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De l'Algérie à la Provence, Bakhta Etthari a échappé à la mort

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Bakhta Etharri avec, à l'arrière-plan, une partie de sa famille.

Photo Philippe Arnassan

En 1962, cette femme de harki échappe à la mort en embarquant pour la Provence. Mais c’est un bidonville qui l’attend. Si elle clame son amour pour la France, la plaie reste ouverte.

Le regard digne, elle vient lever le voile sur son passé. Celui d’une Française née au crépuscule de la Seconde Guerre mondiale.

Une enfance, à Orléansville, sous préfecture du département d’Alger, aux effluves de pommiers et d’orangers. Ceux que cultivait son père

"en bonne entente avec nos voisins pieds noirs".

Mais Bakhta Etthari a déjà 15 ans. L’heure du mariage. "A cet âge-là, il fallait que les filles se marient sous peine de risquer d’être violées après. Cela offrait la garantie de ne pas être touchée par un autre homme", explique-telle.

LA DÉCHIRURE

La guerre d’Algérie bat alors son plein. La famille de Bakhta, époux, père ou frères, a pris fait et cause pour l’Algérie française. Déjà, en 14-18, les ancêtres de son mari ont versé leur sang et leur larme pour la France. Ceux qu’on appelait "indigènes" ou "zouaves" y ont même laissé leur vie.

Mais le 5 juillet 1962, l’Histoire choisit son camp.

L’Algérie recouvre son indépendance. Le début une profonde déchirure, pour pieds noirs et harkis, qui, loin d’être cautérisée, ravive aujourd’hui colère et tristesse.

LES HARKIS SE FONT TRAQUER

Considérés, comme des traîtres, des collabos, par le Front de Libération Nationale (FLN), les harkis font l’objet d’une traque sanguinaire. Avec son cortège de sévices, viols et exécutions sommaires.

Les Etthari sont bien sûr dans le viseur. Si son mari a réussi à rejoindre la France, Baktha est terrée en Algérie, avec son fils de deux ans, Mohammed. Elle est enceinte. "Les nuits étaient très longues, on avait peur", se souvient-elle.

Grâce à l’aide de sa belle famille, plus partisane du FLN, donc non menacée, Bakhta parvient heureusement à fuir.

"Ils m’ont conduite jusqu’au port d’Alger, en pleine nuit. J’étais cachée avec mon fils sous une bâche", confie-t-elle.

UNE TRAVERSEE CAUCHEMARDESQUE

Puis vient la terrible attente sur la zone portuaire. Neuf jours, entre les canons du FLN et ceux de l’Armée française. Le 5 décembre 1962, c’est enfin la délivrance. La famille peut embarquer pour Marseille. Vers un nouvel horizon, un nouvel espoir.

Mais les deux jours de traversée sont un calvaire. À bord, plus de 700 pieds noirs et harkis, et autant d’âmes en peine, meurtries, inconsolables.

Un navire ivre de chagrin et de douleur: "c’était la détresse humaine, certains avaient abandonné leur famille, d’autres l’ont cherchée sur le navire. Des personnes hurlaient à la mort. On est parti sans rien, en laissant tout".

La Bonne Mère pointe enfin le bout de son nez. Il est temps: Bakhta est sur le point d’accoucher. Prise en charge, dès son arrivée, par des humanitaires, elle donne naissance à son deuxième fils dans la foulée.

LE CAMP DE LA HONTE

Malgré ce bel augure, le cauchemar n’est pas fini. Car la famille est aussitôt parquée à Saint-Maurice-l’Ardoise (Gard). Un camp de harkis, un camp de la honte. "C’était un bidonville. On était abandonnés, déracinés et miséreux. On vivait à sept ou huit dans des tentes. Beaucoup de gens sont morts à cause de maladies", précise-t-elle.

Au bout d’un an, les Etthari sont déplacés vers un autre camp, à Apt (Vaucluse). Sur place, une quarantaine de familles vivotent dans des préfabriqués en béton.

Ils y demeureront un peu plus de quinze ans. "Il faisait froid, on avait faim. Les hommes travaillaient dans la forêt voisine pour le compte de l’ONF", raconte Bakhta.

FIÈRE D’ÊTRE FRANÇAISE

Avec un chef de camp virant tyran et captant en partie les allocations familiales de la communauté, tout en les menaçant. "Les conditions de vie étaient très rudes.

C’était la misère noire", ajoute-t-elle. Des nourrissons n’y survivront pas. Ce sont les enfants de harkis qui se soulèveront, via manifestations et blocages de péages, afin d’alerter l’opinion publique et de faire bouger les lignes.

Aujourd’hui Bakhta est heureuse. Propriétaire d’une maison en Provence, "avec [s]on petit poulailler et les visites de toute la famille".

Et quelle famille: onze enfants, 25 petits-enfants et deux arrière-petits-enfants.

Elle ne nourrit aucune nostalgie, en scrutant de l’autre côté de la Méditerranée. Elle se dit "fière d’être française".

De l'Algérie à la Provence, Bakhta Etthari a échappé à la mort

Jeanne est née et elle a grandi dans un camp de harkis. Elle est aujourd'hui un bel exemple de réussite sociale. 

Fonctionnaire. Elle écrit et œuvre pour la mémoire, pour la reconnaissance de l'abandon des harkis et pieds noirs. Soutenue par ses parents véritables moteurs de ses valeurs et de sa détermination.

"Se souvenir est sa devise"

De l'Algérie à la Provence, Bakhta Etthari a échappé à la mort

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l'Association Départementale Harkis Dordogne Veuves et Orphelins, et le site http://www.harkisdordogne.com/ Périgueux

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Sadouni 19/12/2015 08:16

J’aimerais tant partager avec les lecteurs l’histoire de Dalila Kerchouche, ayant moi-même vécu des situations similaires, tout au long de la lecture de ce livre si accrochant et vibrant, j’ai pu découvrir comme bien la souffrance était profonde à cette époque. Je conseille à tous ceux qui sont avides de notre histoire de lire ce livre « mon père ce harki » de Dalila Kerchouche. Ci-joint un petit extrait parmi tant d’autres :
– « Une semaine plus tard, le 12 juin 1962, dès l’aube, le cliquetis des barres de fer et le bruit des pataugas couvrent le chant de criquets. En quelques jours, 600 tentes kaki poussent dans la clairière comme de gros champignons, montées à la hâte par les soldats du 92° RI. Pas le temps d’apprêter le terrain, on dresse les guitounes sur les chardons et les cailloux. À peine trois jours plus tard, le 24 juin, en début d’après-midi, un premier convoi de 900 personnes débarque à la garde de Laqueuille. En une semaine, un immense camp de transit s’improvise dans la lande auvergnate. Sur place, le désordre règne. Quinze jours après les premières arrivées, l’administration commandant catastrophe 500 sanitaires rudimentaires à un menuisier de Bourg-Lastic. Personne ne s’était soucié de ce « détail » ! Pas plus que des lavabos ou des douches, jamais installés. On accueille 5000 personnes dans la panique la plus totale.
Les yeux cernés et fourbus par de longues heures de voyage, mes parents descendent du camion du 500e groupe de transports, le 1er juillet, en fin de matinée. Ironie de l’histoire, ils arrivent le jour du vote de l’autodétermination en Algérie. Déconnectés de l’actualité politique, ils l’ignorent complètement. Ils ne pensent rien, attendent seulement de connaître le sort qui leur est réservé. Au détour d’un virage, le même que j’ai emprunté, ils découvrent la même clairière, mais, défigurée par un vaste village de toile tendue au milieu de la forêt. Des soldats pressés montent encore des tentes marabouts tirées au cordeau. Mes parents, qui ne connaissent rien d’autre que leur mechta isolée du djebel algérien, contemplant cette agitation avec stupeur. Déboussolés, assommés, ils s’assoient dans l’herbe, en attendant que les soldats leur attribuent une tente ».
Brahim Sadouni.