénom et fausse information, à savoir que nous n'avons pas demandé de retirer la croix chrétienne comme il est cité, mais seulement de créer un carré musulman et éventuellement ajouter les autres signes religieux prés de la croix situé sur le portail; à la suite de cette article mensonger une avalanche de haine raciale et diffamation s'est abattu sur notre famille sans même respecter le défunt et sa famille malgré que nous leur disions que tout est faux.

J'ai contacté le Mrap Montpellier, diverses associations citoyennes (CDS), anciens combattants, harkis, qui m'ont orienté vers la gendarmerie de Saint-Jean De Védas ou l'Adjudant Chalier  ont  a pris ma plainte après avoir pris connaissance des articles, des commentaires et le feu vert du procureur pour

PROVOCATION PUBLIQUE A LA DISCRIMINATION OU LA HAINE RACIALE.

 

  Je suis Nadia l’aînée de 4 enfants 2 filles et 2 garçons issus de sa

3e union avec ma mère Djenane Yamina en 1981.

Je demande à la communauté toute son attention face à cette

affaire car nous sommes concernés et cela démontre que la

reconnaissance attendue depuis 1962 n'est pas d'actualité en 2015  

ARTICLE DE LA CROIX

Contact  Nadia Djenane -  nadia.djenane25@gmail.com

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Revenir à La suite (2) 08/07/2015 Cliquez sur la photo

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salagnac 13/07/2015 17:22

Bel exemple d'une volonté d'unité patriote au delà des cultures religieuses. Une idée allant dans le sens de: http://www.mariejeannejourdan.com/tag/religion%20-%20histoire/, "l'écolobabisme", la religion des partisans de la Vie qui prône la connaissance de l'histoire des religions et une évolution commune adaptée à la connaissance de notre monde au XXIeme siècle, afin de créer un monde de paix et assurer la protection du patrimoine génétique de l'humanité, le paradis sur terre donc et l'éternité de nos gènes. Je peux rencontrer les communautés qui le désirent.(mettre un commentaire sur l'article avec le nom de la communauté ou secrétariat à contacter ou mail ou écrire à aj56@live.fr)

Sadouni 13/07/2015 12:37

Brahim Sadouni : témoignage de mon oncle Ali 1985,
Troisième partie : fuir l’Algérie !

– chaque jour de bonne heure, ils devaient se rassembler devant la mairie pour se rendre dans les montagnes, couper du bois et le charrier ensuite jusqu’au village, soit pour des familles de FLN dont le chef avait été tué pendant la guerre, soi-même pour des membres du FLN encore vivants. Bien sûr, il ne recevait pas un centime pour cette tâche pénible.
– comment se passèrent tes journées après ton retour de prison ?
— Je devais, à tout instant, rester sur mes gardes ! Quand je croisais un passant, il me crachait au visage où me lancer quelques insultes.
– un jour, mon cousin Athman, qui n’était pas harki, m’invita chez lui. Après le dîner, la conversation s’engagea sur la situation du pays. Il m’apprit que son prestige était considérable au sein des révolutionnaires. Nous aurions pu poursuivre nos discussions tard, mais il était temps de se quitter. Au moment où je m’apprêtais à partir, il y eut de très violents coups dans la porte !
– Athman, sans ouvrir la porte, demanda la raison de ce bruit.
– peux-tu me décrire la maison de ton cousin ? Interrompis-je mon oncle.
– oh ! Elle était toute petite, elle ne comptait que deux pièces, chacune d’elles mesurait 4 m2 et son toit plat était soutenu par des traverses en bois.
– avait-il des voisins ?
– oui, plusieurs maisons, celle que les Français appellent mechta. Elles entouraient celle d’Athman. Les visiteurs inattendus exigèrent que je leur sois livré. Mon cousin commença par refuser, cette réponse entraîna des injures, dirigées contre lui ! Puis, ils allumèrent un feu devant la porte et les fenêtres.
– quelle sorte d’injures criaient-ils ?
– sale traître ! Vendu des Français ! Ces injures revenaient à intervalles réguliers. Mais je ne réagissais même plus, j’étais blasé ! Je ne songeais plus qu’à sauver ma vie. Mon cousin ne céda pas au chantage. Nos assaillants attaquèrent la porte avec une massue, d’autres essayèrent de percer le toit.
– que ressentais-tu alors ?
– De la peur, j’avais horriblement peur. Je ne pouvais maîtriser les frissons qui parcouraient mon corps.
– Je le savais pertinemment et je ne cherchais pas à le cacher, tomber entre leurs mains, signifier la mort à la suite de maintes tortures. Je me suis emparé d’une Hachette et prévins mon cousin que s’il m’abandonnait, j’étais prêt à tuer n’importe qui !
– Pensais-tu que ton cousin voulait te trahir ?
– il hésitait, il avait très peur, et nos agresseurs le visaient, lui aussi puisqu’il refusait de me livrer. De plus la situation s’aggravait avec le feu que ces hommes avaient allumé volontairement. Les broussailles enflammées et disposées devant la porte et les fenêtres devaient nous obliger à ouvrir.
– enfin, le hasard joua en notre faveur. Une patrouille de FLN alerté par le bruit et les lueurs du feu arriva à proximité de la maison. D’après les discussions qui s’engagèrent, les responsables du FLN mirent en garde nos assaillants et éviter une nouvelle agression contre un homme, qui comme Athman avait servi la cause de la révolution.
– sans plus attendre, mon cousin ouvrit sa porte et éteignait le feu, aidé par quelques voisins.
– l’officier auquel je devais la vie sauve, recommanda vivement à Athman de ne plus m’abriter sous son toit. Je demeurais cependant chez lui le reste de la nuit, car je craignais qu’une autre embuscade ne me soit tendue à mon domicile. Je me méfiais, j’étais souvent poursuivi lors de mes sorties dans les montagnes.
– Comment t’étais-tu organisé pour subsister ?
– Je m’étais arrangé avec deux de mes sœurs, elle m’avait prêté un peu d’argent, ce qui m’avait permis d’acheter des moutons que je revendais par la suite sur les marchés. Mais, même là, je fus attaqué en plein jour. J’avais pris la fuite, j’avais pu vendre mes bêtes avant que ces hommes avides de vengeance m’eussent pris pour cible.
– la vie dans ce pays devenait intolérable. Ma femme, elle-même, se faisait injurier, dès qu’elle discutait avec d’autres femmes, qui n’avaient pas épousé de harkis.
– De plus, chaque nuit, notre maison était ébranlée par des jets de pierre. Tous les ex-harkis, sans exception, vivaient la même angoisse.
– et ces Harkis, comprenaient-ils l’attitude des Français ?
– absolument pas ! Beaucoup avaient des regrets de ne pas les avoir trahis pendant la guerre. Nos malheurs ne résultaient-ils pas de notre dévouement à leur égard ? Mais l’heure n’était plus au regret. Nous devions payer.
– as-tu été témoin d’un acte de vengeance dirigé contre un harki ?
– Oui, je me trouvais chez une de mes sœurs mariées, et toute la nuit, nous entendîmes des cris qui provenaient d’une maison voisine. Au matin, un jeune homme de 19 ans environ fut retrouvé et son corps portait des marques de coups assénés par ses agresseurs.
– as-tu su à combien ils étaient venus pour se venger
– Ils étaient quatre ! Quatre a se relayaient pour le battre. Ils ne se sont arrêtés qu’au petit matin. Des hématomes et des plaies avaient défiguré son visage. L’horreur se poursuivit avec des passants insensibles, qui lui crachent dessus.
– Pouvait-il encore bouger ?
– Non, ces membres étaient immobilisés, il souffrait tant qu’il nous suppliait de l’achever par une balle.
– qu’éprouvais-tu alors ?
– j’étais bouleversé. Comment pouvait-on faire preuve de tant de violence contre un adolescent ? La France qui l’avait enrôlé avait permis qu’il soit lynché, sans le moindre simulacre de justice. Victime des Français, il était aussi des siens !
— devant toutes ces menaces, as-tu cherché à fuir, et à rejoindre le poste de l’armée française à Télaghema, tant qu’il existait encore ?
— J’y songeais chaque jour et chaque nuit. Mais comment faire ? Je ne devais en aucun cas retomber dans les mains du FLN, et les contrôles étaient plus fréquents. Je décidai donc, après avoir consulté mon jeune frère Salah, qui lui aussi avait été harki, d’entreprendre à pied le trajet jusqu’au camp militaire, même s’il était distant de 250 km environ.
— Je donnais des consignes à ma femme : aussitôt mon but atteint, elle viendrait me rejoindre. Bien entendu, cette décision peina profondément ma mère qui sanglotait sans cesse.
— mais si ton projet s’était mal terminé, que devenait alors ta famille ?
— Je n’ai jamais envisagé cette hypothèse, car alors, j’aurai perdu tout courage.
— quand as-tu fait tes adieux à Medina ?
— le 5 janvier 1963 le soir, avec mon frère, nous avions préparé quelques provisions pour la route.
— tous deux, nous nous dirigeâmes discrètement vers la sortie du village, gardés par des sentinelles FLN. Nous profitâmes d’un moment d’inattention de leur part pour nous éclipser hors du village. La marche se poursuivit toute la nuit dans les montagnes jusqu’au lever du jour, nous aperçûmes des patrouilles du FLN.
— dans la crainte de nous retrouver prisonniers, nous restâmes cachés quelques instants. Ils s’approchèrent de notre endroit, je montais sur un arbre. Salah délaissa son gros buisson et préféra prendre la fuite, emportant avec lui, l’ensemble de nos provisions.
— Je ne bougeais plus du haut de mon gros chêne, je n’avais osé interpeller mon frère. Quelques soldats venaient juste de passer à ce moment sous mon arbre, je retenais mon souffle, mais les battements de cœur s’étaient follement accélérés. La peur me tenaillait. Dieu entendit mes prières et personne ne me découvrit.
— hélas ! Je devais encore, seul et sans moyen de subsistance, poursuivre ma route.
— J’espérais retrouver Salah. Mais je ne rencontrais pas, âme qui vive ! Au cours de mon périple montagnard. Enfin, je vis des maisons et des hommes auprès desquels je quémandai quelques morceaux de galettes ou quelques dates. Je fus soumis à de véritables interrogatoires. N’étais-je point un harki qui cherchait à regagner un poste militaire français ?
— Je protestai vivement et me présenter comme un simple berger, parti à la recherche d’une de ses mules, perdu la veille. J’espérais ainsi ne pas éveiller de soupçons.
— qu’as-tu retenu principalement de tes journées ?
— un sentiment d’immense fatigue. Je ne cessai de marcher le jour comme la nuit ! Je tombais plusieurs fois dans des crevasses et me blessais aux jambes.
— Je traversais des oueds, des terrains plats ou alors escaladais les montagnes des Aurès. Quand j’étais exténué, je m’arrêtais une demi-heure, puis je reprenais ma route, ne m’accordant pas de repos prolongé, de crainte d’être découvert, ou de m’endormir. Je me souviens parfaitement de la dernière journée. J’avançais péniblement, mes jambes avaient gonflé, de façon extraordinaire, à cause de mes blessures que j’avais subies au cours du voyage. Le froid sévissait et je tremblais de tous mes membres.
— depuis combien de temps marchais-tu ?
— j’entamais mon troisième jour de marche ininterrompue, quand j’aperçus le poste de l’armée française. Son drapeau tricolore : bleu, blanc, rouge flottaient un kilomètre plus loin. Joie et colère m’emplirent tout à la fois. Joie d’avoir atteint mon but. Mais, j’avais de la colère devant ce drapeau qui claquait si joyeusement au gré des vents, comme si rien ne s’était passé, comme s’il ignorait totalement les retombées de la guerre et les souffrances qu’enduraient les harkis pour avoir défendu et porter ses couleurs.
– des casernes FLN, se trouvaient-elles tout près de cette base ?
– Non ! Mais la patrouille que j’avais croisée ne poursuivait pas d’autre but que celui d’empêcher tout harki de se réfugier chez les Français.
– que s’est-il passé alors ?
– avant d’entrer dans le camp, je restais à l’écart, pour songer un moyen possible de pénétrer dans le poste, sans être intercepté par les guetteurs.
– J’étais épuisé, j’avais faim, froid, mes mains étaient gelées, mon visage me brûlait. J’avais des étourdissements, mais je trouvais encore la force de réfléchir. Je me souviens des fils de fer barbelés qui encerclaient le poste, des quelques maisons et des baraquements militaires. La base était immense, elle s’élevait au centre d’une vaste plaine. Dans les hauteurs des miradors, des sentinelles veillées, allants et venants dans leur minuscule guérite.
— J’avais qu’une seule possibilité, l’entrée principale devant le poste de garde où plusieurs soldats avaient l’arme au poing, et se tenaient aux aguets. Quand je le jugeais bon, je courus vers une sentinelle. Bientôt, seule la barrière nous séparait. D’un mouvement de sa mitraillette, le soldat me demanda de reculer. Je ne parlais pas français, mais je ne cessai de lui répéter : harkis, harkis, tout en conservant mes mains levées, de façon qu’il ne me tire pas dessus. Mais les guetteurs qui rôdaient aux alentours s’aperçurent vite du manège. Il m’avait repéré ! Le soldat compris que la situation s’aggravait, il appela un sergent à sa rescousse, celui-ci sortit du poste de garde, et m’ouvrit aussitôt la barrière.
Les guetteurs n’étaient pas encore arrivés.
– mais auraient-ils pu t’attaquer devant le poste de l’armée française ?
– sans aucun doute, tant que je me trouvais à l’extérieur du camp, j’étais encore à leur merci. Personne ne m’aurait sauvé. Heureusement, l’officier avait agi rapidement et je me trouvais entre les quatre murs du poste. J’entendais les cris hargneux de mes poursuivants qui réclamaient que je leur sois confié.
Je savais qu’ils étaient armés de bâtons ou encore de grosses pierres. Je ne fus soulagé que lorsque des soldats sortirent en renfort, et ayant pris position, ils mirent en garde tout individu qui risquerait de pénétrer dans la base.
Une fois ce tumulte apaisé, je fus conduit chez un ancien harki qui me connaissait. Je dus être transporté dans un hôpital militaire pour recevoir des soins.
Lorsque je traversais tout le pays, les assaillants réclamaient ma mort. ! Arrivé à ma destination, je perdis connaissance.
– peux-tu préciser de quelle façon ta famille avait pu te rejoindre ?
J’avais écrit une lettre à un ami proche, il organisa le voyage de ma femme jusqu’au camp de Télaghema.
-reçut-elle des menaces de la part des responsables du FLN ?
-Oui, mais elles ne se concrétisèrent pas ! Quand ma femme me rejoignit, elle m’apprit la mort de mon frère. Salah avait été arrêté, et à la suite de mauvais traitements et d’un poison qu’on lui avait fait ingurgiter, il venait de mourir à l’hôpital de Batna. Il n’avait que 23 ans, et avait payé de sa vie l’installation de la paix en Algérie.



Brahim Sadouni :
Fin du témoignage de mon oncle Ali, 1985.

Sadouni 11/07/2015 08:57

Brahim Sadouni : témoignage de mon oncle Ali 1985,
Deuxième partie, l’arrestation !


-et ils concluaient par ses injures et les coups qui ne cessèrent que lorsque la voiture s’arrêta devant la mairie de Medina.
Je fus d’abord conduit chez le maire qui m’interpella d’un ton arrogant :
– alors, on veut nous quitter ? On préfère la compagnie des Français à la nôtre ? Espérais-tu ne pas payer ton erreur ? Mais, tu mangeras du pain sec, tu marcheras pieds nus, tu m’entends !
— et il me laissa aux mains de la police.
– ta femme savait-elle que tu étais arrêté ? Demandai-je à mon oncle.
– non, pas encore. Le lendemain, de membres du FLN et un civil m’attachèrent les mains derrière le dos avant de me conduire à Arris.
– dès mon arrivée, le commissaire, un grand gaillard, me traîna dans son bureau.
– je ne sentais plus mes mains, solidement attachées.
– ton compte est bon, mon lascar, me dit-il avant d’ouvrir une lettre qu’un de mes gardiens lui avait remise.
– quand il prit connaissance de son contenu, il s’approcha de moi, et j’entendis, sa grosse voix résonnait à mon oreille :
– alors, comme ça, tu comptais retrouver tes copains à Télaghema !
– non, me hâtais-je de répondre ? Je voulais aller à Batna pour effectuer quelques achats.
Me défendre ne servait à rien. Il continua à m’insulter et se mit à me frapper. Je fus surpris par une première gifle retentissante aussitôt suivie d’une autre tout aussi forte. Mes oreilles sifflaient et je ne pouvais détacher mes yeux de ses grosses mains en colère. Avais-je suffisamment payé ? Non, il sortit son revolver et le métal froid frôla ma tempe.
– à genoux devant moi, m’ordonna-t-il d’un ton impératif, fais ta prière, salaud !
– ses yeux exorbités me fixaient durement ! Je m’agenouillais ! Prêt à entendre le coup de feu partir, j’étais perdu. Personne ne pouvait me sauver.
– à vous, poursuit-il, où te rendais-tu ?
– je réitérai ma réponse. Il s’acharna alors sur moi, me frappa au ventre, là où j’avais subi mon opération. Je commençais à cracher du sang avant que sa grosse voix ne se perdît dans le brouillard, et que ces coups devinrent indolores. Je me suis évanoui !
— au milieu de la nuit quand je repris connaissance, j’étais accroupi dans un trou, les pieds baignant dans de l’eau, les vêtements trempés par des gouttes qui tombaient du toit. Je me relevais dans le noir complet, mais je me heurtais au plafond. Cette pièce, la tombe n’avait qu’un mètre et demi de hauteur. Des planches sur lesquels on avait posé un énorme caillou réduisaient à néant tout espoir de fuite. J’entendais un petit ruisseau qui coulait à mes côtés. Après cette nuit de cauchemar, le commissaire désira m’interroger de nouveau.
– je n’avais pas pu fermer l’œil, et mes traits tirés laissaient apparaître une fatigue extrême. Il me permit de m’asseoir sur une chaise qu’il me tendit. Et il prit la parole :
– tu vas sans doute pouvoir mieux répondre à mes questions, aujourd’hui. Je veux savoir combien de djoundis tu as tués. Avoue avant que je me fâche. Et sa grosse main resta suspendue au-dessus de ma tête. Le souvenir des coups infligés s’imposa de façon plus tenace encore.
– je vous jure que je ne mens pas ! Sans doute ai-je assisté à des combats, mais, jamais quelqu’un n’a tué, un homme devant mes yeux. Je ne suis pas un assassin, croyez-moi !
– hélas ! Il me frappa de nouveau, je n’en pouvais plus ! Lorsqu’il cessa, les policiers me prirent sous le bras et me ramenèrent à mon cachot.
– je pensais que j’allais mourir et l’inquiétude me tenaillait sur le sort, qui serait réservé à ma famille, une peine de plus s’ajouta à ces tortures. Je voulais que ma femme et mes deux filles survivent dans ce monde, même si cruel soit-il. Peut-être, plus cruel que celui que je connaissais depuis la guerre.
– Je ne savais que faire, ils ne me restaient plus qu’à prier ? J’étais épuisé, même le sommeil refusait de me gagner et de me faire oublier ce trou, cette boue, ces chaussures mouillées, ces habits trempés et ses douleurs qui me traversaient le corps comme des brûlures. Je dus passer ma journée dans cet endroit, sans boire, ni manger.
– au coucher du soleil, mes bourreaux me sortirent de ce lieu infâme, et me jetèrent dans une cellule.
– une couverture m’avait été accordée, en outre, ils me donnèrent un morceau de pain sec que je mangeais avec peine, tant je souffrais !
– je me déshabillais dans l’espoir de sécher mes vêtements collés par la boue. Je m’enroulais dans la couverture, et je ne tardais pas à m’apercevoir que des poux y avaient élu domicile, mais j’étais forcé de la garder sur moi ; vaincus par le sommeil, mes yeux se fermèrent. Lorsque la porte de la cellule s’ouvrit, un berger allemand se précipita sur moi. Pris de panique, je couvris mon visage de mes mains, je sentis les crocs du chien qui pénétraient dans ma chair.
– mon supplice ne prit fin qu’au sifflement du maître chien. La bête sortie, je n’osais plus bouger. Une voix m’interrogea :
– alors, combien de djoundis as-tu tués ?
– ma réponse ne varia guère, mais le chien se tenait toujours devant ma cellule pour m’empêcher de dormir, durant toute la nuit.
– Sais-tu si d’autres harkis que toi étaient emprisonnés ? Demandai-je à mon oncle.
– beaucoup de harkis connaissaient les mêmes traitements dans cette prison.
– Le lendemain de mon second interrogatoire, je rencontrais une trentaine. Ils étaient si mal en point que leur calvaire devait certainement durer depuis plusieurs semaines. Nos gardiens nous permirent de sortir deux par deux, sous leur escorte, du grand château qui servait autrefois de gendarmerie aux Français. J’avançais en titubant sous les huées et les menaces des soldats FLN.
– est-ce que certains visages de harkis ne t’étaient pas inconnus ?
– effectivement, beaucoup venaient d’Arris. Mais notre prison n’était pas la plus importante, c’est à Lambèse que la majorité des harkis était détenue. Un matin, je revis mes anciens camarades, je devais avec quelques-uns, retirer les fils de fer barbelé que l’armée française avait posés et laissait après son départ.
– chacun de nous avait les mains profondément meurtries, car nous devions effectuer cette tâche à main nue. À midi, notre repas fut servi dans des gamelles. Nous avions droit à une louche de pois chiches cuite à l’eau et à trois cuillérées de soupe d’harissa.
– nous ne disposions que de peu de temps pour avaler cette maigre pitance. Si nous avions soif, nous buvions dans une petite rigole qui s’écoulait avec ses eaux souvent savonneuses venant des maisons environnantes. Et dès le soir, la scène se répéta, je dus supporter les aboiements du chien à maintes reprises, et ses crocs s’enfoncèrent dans ma peau.
– au bout de quelques jours, notre tache changea : quand les fils de fer barbelés furent entièrement retirés, nous dûmes nettoyer toutes les rigoles des alentours.
– La première fois, après m’avoir donné une pelle, mon gardien m’ordonna de retirer mes chaussures, et de rentrer dans le petit ruisseau. Je le vis alors saisir des bouteilles de bière vides, qu’il cassa et éparpilla les morceaux de verres brisés dans l’eau. Il accompagna ses gestes de cette phrase :
– ces bouteilles ont été abandonnées au même titre que toi d’ailleurs, par tes amis les Français !
– la justesse de cette remarque me vexa. Les Français n’étaient-ils pas responsables des tortures que je subissais ? Ne payais-je pas au fond pour eux ?
– un coup de matraque sur l’épaule suivie d’un ordre sec me tira de mes pensées amères.
– je devais enlever les bouts de verre dans l’eau qui me pénétrait dans la peau, le sang mélangé à la boue remontait à la surface, et s’écoulait sans cesse.
– Je cherchais dans la mesure du possible, à dégager mes pieds, et à les poser dans un endroit susceptible d’éviter de nouvelles blessures.
– mais, si mon bourreau estimait que mon travail manqué de rapidité, il déversait à nouveau les bouts de verre que j’avais préalablement retiré.
– le soir, je n’eus pour tout réconfort que le même repas frugal déjà servi à midi : pois chiches cuits à l’eau, agrémentée de plusieurs cuillerées à soupe d’harissa. Ce menu ne se modifia pas au cours des jours suivants, c’est à peine si nous trouvions parfois dans nos gamelles des lentilles à la place des pois chiches.
– beaucoup d’entre nous ne supportaient pas un tel régime et ils tombèrent malades. Je tins le coup trois semaines, j’épluchais des pommes de terre, je l’avais la vaisselle, et je faisais le ménage. Je bénéficiais de ce traitement de faveur parce qu’ils avaient compris que ma résistance était à bout.
– 15 jours me suffirent pour récupérer quelques forces, puisque je mangeais mieux et que j’étais traité moins durement. Mais, mes compagnons ne connaissaient pas ce répit et leurs tortures se poursuivaient.
– j’avais eu plus de chance qu’eux, et je recouvrais ainsi ma liberté, alors que les autres souffraient toujours. Je pouvais remercier ma mère, elle n’avait jamais cessé depuis mon arrestation de se démener et de présenter des requêtes à différents responsables du FLN.
– grâce à ces interventions et celle du lieutenant Malim, j’évitais l’enfer de la prison de Lambez donc aucun homme en bonne santé n’était sorti de l’enceinte.
– mais comment et pourquoi le lieutenant Malim est-il intervenu ? Le connaissais-tu ?
– oui bien sûr, nous étions comme des frères puisque ma mère l’avait allaité. Quand la guerre a éclaté, il est devenu harki, et par la suite il déserta et rejoignit le camp adverse et s’est battu farouchement contre les Français.
– que pensais-tu alors de sa désertion ?
– que veux-tu ? Je ne lui en voulais pas. Et l’attitude qu’adopta plus tard la France vis-à-vis des harkis le conforta dans son choix, et je ne peux que le féliciter qu’il ait pris une telle résolution puisque c’est elle qui permit ma libération.
– mais pourquoi ? Parce que je n’étais pas encore hors de danger. Des groupes isolés guettaient les anciens harkis qui sortaient de prison dans le triste dessein de leur régler leur compte, et une famille qui n’ignorait pas le lieu de mon incarcération, m’en voulait personnellement. Cette haine datait du soir où j’étais de patrouille, à 5 km d’Arris, près de l’oued le Labiod. Une lumière qui provenait d’un groupe de maisons attira mon attention, puisque le couvre-feu avait été sonné. Mon supérieur m’ordonna alors de me rendre dans la maison éclairée, et de faire respecter les consignes. J’obéis, et une fois la porte franchit, je trouvais à l’intérieur de la maison deux hommes, des enfants et trois femmes dans l’une d’elles venaient d’être mariées. Cette dernière s’effraya, les hommes me prirent aussitôt à partie et me reprochèrent vivement mon intrusion ! Une dispute éclata, suivie d’injures. Mais, je ne cédais pas et ne partis qu’une fois la mission accomplie. Le lendemain, mes supérieurs reçurent une lettre de protestation.
– cette famille se plaignait qu’au cours de ma visite, je lui avais manqué de respect et que je n’avais pas hésité à proférer des menaces.
– sans doute espéraient-ils par ce stratagème éviter l’amende qu’ils risquaient de se voir infliger ! Et malheureusement, de semblables situations se représentèrent souvent.
– ton supérieur était-il harki ?
Non, c’était un adjudant français. Il prit évidemment ma défense, puisque lui-même était à la tête de cette patrouille. Mais depuis ce temps, ces gens ne m’avaient pas pardonné. Leur haine était d’autant plus grande qu’ils avaient dû payer l’amende. Tu comprends mieux pourquoi, j’ai préféré le soir de ma libération pour faire ce trajet Arris, Medina en taxi, discrètement !
– disposais-tu de papiers nécessaires pour te déplacer dans le pays ?
– Oui, je possédais la carte nationale que les Français ne m’avaient pas reprise après leur départ, mais j’avais besoin d’un laissez-passer, chaque fois que je désirais quitter le village.
– le soir de ton retour à Medina, as-tu retrouvé ta famille ?
– ma femme, informée par ma mère de l’intervention du lieutenant Malim et de son succès, elle m’attendait également. Comment décrire cette joie intense qui me submergeait ! Je revois ma petite fille Kamsa se précipiter à ma rencontre, alors qu’elle avait à peine trois ans. Elle courut si vite qu’elle tomba, et du sang lui coula de la bouche. Elle était si contente, la pauvre enfant !
– ma femme me disait que durant mon absence, elle n’avait cessé de me réclamer. Chaque soir, Kamsa se mettait devant la porte, criant mon prénom comme d’habitude, en me rappelant qu’il était l’heure de rentrer papa !
– Plus tard, je me rendis chez quelques harkis pour les saluer. Certains avaient disparu, d’autres étaient morts. Les plus chanceux avaient rejoint les camps de l’armée encore présents sur le sol algérien. Ceux que je rencontrais avaient pu échapper à l’emprisonnement, ils n’étaient plus des hommes. Tant leurs visages étaient usés par la misère et la souffrance de chaque jour. Quand les minces réserves que les Français leur avaient laissées n’étaient pas encore épuisées, le FLN leur confisquait le reste. Sans travail et sans argent, quel était leur avenir dans ce pays ? Suite…

Sadouni 10/07/2015 14:00

Brahim Sadouni : témoignage de mon oncle Ali 1985.
L’abandon : première partie :


1985, cinq années avant sa disparition, j’ai pu recueillir le témoignage de mon oncle Ali, en présence de sa femme Ada, comme suit :
– « 1956 ! » L’armée française avait sommé les habitants de la région de l'Aurès de quitter leurs maisons pour aller s’installer dans les villages placés sous la surveillance militaire. Cette politique avait fait déplacer les populations vivant dans les montagnes et c’est ainsi que mon oncle âgé de 26 ans était venu se réfugier à Arris. Les autorités françaises ne lésinaient pas sur les moyens employés contre toute résistance de la part de la population. Par peur de représailles de la part de l’armée, mon oncle Ali s’était installé chez nous dans notre vieux gourbi.
Devant cette escalade et par colère, il avait choisi de s’enrôler volontairement dans les harkis avec l’intention de prendre le maquis une fois les armes à la main.
Mais voilà, six mois après cet engagement, il y eut un drame familial. Une de ses sœurs venait d’être assassinée par le FLN et d’après les dires des uns et des autres, elle serait un agent et complice de la mort de deux membres d’un groupe de maquisards. Ma tante les aurait ainsi donnés à l’armée française.
Quelques mois suivirent cet assassinat, alors que nous vivions dans la confusion totale, jusqu’au jour où mon oncle venait d’apprendre que sa sœur n’était aucunement responsable de cet acte de délation dont elle fut accusée à tort et n’avait jamais travaillé pour l’armée française comme agent.
Après cette révélation, toute la famille ne comprenait pas ce crime, commis à tort par le groupe du FLN à l’égard de cette femme. Elle avait subi un châtiment d’une cruauté insoutenable, son bourreau l’avait tailladé sur les deux bras de la main jusqu’aux seins. Abandonnée dans un oued, elle avait agoni des heures avant de rendre l'âme.
Une colère immense avait emporté à la fois, mon oncle, et ses deux frères, Brahim, 17 ans et Salah, 15 ans. Après un tel acte incompréhensible, mes trois oncles sont devenus du coup, eux aussi harkis. Venger leur sœur était devenue pour eux un devoir familial et un crime d’honneur.
Toujours est-il ? Nous avions vécu toute cette guerre, la peur au ventre ! Notre région n’avait jamais cessé de saigner face à l’enfer.
1961 : à la suite d’une maladie qui durait depuis plus de deux années, mon oncle Ali s’était fait opérer à l’hôpital de Batna. Amoindri, il ne pouvait plus malheureusement servir dans l’armée à laquelle il appartenait depuis ces années. « (Les G.M.S, Groupe Mobile de Sécurité). »
Pour l’armée, un malade n’était plus utile, alors, il fut remercié par les autorités françaises. Il rendit donc son arme et son paquetage et avait repris la vie civile à médina, un petit village à l’est d’Arris, tout près de Chélia.
Mais la crainte de représailles planait toujours de la part du FLN. Pour sa sécurité, il fut donc placé sous la protection de l’armée et des harkis.
Un nombre de difficultés surgit pour lui. Il fallait assurer la survie des siens, surtout, quand son état de santé lui interdisait de travailler ? Comment, allait-il réussir à s’intégrer dans la ville de Medina ? Malgré une maigre pension que lui avait allouée l’administration, il lui fallait faire face avec 12 500 centimes (alors qu’un kilo de viande coûtait 500 centimes).
Pour joindre les deux bouts, sa femme Ada avait décidé de partir dans les montagnes pour charrier du bois sur son dos. La vente de ce combustible aux gens privilégiés permettait de compenser quelque peu leur maigre pension.
Après l’indépendance en 1962, la vengeance de la part du FLN fut un vrai cauchemar pour les harkis. Dans le contexte actuel, il est extrêmement rare de trouver un témoignage d’un ancien supplétif qui oserait parler avec sérénité, surtout lorsqu’il s’agit de se confier à un étranger. Les harkis abandonnés, sans défense ne pourraient s’exprimer librement des souffrances qu’ils ont subies après l’indépendance. Pour ma part, je suis absolument convaincu que le meilleur témoignage ne peut se faire qu’entre familles de harkis et à personne d’autre, je parle en connaissance de cause. À ce jour, tout témoignage, soi-disant qui serait fait par des individus n’ayant jamais connus ou appartenu à cette période sombre de la guerre, cela doit être considéré pour moi, comme de l'utopie.
–1985 : J’interrogeai d’abord Ada :
– comment se passaient tes journées, quand tu te retrouvais seul dans les montagnes ?
– Je devais éviter les membres du FLN, puisque j’étais la femme d’un harki. Je courais un risque, si jamais je rencontrais ces gens, je serai battu ou bien je pourrai connaître tout autre châtiment ! Je craignais également que des soldats français m’abordent de manière assez brutale ! Ne m’aurait-il pas à leur tour accusé de coopérer avec le FLN ?
De telles situations pouvaient s’avérer, elles aussi, très pénibles. Les gens rapportaient que des femmes étaient violées et battues, soit par le FLN, soit encore par l’armée française. La peur me rongeait fébrilement, d’autant plus que j’étais enceinte de six mois.
– comment étiez-vous logés à Medina ?
– notre maison était un gourbi, il faisait partie d’un vieux hameau placé sous la surveillance d’un poste de l’armée, nous étions entourées de filet de fer barbelé et de mirador. La plupart des harkis qui combattaient encore habitaient les maisons les plus récemment construites. Par contre, ceux qui avaient cessé leur activité, comme ton oncle, devaient se contenter des plus anciennes qui, bien souvent, ne comportaient qu’une pièce.
– mangiez-vous à votre faim ?
– bien sûr que non ! Nous manquions d’argent. Même, se vêtir nous posait problème ! Ton oncle achetait de vieux vêtements sur les marchés. Souvent, ces habits étaient fournis gracieusement par la Croix-Rouge, mais certains responsables préféraient les revendre pour en tirer profit. De plus, ni ton oncle, ni moi-même ne savions lire. Nous représentions donc des proies révélées pour tous ces filous.
– mangiez-vous quelquefois de la viande ?
– pour ainsi dire, jamais ! Des 12 500 centimes de Fr. que nous touchions, nous devions déjà en prélever 3000 centimes pour le loyer. Je pense que tu prends mieux conscience du dénuement dans lequel nous vivions.
– d’autres harkis étaient-ils confrontés à une situation aussi misérable ?
– beaucoup, oui bien sûr ! Au moins une centaine de familles. Notre vie se modifiait en pire lorsque l’armée française nous quitta.
Je me retournais vers mon oncle :
– comment as-tu vécu le jour du cessez-le-feu ?
– je me souviens, tout d’abord d’un sentiment de surprise générale. Personne n'est venu nous expliquer ce qui se passait ! Nous restâmes plusieurs jours dans l’ignorance, puis un matin, tous les harkis furent rassemblés et les soldats français formèrent un cercle autour d’eux. Les officiers accusèrent les harkis de coopérer avec le FLN, et se servirent de ce prétexte pour les désarmer.
– combien, en tout, durent céder leurs armes ?
– environ deux cents.
– et personne n’a réagi et ne s’est opposé à cette manœuvre ?
– impossibles, les gens avaient trop peur. Et l’armée se tenait prête à s’occuper du moindre harki, qui aurait esquissé un geste de résistance. Quand ils eurent récupéré toutes les armes, les Français se retirèrent dans un autre poste, nous laissant seuls, livrés à l’angoisse.
– quelle fut la réaction de la population ?
– certaines personnes ne modifièrent en rien leur attitude à notre égard, comme si ce fait ne les concernait pas. D’autres au contraire nous riaient au nez, en nous déversant des insultes aussi dures les unes les autres.
– est-ce que le village passa au moins du FLN ?
– oui, chaque jour, je croisais des révolutionnaires qui étaient salués comme de grands vainqueurs, et l’armée encore présente ne réagissait aucunement. Devant ces marques d’enthousiasme.
Des menaces étaient proférées contre les familles de harkis et elle se concrétisait parfois la nuit par des groupes envoyés ou escortés par des responsables du FLN procédant à des attaques. Les jours s’égrenaient doucement, trop doucement quand on les vit dans la crainte.
– avez-vous gardé quelques contacts avec l’armée ?
– non ! Les responsables du FLN nous l’interdisaient et l’armée ne s’intéressait plus à nous. Bien que tous les harkis sussent pertinemment que la partie était perdue. Ils gardaient malgré tout un petit espoir, celui de voir leur sort s’améliorer ! En contrepartie, les radios diffusées sans cesse des messages de paix, parlant de pages à tourner, de fraternité entre tous les Algériens et du regard a porté sur l’avenir de l’Algérie.
– mais, croyais-tu à ses discours ?
– que pouvais-je faire d’autre ? J’espérais pouvoir retourner sur mes terres et vivre comme autrefois. Je ne désirais rien d’autre, puisque je ne savais ni lire ni écrire.
– et un jour, l’armée est partie…
– oui, dans la nuit du 1er mai 1962, nous avions entendu des vrombissements de moteurs de camions. Les bruits se répétaient plus nombreux et plus forts que d’habitude. Au matin, au pied de notre poste, la surprise nous attendait : nous vîmes toujours des uniformes, mais malheureusement, ce n’était plus des Français. Des harkis pris de panique se suicidèrent et abandonnèrent ainsi leur famille.
– les autorités du FLN ne vous présentèrent-elles pas de garantie ? Ne cherchèrent-elles pas à vous rassurer ?
– si, mais elles nous recommandaient aussi de ne pas sortir du camp ! Elles n’ignoraient pas l’existence de groupes isolés (les combattants de la dernière heure, ou les amis du 19 mars !), prêts à s’acharner sur les ex-harkis. Mais ne t’y trompe pas. Le FLN lui-même était à l’origine de ces mouvements de représailles. Les accords signés tout récemment avec la France l’empêchaient d’agir à visage découvert, et il avait adopté une autre tactique : tout harki qui quittait le village pouvait ainsi tomber entre les mains des individus assoiffés de sang.
– qu’elle sort pouvait être réservé à celui-ci ?
– et bien, il l'attachait à une voiture et le traînait sur la route jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il pouvait le mutiler ou le noyer ou encore le pendre. Et jamais les responsables du FLN n’intervenaient de façon à mettre un terme à ces vengeances.
– pouviez-vous trouver du travail ?
– non, ce privilège ne nous était pas accordé. Sans doute espéraient-ils que les harkis ainsi privés de ressources se résigneraient, et allaient s’éloigner du village et tomber dans la gueule du loup !
– quand les soldats français vous ont quitté, aviez-vous regretté d’avoir servi la France.
– bien sûr, comment ne pas éprouver ce sentiment après la trahison d’un pays qui soi-disant défendait la liberté ? Ce regret amer se peignait surtout les visages de harkis que je croisais.
– est-ce que beaucoup de harkis ont tenté de rejoindre les postes de l’armée française encore présente sur le sol algérien, comme celui de Télaghema par exemple ?
– beaucoup ! Oui. Et la majorité de ces entreprises s’avéraient fructueuses, quand leurs secrets n’étaient pas dévoilés. Alors le FLN arrêtait ceux qui cherchaient à s’enfuir et les transmettaient à la prison de Lambèse.
– comment arrivais-tu à vivre ? Touchais-tu encore ta pension ?
– non, je n'avais presque plus d'argent, nous connaissions la plus profonde des misères. Et j’avais deux filles en bas âge, une de deux ans, l’autre de quelques mois. J’avais longuement discuté avec ma femme et nous avions établi un plan. Je devais regagner un camp de l’armée française et, aussitôt mon but atteint, ma famille me rejoindrait. J’étais parfaitement conscient du risque que je prenais, mais je ne pouvais plus me retarder et ma décision était prise. Je tentais l’aventure en octobre 1962. Je pris le car qui venait d’Arris avant qu’il reparte pour Batna. Par discrétion, je m’installais sur un siège à l’arrière, j’évitais d’être vu ; car si j’étais dénoncé…
Une demi-heure plus tard, nous serpentions tranquillement, une petite route à travers les montagnes. Mon cœur cognait si fort dans ma poitrine, que je ne prêtais même plus attention aux secousses du car. Soudain une déesse 19 noire surgit derrière nous, nous dépassa avant d’obstruer notre route. Deux hommes, l’un habillé en civil, l’autre un militaire sortirent du véhicule.
Pendant que le soldat se posta sur la route, la mitraillette au poing, son compagnon grimpa dans le car, et chuchota quelques mots à l’oreille du chauffeur, avant de me désigner et de m’interpeller sèchement :
– toi, descends du car !
– que voulez-vous ? Osai-je demander ?
– pose pas de questions ! Descends ! C’est tout ce que je te demande !
– et, il braqua son arme, un 9 mm vers moi. J’avais compris et je m’exécutais. À peine avais-je posé le pied à terre que mon interlocuteur ordonna au chauffeur du car de poursuivre sa route. Une peur bleue m’envahit.
– où allais-tu ? Continua l’homme.
– à Batna, répondis-je. J’ai besoin de pétrole lampant et les magasins de Medina n’ont pas été réapprovisionnés.
– tu te payes notre tête ? Tu n’ignores pas que pour sortir de ton village, il te faut un laissez-passer. Ne l’as-tu pas demandé ?
– Je ne savais pas que tout le monde était concerné.
– tout le monde ne doit pas remplir cette formalité, mais tous les traîtres !
– à peine la phrase achevée, le militaire me frappa violemment dans le dos avec sa mitraillette, avant de me pousser dans la voiture. Au cours du trajet vers Medina, ni les coups ni les insultes ne me furent épargnés.
Appelle de Gaulle à ton secours ! Appelle les Français ! Ne t’avait-on pas prévenu pendant la guerre ? Qu'un jour, la France vous abandonnerait, l’heure est venue pour vous, de payer !
Suite…

Brahim Sadouni.