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Harkis « un îlot de lumière dans les ténèbres ».

Suite à l’excellente chronique de Laurence Cossé du 6 avril,

« Une famille lorraine » me revient le souvenir suivant, « un îlot de lumière dans les ténèbres ».

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Médecin opérationnel en Algérie, dans le djebel Bissa, en 1961-1962, j’avais un petit groupe de six harkis qui me guidaient et me protégeaient ; nous avions en effet à nous rendre, de jour et surtout de nuit, là où il y avait des accrochages avec blessés pour les soigner et, éventuellement, demander un hélicoptère pour les évacuer.

 

Viennent les accords d’Evian. Sachant le sort qui serait réservé auxharkis et pour leur éviter l’horreur prévisible des camps de regroupement, nous avons avec quelques autres « appelés », organisé leur voyage en bateau pour Marseille et leur accueil dans des fermes poitevines où ils seraient à l’abri avec leurs familles.

L’un d’eux, une quarantaine d’années, au service de la France depuis cinq ans environ, vient me voir trois jours avant leur départ et me demande : « Que va devenir la prostituée ? » (vivant au village voisin elle « visitait »régulièrement le piton sur lequel la compagnie était perchée). « Tu le sais bien. »« C’est affreux. 

Comment faire pour l’évacuer elle aussi ? » « Ce n’est pas possible (d’autant que la France donnait au même moment l’ordre de ne pas rapatrier les harkis)… sauf à ce que quelqu’un l’épouse ! » Il revient le lendemain : « Toubib, je ne peux pas la laisser là, sachant ce qui l’attend ; seul célibataire, je vais l’épouser pour l’aider à partir. » Nous avons dans l’urgence organisé ce « mariage » qui lui a permis de les accompagner.

 

Pour finir, le groupe fut refoulé à Marseille parce que « harkis ». À leur retour à Alger, le commandant de la place me conseilla : « Je sais que, bien que pied-noir, vous êtes pour une Algérie algérienne ; mais la seule solution est de monter à la ville OAS (connue de tous) pour leur avoir des faux papiers. » Ce que je fis.

J’eus la chance de tomber sur un légionnaire que j’avais soigné en opération. Il me fallut ensuite expliquer à ces harkis qu’il leur fallait maintenant des faux papiers pour rentrer dans ce pays qu’ils avaient servi pendant plusieurs années ! Ils sont finalement arrivés dans le Poitou sains et saufs, avec elle.

Jean-Marc Kespi​ 20/04/2016

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harkis les premiers mots du souvenir, la communauté en attend plus

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