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Argent ou médaille,comment (réparer) les harkis ? de K.D. Bouneb

 K.D. Bouneb : Docteur en Anthropologie, Psychanalyste et auteur notamment du "*Délit de faciès", en compagnie du général Meyer  

 

Ces derniers temps, on a fait un grand tapage médiatique autour de l'attribution d'une vingtaine de décorations (ordre du mérite et légion d'honneur) et de 40 millions d'euros en direction des harkis. N'est-ce pas un peu tard ? La plupart des harkis ne sont plus de ce monde et les aînés de la seconde génération sont souvent retraités. Les harkis se disputent beaucoup à propos de la réparation légitime que la France leur doit. Certains veulent une réparation matérielle importante (de l'argent), d'autres veulent des médailles, il y en a  qui veulent de l'argent et des médailles.

L'argent

Beaucoup ont réussi leur vie par leur acharnement dans le travail, mais ce n'est pas le cas de tous. Un effort est à faire envers les plus modestes (1° et 2° génération) et ceux dans le besoin (retraite insuffisante, problèmes de santé, de logement, jeunes en difficultés).

Il s'agit d'une réparation matérielle, légitimement  dû aux harkis et à ceux qui ont vécu dans les camps.

Les médailles

Les médailles ont leur importance, c'est une reconnaissance et une réparation symbolique. D'autres les dédaignent, il y en a même qui ont demandé à rendre les médailles à l'époque où ils n'étaient pas décorés...

La légion d'honneur et l'ordre du mérite sont décernés par l'état français au nom de la République.

L'argent et les médailles

Et pourquoi pas les deux ? Après tout les harkis ont suffisamment subi des humiliations et  des difficultés de vie. Plusieurs lois de réparation matérielle n'ont pas atteint leurs objectifs.  Au delà des mesures sociales, il y a aussi des mesures politiques, comme par exemple la reconnaissance par le président de la république des tortures sur Maurice Audin. De même, le président de la république peut faire la même chose pour les harkis suite à leur désarmement et le massacre de certains en 1962. Une fois les mémoiresapaisées, rien n'empêche de continuer à entretenir la mémoire et la vie continue…

Ni l’argent, ni les médailles  ne suffisent à effacer les souffrances subies, je pense à certains patients, certains compagnons d'infortune. Le but est de trouver sa place dans la société française, d'être acteur et pas seulement spectateur de sa propre vie. Nos parents ont combattu le FLN et pas leur pays d'origine l'Algérie. Nous ne devons pas rester des éternels colonisés, par exemple, lors d'un récent colloque à Ongles (04), un modérateur a empêché certains harkis de parler avec une élue de la nation…

      Une introspection, un travail sur soi, un travail de groupe, des échanges culturels, des visites des lieux de mémoires (maison de la mémoire harkie àOngles, la seule en France), un investissement dans la vie associative, tout cela  peut aider les harkis à dépasser leur ressentiment.

Cependant, ni l'argent, ni les médailles ne sont plus importants que des relations apaisées entre la France et l'Algérie.  En effet,  près de 60 ans après la fin de la guerre d'Algérie, il est grand temps que la France et l'Algérie reconnaissent les souffrances  réciproques des uns et des autres. En attendant une réconciliation générale, les deux pays doivent absolument se projeter dans l'avenir et reconnaître mutuellement leurs erreurs. Les harkisont définitivement perdu l'Algérie et ils n'ont pas gagné la France.

Par exemple les rencontres organisées par les harkis  aux Iles de Lérins (06) en hommage à l'émir Abdelkader (héros symbolique), sur les tombes musulmanes entretenues par les anciens  harkis forestiers, sont une manière de se ressourcer et de se réapproprier son identité et son histoire. L'avenir des harkis est en France, mais leurs ancêtres sont en Algérie. Pour avancer dans la vie c'est très difficile de marcher sur un seul pied. 

         D'autres pays ont eu plus de courage. Ils ont attendu beaucoup moins longtemps pour établir des relations normales et pour dépasser des horreurs plus graves que la guerre d'Algérie.

Le chanteur français le plus connu dans le monde, Charles Aznavour était "cent pour cent français et cent pour cent arménien". Est-ce  un exemple pour les harkis  (cent pour cent français et cent pour cent algérien) ?

 K.D. Bouneb

Pour information cliquez sur le *livre "Délit de faciès" 

 

***

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Deleilah 19/12/2018 13:56

Du statut d’indigène à celui de « harki »…Les enfants ont besoin de héros, de contes et légendes pour nourrir leurs imaginaires, comment se construire avec une image de parents « sous tutelle » , de récits de guerre et d’humiliations, de silence sur un pan d’Histoire: leurs ancêtres n’étaient pas gaulois…mais qui étaient-ils ?


Aux Harkis, la patrie indécente !

Aujourd'hui, il est à nouveau question des Harkis et d’indemnisations, le rapport Ceaux dresse une liste de 56 propositions centrées sur la reconnaissance de la responsabilité de la France, les réparations et les enjeux de mémoire. Les représentants des harkis ont dénoncé un rapport « inacceptable». On les prend encore pour des sots. Aux Harkis, la patrie indécente depuis toujours, bien avant les accords déviants…60 ans de silence, damnée indifférence ! Jusqu’où ira l’offense ?…

Il y a plus de vingt ans, en lisant les journaux j’apprenais que des « fils harkis » étaient en grève de la faim…Une longue, si longue grève de la faim, aux Invalides.
Fils de harkis, en France, l’expression de « deuxième génération » de Harkis renvoie à une réalité sociologique et historique pour le moins surprenante, car un statut administratif serait devenu une caractéristique héréditaire1…

Ces fils de harkis ne réclamaient pas d’argent, ni une mesure pour calmer les colères, et atténuer les humiliations, non, non…
Mais un geste symbolique, que la France reconnaisse enfin « sa faute » vis-à-vis de leurs parents et leurs enfants, les Désagrégés de l'histoire, nés et reniés en France.
Que sont Les Harkis 2 : des « intérimaires de guerre » : Leur contrat est au départ journalier puis limité à un mois renouvelable. CDD mais pas de prime de risque !
Combien en France, sont convaincus que ces anciens étaient « français »…depuis 1830 !
Combien sont convaincus, qu’ils se sont TOUS portés volontaires4,5 , ces « soldats indigènes», fiers d’être sous les drapeaux ? Il n’y avait qu’un drapeau celui du colonisateur...
Combien connaissent leur périple, un exil dans l’exil 1,4,5?
Il y a 20 ans, j’ai voulu écrire un article, j’ai voulu interviewer ces gens, certains voulaient bien répondre, mais la grande majorité préférait oublier. Et surtout, je ne suis ni journaliste, ni historienne ou sociologue…Qui suis-je pour venir poser des questions, remuer ce passé si lourd, rouvrir des plaies, en évoquant ces évènements, entre pudeur et douleur, la mémoire à vif, écorchés et résignés :
« On ne changera rien ».
« Notre drapeau est brulé »
A ce Monsieur que j’interroge et qui me répond que lui préfèrerait n’évoquer que les bons souvenirs, notamment les trains, il adorait les trains, à son arrivée dans la région (une fois sorti des camps) il n’avait que 13 ans et passait ces journées près d’une gare.
L’interview prend une autre tournure. On fait place à l’humour …on se moque gentiment : certains ne connaissaient pas l’électricité, d’autres n’avait jamais vu de boites de conserve et sur le bateau : des femmes se rajeunissaient par coquetterie au point qu’une était plus jeune que sa fille…à l’arrivée au port. Chacun y va de son anecdote…
On ne se reverra plus, quelques anciens sont aux cimetières.

Il y a 20 ans, j’ai écrit ce poème, toujours d’une cruelle actualité…


Aux Harkis, la patrie indécente !


Arrêtez ! Arrêtez !
Arrêtez de nous tromper
Cessez de nous ignorer,
Ça suffit ! Vous les avez assez abusés.
Leur drapeau est brûlé,
Depuis qu’ils sont devenus vos alliés !
Et, pour toute reconnaissance
Ces années d’indifférence !

Des maux d’histoire passés sous silence
Démocratie à outrance
Enfin, pour les récompenser,
Quelques indemnisations
Pour un lourd tribut versé à votre nation.
Au nom d’une guerre viciée,
Contre une indépendance justifiée.
La Liberté des autres est-elle sans valeur ?
Où est donc votre sens de l’Honneur ?

Souviens-toi, ô grande Nation !
Pour commencer, vous les avez recrutés
Avec bien sûr, un statut dégradé,
Ces "Intérimaires" de guerre que vous aviez créés
En 62, vous avez " lâchement " abandonné…

Entre-temps, les "Événements" s’étaient compliqués,
Alors, ils étaient devenus plus nombreux,
Bien sûr ! Au premier rang pour essuyer les feux.

Avec le temps, la situation s’était enlisée,
Mais à vos côtés, ils se sentaient protégés
Eux et leur famille
Après les accords d’Évian, ils étaient menacés
Eux et leur famille
Il fallait donc les " rapatrier "
Eux et leur famille

Mais, ils ne faisaient pas vraiment partis de votre armée !
Alors, vous vous êtes détournés
D’eux, ô infamie !


Pendant le discours de vos officiers
Vos Soldats les ont lâchement désarmés !
Votre dos vous leur avez montré
Leur vie, le FLN s’en est chargé
Sont-ce là, les valeurs de votre Démocratie ?
Qui les a laissés ainsi sans merci !

Des milliers de morts
Et puis… quelques remords ?
Après que L’ONU vous a sermonnés
Ou fut-ce un sursaut d’Humanité ?
Alors, vous les avez " Expatriés "
Enfin, une petite moitié…

Surtout isolés de votre population
Anciens camps de prisonniers
Ou casernes désaffectées
État d’urgence ! Solution transitoire
Loin des feux, ils se sentaient mieux
Sous les tentes provisoires
Renaissait l’espoir
Ils avaient tout perdu, sauf la vie ?

Ces réserves gérées comme des prisons
On en sort avec autorisation
Sinon, il y a aura des sanctions !
Parfois même des expulsions !
Une autre traversée de la mer
Vers la mort… pour trahison !

Enfin, pour ces "Apatriés " qui y sont restés
Les camps se sont éternisés
L’attente un an, deux, puis dix…
En troupeau, des familles étaient déplacées,
Là, où la main-d’œuvre était demandée
Moins que des animaux, ils étaient considérés
Comme des prisonniers, ils étaient surveillés !

Alors, pour un minimum de dignité
Et lutter contre cette fatalité
On les avait oubliés… !
Ils se sont révoltés.
Tout allait changer ?
Après, les grèves de la faim
Ce cauchemar prendrait fin ?
Non, Encore des promesses sans lendemain
Des mesurettes, tendez vos mains !
On n’échappe pas à ce destin !

Surtout ne plus " Vous croire, ne plus espérer "
Vous les aviez suffisamment abusés !
Autres grèves, autres manifestations,
Et, toujours les mêmes revendications
Que les gouvernements continuent de négliger,
Et, les médias à peine à évoquer !
" Les harkis, on connaît pas ! "

Si longtemps rejetés et bannis
Par Leurs deux pays
Nous, les enfants de Harkis
Nous sommes venus vous réclamer
Des excuses pour votre Inhumanité.
Arrêtez, arrêtez de nous ignorer
Maintenant, il faut parler !

O Harkis, vous aviez des droits
Et, la France des devoirs…
Dont celui de la mémoire

DC


Notes
1- Katia Khemache –Girard : doctorat Histoire 2014- La relation entre les pouvoirs publics français et la population harkie

2- harkis, d'après le nom donné à leur formation : harka (« mouvement » en langue arabe).Elles étaient rattachées à une unité régulière mais étaient de statut civil. Mais, les harkis étaient des journaliers embauchés localement et salariés : « intérimaires de guerre »
Le président de la République, le général de Gaulle, est réticent au transfert des harkis en métropole. Attaché à une vision conventionnelle de la France, celle de Jules Ferry et de Jules Michelet, il craint que le pays ne perde son identité en recevant un trop grand nombre de musulmans. Quant aux communistes, très influents dans la gauche française, ils assimilent les harkis à des « collabos » et ne s'affligent aucunement de leur sort.
C'est ainsi que les officiers reçoivent l'ordre de désarmer leurs subordonnés musulmans. Pour vaincre leur méfiance, beaucoup usent du prétexte d'une inspection de routine. Ils les livrent sans armes à la vindicte des autres…
Le ministre des Affaires algériennes Louis Joxe interdit formellement l'embarquement des harkis sur les navires à destination de la métropole.
3-Le Code de l'indigénat était assorti de toutes sortes d'interdictions dont les délits étaient passibles d'emprisonnement ou de déportation. Ce système d'inégalité sociale et juridique perdura jusqu’en 1946, soit plusieurs années après que les accords de Genève (le 23 avril 1938) eurent interdit toute forme de travaux forcés. Après la loi du 7 avril 1946 abolissant le Code de l'indigénat, les autochtones (Nouvelle-Calédonie, Madagascar, Algérie, etc.) purent à nouveau circuler librement, de jour comme de nuit, et récupérer le droit de résider où ils voulaient et de travailler librement. Cependant, les autorités françaises réussirent à faire perdurer le Code de l'indigénat en Algérie pratiquement jusqu'à l'Indépendance (1962).
Des codes similaires furent adoptés par les Britanniques, les Portugais, les Hollandais, etc. Ce ne sont pas les Français qui ont inventé ce type de régime.
4-Hamoumou Mohand : « Et, ils sont devenus harkis »-1993, ed Fayard

5- Mohand : doctorat » Les français musulmans rapatriés : archéologie d’un silence », 1989


6 Patrick Jammes -« Médecin des harkis au camp de Bias", ce livre est en forme à la fois de témoignage et de confession publié aux éditions de L’Harmattan. "A travers cet ouvrage, j’ai voulu rappeler une histoire méconnue, souvent occultée. Celle de l’envers du décor de la guerre d’Algérie que personne n’a encore digérée de nos jours", assure le docteur Jammes. Un témoignage fort et sans concession sur une page douloureuse de notre histoire. Le livre raconte trente ans (1970 à 2000) du vécu d'un médecin généraliste au dispensaire du centre d'accueil de Bias, refuge de harkis en grande difficulté physique et morale.

Du statut d’indigène à celui de « harki »…Les enfants ont besoin de héros, de contes et légendes pour nourrir leurs imaginaires, comment se construire avec une image de parents « sous tutelle » , de récits de guerre et d’humiliations, de silence sur un pan d’Histoire: leurs ancêtres n’étaient pas gaulois…mais qui étaient-ils ?
https://blogs.mediapart.fr/hazies-mousli/blog/150715/les-troubles-du-comportement-chez-les-harkis-et-leur-enfants

1962' 10/10/2018 22:01

Voilà une réflexion qui a le mérite de s'interroger sur les médailles récemment attribuées sans raison à certaines personnes connues pour courir derrière ces décorations et la faible indemnisation en argent que propose le rapport Ceaux. D'autres part, vous avez de justes expressions comme par exemple:
"Nos parents ont combattu le FLN et pas leur pays d'origine l'Algérie.". C'est une réalité pas assez affirmée.
Ou encore: "..les deux pays doivent absolument se projeter dans l'avenir et reconnaître mutuellement leurs erreurs.". C'est l'étape que beaucoup attendent et qui ne serait que justice. Et aussi: "L'avenir des harkis est en France, mais leurs ancêtres sont en Algérie.". C'est bien formulé. Merci docteur pour la clarté de ce texte qu'on gagnerait à méditer.

1963 07/10/2018 11:25

je ne me sens pas francais et algeriens
mon pays c est la france
en 1962 l armee nous a place a rivesalte ensuite au camp de bias il faut y avoir vecu pour en parler
les harkis ne sont pas des traitres
mais des francais

Bouneb 06/10/2018 10:34

Bonjour Ivain,
Je précise les points suivants :
1. Je n'ai jamais écrit, ni même pensé que les harkis était tous des handicapés, c'est votre interprétation…
2. Ce n'est pas parce que certains disent que les harkis étaient des traitres que nous devons les croire sur parole et l'intégrer dans notre tête.
3. Le fait de se sentir à la fois français et algérien, c'est un ressenti personnel, et ça n'a rien à voir avec la double nationalité.
Cordialement

KD Bouneb

Ivain 05/10/2018 19:00

Bonjour docteur,

D'après votre sévère analyse et diagnostic vous pensez que l'ensemble de la communauté harkie souffrirait de problèmes pathologiques graves relevant de la psychologie et de la psychiatrie?
A vous lire même les foetus seraient contaminés par ces syndromes liés à la guerre d'Algérie?
A vous croire nous serions tous handicapés et devrions tous avoir notre carte d'invalidité?
C'est hallucinant comme verdict médical, pour ma part je ne partage pas du tout votre anamnèse.
Autre point divergent avec vous concernant le regretté Charles Aznavour qui n'a aucune comparaison avec un harki lui son père n'était pas harki turc que je sache d'ou le fait qu'il pouvait retourner une fois l'Arménie indépendante dans son pays d'origine. Ce n'est pas la France qui perpétuer ce génocide mais la Turquie donc pas de grief envers la France il pouvait avoir sa double nationalité. Il pouvait lui et sa famille retourner vivre dans son pays d'origine ce n'est pas le cas des harkis qui passent encore pour des traître au yeux de la majorité des algériens.
Cordialement
Ivain