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Biographie Raphaël DRAÏ, de Michel delenclos

Raphaël DRAÏ: «Il ne se passe pas de jour sans que je pense à l’Algérie».

 

DRAÏ Raphaël  (21.05.1942-17.07.2015) né à Constantine (Algérie française), mort à son domicile à Paris d’une maladie grave, il est inhumé au  cimetière Vatikim de Netanya en Israël où son fils Dan prendra la parole -Fils d’Henri Draï né en 1916 –propriétaire de cinéma- et de Louise Simha Nakache décédée en 1965.

 

Ami d’enfance de Sammy Ghozlan, actuel président du Bureau national de Vigilance contre l’antisémitisme. Face à la recrudescence du terrorisme à Constantine, ses parents, de peur qu’il ne s’engage dans l’OAS, l’envoient en France en 09/1961.

 

En 1966, il épouse Sylvia Saada. Deux enfants, Yael et Dan.

Agrégé de sciences politiques en 1976, après une thèse en science politique à l’université de Paris-I Panthéon-Sorbonne.

Professeur de sciences politiques à la faculté de droit et de sciences économiques de Nancy, en 1977.

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R. Draï professeur

Doyen de la faculté de droit et de sciences politiques d’Amiens en 1990. En 1998, il est professeur de sciences politiques à l’université

d’Aix-Marseille III.

Il exercera également sa profession à l’Institut d’Etudes politiques «IEP» d’Aix-en-Provence où il est chargé d’enseignements du «Master Management Inter-culturel et Médiation religieuse.

 

Professeur à l’Institut d’études et de culture juive d’Aix-Marseille. Directeur de recherches à l’école doctorale de recherches en psychanalyse et psycho-pathologies de l’université de Paris VII-Diderot. Chroniqueur à la revue «L’Arche» avec Alain Finkielkraut. 

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Le 03.03.2000: publication de cet ouvrage de R. Draï adressé au président de la «RADP».

A propos de ce livre sur «le retour des Pieds-Noirs en Algérie», R. Draï confie à «La Dépêche» du 14.06.2000 : «En publiant mon livre, je n’ai fait que répondre à des discours du président Bouteflika qui, lui-même, les invitait à retrouver leur terre natale…Face à cette invite, deux attitudes étaient possibles.

 

Ou laisser sans suite, ou créer les conditions du dialogue. Et il y a trop de problèmes pendants pour ne pas rechercher le dialogue : les harkis, les spoliations qui ont été commises en violation des accords d’Evian, l’état de dégradation de nos cimetières qui, pourtant, entre autres, sont des lieux de mémoire, des éléments du patrimoine méditerranéen.

 

En même temps, il faut bien considérer que l’Algérie n’est pas la même que celle que nous avons laissée…Bref, pour les Pieds-Noirs, je ne préconise pas un exode à l’envers. En même temps, il est souhaitable qu’ils retournent là-bas. Car, il faut que se crée un climat de confiance. Et pour le créer, il faut qu’on profite de nous, nous, la dernière génération de rapatriés qui ne soit pas hors amnésie.

 

Nul n’a intérêt aujourd’hui à ce que l’Algérie s’enfonce.

Nous sommes tous solidaires. Solidaires d’un même espace qui est la Méditerranée. La Méditerranée, pour nous, n’est plus une mer, mais un lac. Je n’ai jamais voulu retourner en Algérie. A quoi bon, si c’est pour constater qu’il n’y a rien à créer. Je suis prêt à y retourner s’il y a à construire ensemble».

 

Lors d’un entretien accordé à Catherine Tardrew du «Parisien», le 14.06.2000, R. Draï confie «Mes parents ont pensé qu’il n’était plus possible pour moi de rester à Constantine, où ma famille était installée depuis des siècles : il y avait des attentats tous les jours. Vite, je me suis retrouvé en métropole, complètement déraciné. J’étais enfant quand la guerre a commencé.

 

Toute mon adolescence s’est déroulée dans une ville en état de siège. Les rues étaient barrées de chicanes. Mais j’ai aussi des souvenirs heureux. Mon père gérait plusieurs cinémas, et il était en même temps le directeur de la Compagnie fermière du Casino.

 

Nous avions un grand appartement…J’étais Algérie française, comme 99% des Français d’Algérie. Mais rien à voir avec l’OAS ou des choix extrémistes.

 

 Nous voulions simplement le retour à la paix dans une Algérie française qui aurait tenu davantage compte des populations musulmanes. Nous avions cru aux promesses du général De Gaulle.

 

du putsch que j’ai compris que c’était fini, pour nous, de l’Algérie… »; et, à propos des Algériens d’après l’indépendance, R. Drai ajoute : «Ils ont complètement été «lobotomisés» par l’histoire officielle. Il est temps qu’un authentique débat s’instaure…Il ne se passe pas de jour sans que je pense à l’Algérie… ».  

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Raphaël Draï

Le 24.10.2009, il est présent au forum algérianiste du livre, à Aix-en-Provence, aux côtés de l’historien Jacques Simon (1) et de l’auteur qui avait pu s’entretenir avec eux.

 

Le 24.05.2010, il participe lors de l’émission «C dans l’Air», intitulée «Algérie : palme des tabous», présenté par Yves Calvi, à propos de la polémique ouverte par le film «Hors-la-loi» de Rachid Bouchareb, à un débat avec notamment B. Stora. (Voir: BIOG-Stora).

 

A partir de la première minute, R. Draï intervient: «Les uns et les autres doivent comprendre qu’on est sur un véritable chantier, que ce chantier est extrêmement douloureux et qu’il y a une certaine manière de parler des choses, (…) de décrire la véritable machine qui nous a tous broyés, les uns et les autres.

 

Parce qu’en 1958, dans ce mois de mai qui est un mois fabuleux, avec un ciel bleu comme je n’en ai plus jamais revu, il y a eu un véritable moment de fraternité. Alors bien sûr, du point de vue de l’analyse politique, on dira que les uns et les autres ont été   transportés en camion, que chacun   s’est raconté des histoires.

 

Mais je crois que dans les lycées, je crois que sur les places publiques, il y a eu un moment, un moment, comme ça, qui a rappelé aussi un de ces grands moments, par exemple, de la Révolution française. Voilà, tout est possible.

 

Encore fallait-il prendre le parti d’accorder la nationalité française à tous les Algériens…Mais ça, je crois, que le général De Gaulle, de ce point de vue là, a beaucoup louvoyé, et…» - B. Stora (2) (d’une lassitude moqueuse) : « Encore De Gaulle.. ! ». – R. Draï: «Oui, non, De Gaulle, mais bien sûr ! Parce qu’il est présent. Je veux dire…Quand il est arrivé au balcon de…». (Une vois inaudible, quelques rires).

 

R. Draï: « C’est sûr, ça gêne de parler de tout cela… » -(Une voix: Oui). – R. Draï: «Mais je crois qu’il y a eu, en 1958, un véritable mouvement de fraternité qui s’est déclenché et dont le meilleur aurait pu sortir…Mais voilà, l’histoire, la politique en ont décidé autrement…La petite politique…»-. Voir commentaire. ( http://www.afrik.com/article19851.html ).

 

  Le 03.06.2010, l’historien Jacques Simon, à propos de ce débat R. Draï - B. Stora, note: «Contraste total entre un professeur faisant métier d’historien et un universitaire intermittent de l’enseignement, devenu par la grâce des Etats français et algérien, l’expert HISTORIEN de référence sur n’importe quelle question de l’Algérie, qui se répand depuis un quart de siècle dans la presse, les radios, les télévisions pour débiter ses petites phrases et sa tisane opiacée ; un expert à l’ego surdimensionné, avide de notoriété, d’argent et de pouvoir».

 

  Le 22.12.2010, les écrivains Alexandre Gerbi (3) et Raphaël Tribeca, à propos de ce débat, note dans le préambule de leur ouvrage «La République inversée», ce commentaire succinct: «Face à B. Stora, pape de l’histoire officielle de la guerre d’Algérie ces dernières décennies et, en voie de subtil retournement depuis quelque temps, qu’il scrute avec une rage rentrée…le politologue R. Draï explique, la voix solennelle et chargée d’émotion».

 

  Le 18.06.2012, un colloque sur «la présence juive en Algérie» réunit d’éminents spécialistes dont R. Daraï, Shmuel Trigano et Claude Cohen-Tanoudji, au Sénat. A l’occasion de l’exposition «Juifs d’Algérie», du 28.09.2012 au 27.01.2013, au Musée d’art et d’histoire du judaïsme «MAHJ», il est nommé membre du conseil scientifique, aux côtés de B. Stora. Lors de cette exposition au «MAHJ», il participe à une table ronde, notamment avec B. Stora sur les «Juifs d’Algérie dans la guerre et l’exil».

 

Le 31.07.2013, sur la Radio de la communauté juive «RCJ», il annonce l’inauguration prochaine d’un «Mémorial pour les juifs d’Algérie», au cimetière de Pantin, dont il est, avec G. Benazera, l’initiateur.

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«Mémorial 1830-1962 Exode des Français juifs d’Algérie».

Ce Mémorial évoqué par R. Draï –dont il est l’initiateur avec G. Benazera- et, soutenu alors par le maire de Paris, Bertrand Delanoë, est inauguré le 19.12.2013 par l’Association «Exode des Français Juifs d’Algérie» (EFJA) sous la direction de Georges Benazera. Cette stèle est très représentative de l’exode et symbole de la déchirure de tous ceux qui voulaient vivre en paix en Algérie.

 

La barbarie de certains Algériens ne leur offrira pas d’autres choix. L’auteur rappelle que nombreux sont les juifs qui ne peuvent plus se rendre en Algérie. Sauf Benjamin Stora…qui, lui, retournera à Constantine en 1983 –ému par ce premier voyage, Stora ne réussira pas à retrouver la sépulture de son grand-père - puis, en octobre 1985 pour voir enfin la tombe de son grand-père ; sa mère Marthe et sa sœur aînée Annie Julie, en décembre 1990, lesquelles visiteront leur ancien appartement et le cimetière familiale à Constantine.

 

Le père de B.Stora retournera à Constantine, en septembre 1962, pour récupérer le mobilier. Sauf toujours, B. Stora qui parcourt l’Algérie, de colloques en conférences, et en salon du livre international à Alger «SILA» : en 2012, ce salon censurait plus de 300 livres et, en 2013, 150 pour apologie du terrorisme, du racisme et du colonialisme… De ce point de vue, le passeport intellectuel de Stora est intègre…comme celui, entre autres du Pierre Daum. (4) Il est cependant incontestable d’affirmer que la république algérienne n’accorde des visas aux journalistes français qu’au compte-gouttes et sous étroite surveillance ce qui gomme le qualificatif de «démocratique» qu’elle s’attribue.

 

A ce titre, entre autres, le livre de M-C. Tabet et C. Dubois –tous deux journalistes- «Paris-Alger: une histoire passionnelle» font des révélations fracassantes, tant sur l’Algérie que sur les relations franco-algériennes.

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Editions Stock, le 15.04.2015

R. Draï s’explique sur la posture algérienne à l’égard des visiteurs des cimetières en Algérie. ( http://radiorcj.info/personnalites/23389-2/ ).

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Le 19.12.2013: Ariel Goldmann lors de son discours d’inauguration du Mémorial

A l’occasion de cette inauguration, le vice-président du «CRIF», Ariel Goldmann, prononce un discours, soulignant notamment que: «A partir d’aujourd’hui, notre Algérie à nous sera aussi ce mémorial dont l’édification fera date et permettra à ceux qui ne peuvent plus se recueillir sur les sépultures de leur proche, faute pour eux de pouvoir se rendre en Algérie, de la faire.».

 

Qu’en pense M. Stora de ce mémorial, de la Mémoire ? Sur son Blog, à propos de cette inauguration, R. Draï s’exprime: «Seuls les représentants de la Mosquée de Paris n’ont pas répondu du moindre mot à la lettre d’invitation, fort amicale, qui leur avait été adressée en temps utile.

 

Silence qui se passe de commentaires, comme si la Mosquée de Paris avait cru devoir répondre par là même de cette violation d’un des droits de l’Homme les plus immémoriaux, respectés dans toutes cultures, y compris non monothéistes : décemment et entretenir les sépultures de ceux et celles qui ont quitté cette vie…Car, dialogue des cultures et des religions ou non, depuis plus de trois décennies les demandes visant à la visite des cimetières juifs d’Algérie non pour y faire du tourisme mortuaire mais pour déférer aux obligations de la religion juive restent sans suites, quand bien même, toutes les procédures administratives ont été satisfaites à cet effet.

 

Souvent les motifs du refus ne sont pas indiqués. Les recours sont inconcevables. En réalité, deux sortes d’obstacles sont dressées. Les premiers le sont par des caciques du «FLN» ou par leurs successeurs, toujours imprégnés d’une idéologie militarisée datant des années 50 et 60.

 

A leur yeux, et depuis le décret Crémieux des 1870, les Juifs ont fait cause commune avec le régime colonial et leur exode est mérité. Il est sûr que les historiens de cette époque ne se retrouveront pas dans  cette idéologie ad hoc qui a surtout servi et qui sert encore à justifier la volonté sanglante de faire déguerpir de la terre algérienne les non-musulmans au profit d’une Algérie désormais partie intégrante du «Dar el Islam»…».

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22.01.2015: R. Draï profondément engagé  dans le dialogue inter-religieux.

 

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Le 21.05.2015: publication de ce nouvel ouvrage de R. Drai qui met notamment  en exergue la non séparation des pouvoirs et de la justice notamment, sous De Gaulle, lequel a louvoyé, sacrifiant sciemment les «Pieds-Noirs» ou «Européens de souche», les Juifs et les Musulmans qui préféraient la France, notamment les Harkis. «Le mot de tromperie est fort –dit Draï-, mais on ne saurait en faire l’économie».

 

A ce propos, l’auteur rappelle un passage du discours de remerciement de Gaston Monnerville (5), le 09.10.1962, à la suite de sa réélection triomphale à la présidence du Sénat: «Le jeu normal des institutions est faussé, la Constitution est violée ouvertement, le peuple est abusé. Ce qu’o nous offre, n’est pas la République, mais au mieux, un bonapartisme éclairé…Il n’y a plus de République lorsque le pouvoir ne s’impose pas à lui-même le respect de la loi…La lutte sera peut-être longue, elle sera dure. Courage et persévérance. Et la République sera sauvée.». 

 

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R. Draï était très marqué par le départ des Français d’Algérie, en 1962.

Il conservait un lien affectif avec sa ville natale de Constantine et son Algérie.

DELENCLOS MichelChercheur en Histoire. Biographe.

 

«L’homme est de glace aux vérités, il est de feu pour les mensonges». Jean de La Fontaine –«Le statutaire et la statue de Jupiter ». Livre IX – Fable 6.

(1)  Simon Jacques né le 01.04.1933 à Palat –aujourd’hui Mellakou- près de Tiaret (Algérie française). Il fréquente les étudiants communistes de l’UNEF. Militant actif du «PCI». Indépendantiste durant la guerre d’Algérie. Doctorat en histoire. Il fréquentera B. Stora et travaillera à ses côtés, ce qui lui permettra, à plusieurs reprises de contrer Stora sur ses dires ou ses écrits.

(2)  Stora Benjamin né le 02.12.1950 à Constantine (Algérie française). Quitte l’Algérie avec ses parents et sa sœur aînée, le 16.06.1962. Militant de l’OCI (trotskyste-lambertiste), il entre au comité central ce qui lui vaut d’être surnommé «le Beria de l’OCI». Le 12.06.1978, il obtient un doctorat de 3ème cycle en histoire de l’EHESS du Moyen-Orient sur Messali Hadj. L’auteur reviendra sur le parcours détaillé de celui qui est resté fidèle à une tradition révolutionnaire.

(3) Gerbi Alexandre Licencié en Histoire et en arts plastiques. Professeur au lycée Lyautey de Casablanca en 1995-1999. Journaliste.

(4) Daum Pierre né le 22.11.1966 à Thionville (Moselle). D’origine juive. Journaliste engagé au «Monde». L’auteur a récemment publié un article le concernant, intitulé «P. Daum : journaliste engagé jusqu’à l’inconscience». (Site «Popodoran).

(5) Monnerville Gaston (02.01.1897-07.11.1991) né à Cayenne, décédé à Paris XVIème. Du 18.03.1947 au 03.10.1968, il est président du Conseil de la République qui prendra l’appellation de Sénat au retour de De Gaulle.

BIBLIOGRAPHIE :

Auteur de «Lettre au président Bouteflika sur le retour des Pieds-Noirs en Algérie», Ed. Michalon, 03.03.2000.

Et de «Le Pays d'avant», Ed. Michalon, 21.02.2008.

Auteur de «Les Pays d'après», Ed. Michalon, 25.06.2009

Auteur de «La fin de l’Algérie française et les juridictions d’exception. Etat, Justice et Morale dans les procès du putsch d’Alger et de l’OAS», Ed. Manucius, 21.05.2015.

De J. Verdès-Leroux «l'Algérie et la France», Ed. R. Laffont, 14.05.2009.

De A. Gerbi et R. Tribeca «La République inversée (1958-1962) et démantèlement franco-africain», Ed. L’Harmattan, 22.12.2010

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l'Association Départementale Harkis Dordogne Veuves et Orphelins, et le site http://www.harkisdordogne.com/ Périgueux

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BERNARD 10/08/2015 10:42

J'adresse mes très sincères condoléances à la Famille DRAI, je suivais régulièrement ses apparitions dans l'émission Yves CALVI "C'est Dans l'Air", moi même de Bône, je ne m'étendrais pas pas sur Stora qui est indigne de se dire "Pied-Noir" à la solde de Hollande pour se repentir des effets de la colonisation. Nos ancêtres ont fait un très beau pays.