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Messigny-et-Vantoux (21) : les émouvantes retrouvailles de deux anciens de l’Algérie

Pour ramener ses supplétifs en France et les sauver du massacre, l’officier Claude Kayser a désobéi. Émotion des retrouvailles avec l’un de ses harkis.

Messigny-et-Vantoux : les émouvantes retrouvailles de deux anciens de l’Algérie

Claude Kayser, 80 ans ancien lieutenant dans l'armée française, a ramené son drapeau et ...ses harkis. Bachir (à droite), 76 ans, qui a été son chauffeur pendant deux ans, est venu le voir depuis la région de Troyes. photo A.-F.B

Plus d’un demi-siècle a passé. Les émotions sont demeurées intactes, à fleur de peau. « Je revois tout, comme si c’était là, maintenant », confie Bachir, 76 ans, en s’adressant à Claude Kayser, 80 ans, qui a été son lieutenant pendant la guerre d’Algérie. Le 5 mars, avec son fils Driss, cet ancien harki a fait le déplacement à Messigny-et- Vantoux depuis la région de Troyes d’où il n’a pas bougé depuis le 22 mai 1962. C’est là qu’il a atterri, pendant l’un des pires mois de la guerre d’Algérie, grâce au lieutenant côte-d’orien. Ce dernier lui a également trouvé du travail comme ouvrier agricole.

Une désobéissance assumée

La reconnaissance éternelle, ­Bachir la voue à l’homme qui lui a sauvé la vie. « Il a aussi veillé sur la mienne », salue en retour Claude Kayser qui n’oublie pas de rendre hommage à celui qui a été son fidèle chauffeur pendant deux ans : Bachir l’a conduit en Jeep et en camion un peu partout dans le secteur de l’Algérie dont il a eu la responsabilité comme administrateur civil : Port-Say, Msirda-Tahta, Msirda-Fouaga, Bab El Assa, Ben Kérama. « J’ai ramené mes supplétifs (et leur famille) par bateau avec l’aide de la marine », témoigne Claude Kayser. « Les ordres étaient de les désarmer et de les laisser sur place. Je savais qu’ils allaient se faire massacrer. »

Ayant désobéi, Claude Kayser a quitté l’armée dès son retour : « Huit jours après, j’avais les renseignements généraux à ma porte pour exiger les adresses de ceux que j’avais ramenés et qu’ils auraient fait repartir. Je n’ai rien donné… ».

Que sont devenus ceux qui ont choisi de rester ? « Sur soixante-six hommes à qui j’ai proposé un rapatriement en France en 1962, trente-neuf ont choisi de rester en Algérie », rapporte Claude Kayser. « Quand je suis retourné là-bas en 1987, j’ai appris que dix avaient disparu et que vingt-neuf avaient été exécutés. » Quant à Bachir, qui craint toujours les représailles et n’ose pas donner son patronyme de peur d’être retrouvé, il regrette amèrement de s’être toujours vu refuser sa demande de visa pour retourner en Algérie : il n’a jamais pu se recueillir sur la tombe de ses parents.

« Ces gens-là ont droit à une ­reconnaissance. Grâce à eux, nous avons accompli beaucoup de ­choses en Algérie », s’exclame Claude Kayser. S’adressant à ceux qu’il a ramenés, il ajoute : « S’ils ont besoin de quelque chose, ils savent où me trouver, ici à Messigny. Aujourd’hui, j’essaie de ­réactiver la flamme. Ne les oubliez pas ».

ANNE-FRANÇOISE BAILLY

19/03/2016

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harkis les premiers mots du souvenir, la communauté en attend plus

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METZGER JP 01/04/2016 12:29

Bravo Monsieur Kayser et respects. Vous n'êtes pas "l’Empereur" pour rien.

Metzger JP