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Alpes : la Légion d'honneur pour partir en paix

Cloué à son fauteuil, Armand Gori s’accroche à la vie. Il aimerait tellement partir avec la reconnaissance de son pays. C’est aussi pour ses enfants et petits-enfants que l’ancien soldat mène sa dernière bataille.

J'ai l'honneur de vous informer que votre dossier a été transmis pour examen aux services centraux du ministère des Armées. Il n'est cependant pas possible de préjuger de la décision qui pourra être prise".

Cette froide réponse protocolaire s'adresse à Armand Gori, un homme qui a vécu toute sa vie debout, mais que la maladie tient aujourd'hui cloué dans son fauteuil. Frappé par le cancer, depuis plusieurs années, cet ancien combattant se bat pour obtenir la Légion d'honneur. Cette distinction qui récompense, depuis ses origines, les militaires comme les civils ayant rendu des "services éminents" à la Nation.

Cette démarche, Armand Gori ne l'a pas engagée pour briller ou pour connaître la gloire. Ce que demande ce soldat hanté par ses souvenirs c'est que le pays pour lequel il a risqué sa vie reconnaisse son engagement et celui de ses camarades qui en 1958 sont tombés sous ses yeux dans le Djebel.

Mais l'histoire d'amour qui unit Armand Gori à la France éternelle ne débute pas dans cette embuscade tendue par les rebelles du FLN, ce soir du 28 septembre, quelques heures après l'organisation du référendum constitutionnel français.

De longues années avant d'être appelé en Algérie, le petit Armand s'était déjà illustré dans la campagne qui borde le village des Pennes-Mirabeau, là où il est né. À 6 ans, en 1942, il suit son père dans le maquis et participe à des sabotages. La guerre passe sans que le petit résistant ne se fasse attraper.

Appelé en 1958

Puis, la vie reprend son cours. Il devient un jeune homme, travaille dans l'aérospatiale avant de rentrer dans l'administration au service des écoles de la ville de Vitrolles. Mais entre-temps, Armand Gori va vivre une autre période trouble de l'histoire. Appelé en 1958, il rejoint en uniforme le continent africain comme chauffeur dans le Djebel. Le soldat approvisionne les compagnies éparpillées dans la province, faisant le lien avec la ville de Bou Saâda.

En septembre, il participe à la mise en place du référendum constitutionnel qui, en Algérie, doit permettre à la population de lier ou non son destin à celui de la France. Le jour du scrutin, il conduit les militaires qui protègent les bureaux de vote contre les actions du FLN. La journée se passe bien. Le "oui" l'emporte largement, le convoi retourne vers son camp de base.

C'est à ce moment que la vie d'Armand Gori va basculer. Alors que les véhicules sont arrêtés, des coups de feu sont tirés depuis un bois bordant la route. Tout le monde plonge au sol. La riposte est désordonnée car les fellagas sont bien cachés. La radio ne fonctionne plus, impossible de demander le soutien de l'aviation.

La Croix de la valeur militaire

L'embuscade aurait pu tourner au massacre quand les freins du camion qui protégeait les militaires ont lâché. Le véhicule recule, les hommes sont sous les feux croisés du FLN. Armand Gori n'a pas le temps de réfléchir. Il se lève au milieu des tirs, plonge au volant du camion pour arrêter sa course et mettre ses camarades à l'abri. Ensuite, il ramène un harki tombé au sol.

Le combattant a perdu la vie mais il ne pouvait le laisser là. L'adrénaline retombe enfin, blessé à la main et au genou, le héros du jour reste à couvert. Le bataillon parvient finalement à se sortir de ce traquenard.

Quinze jours plus tard, le jeune soldat était distingué pour cet acte de bravoure. Croix de la Valeur militaire, reconnaissance de la Nation, Médaille militaire... Armand Gori a passé sa vie à entretenir la mémoire de ces hommes qui ont bravé la mort pour leur pays. Le souvenir de ces soldats tout juste sortis de l'enfance qui ne sont jamais revenus. "C'était un honneur de servir la France", conclut-il en se relevant de son fauteuil.

C'est là qu'il passe toutes ses journées, c'est là qu'il s'accroche à la vie, qu'il lutte contre la maladie qui le ronge. Sur une table, devant lui, un petit drapeau français flotte au-dessus des archives militaires qui racontent son histoire.

Sur le mur à côté, le patriarche a disposé les photos de ses enfants et de ses petits-enfants. C'est aussi pour eux, pour sa belle tribu, que l'ancien soldat mène sa dernière bataille. Obtenir cette Légion d'honneur qui ressemblerait à l'épilogue d'une trajectoire tracée au service des autres.

"Demain il sera trop tard"

"Celui qui ne sait pas d'où il vient ne peut savoir où il va", dit le proverbe. Armand Gori a une vision très claire de son parcours et des raisons qui l'ont poussé à risquer sa vie et à s'investir pour sa patrie, pour sa ville, pour sa famille. Ce qu'il veut désormais pour partir en paix, c'est que son pays rende à cet itinéraire les honneurs qu'il lui doit et qu'il puisse ainsi les transmettre à sa descendance.

"Je vois tous ces mecs qui ont la Légion d'honneur pour avoir joué dans deux séries ou trois films. Napoléon doit se demander ce qu'ils viennent faire. Moi j'ai défendu quelqu'un au péril de ma vie, je n'ai pas marqué deux buts contre le Real Madrid", lance-t-il sans sourciller.

Pour la Fédération nationale des anciens combattants, les conditions sont remplies pour qu'Armand Gori puisse obtenir la croix de chevalier de la Légion d'honneur. Une lettre a été envoyée au ministre de la Défense pour présenter et soutenir sa candidature. Car seuls les ministres sont en mesure de proposer des dossiers au Conseil de l'ordre.

Alerté par cette situation, Christophe Castaner a également promis qu'il étudierait au plus vite la demande d'Armand Gori. Mais même si les choses s'accélèrent, rien ne pourra se faire avant 2020. "Demain, il sera trop tard", assène le héros de guerre, les larmes aux yeux.

Si la Légion d'honneur n'est pas encore accrochée à son uniforme, Armand Gori, lui, s'accroche à ce rêve pour pousser sa vie un peu plus loin et partir avec la reconnaissance de son pays.

09/07/2019

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denis gaume 17/07/2019 10:35

Donner la legion d honneur a des joueurs de "foot" c est lamentable ! monsieur armand Gori merite bien davantage les honneurs de la nation.Bravo pour votre courage , nous devons tous etre fier de vous, monsieur Gori

Zio 10/07/2019 12:44

Bonjour,
Pendant que d'autres se remplissent la panse de Homards géants s'il vous plaît !!!
Les sans dents et autres infortunés courent après une reconnaissance hypothétique !!!
Honteux comportement de certaines élites qui ne savent pas que les privilèges dont ils abusent aujourd'hui furent arrachés au péril de la vie de ces petites gens...
Je pense même qu'ils n'ont pas accompli un seul jour de service militaire!!!
Faites bonbonce avec fierté pendant que ceux qui ont combattu pour la mère patrie demande justice et réparation !!!
Le rapport de force étant en leur faveur,ils ne partagent rien!!!
Les petits mots d'un révolté .
N'a
Zio avec honneur et fidélité dans notre engagement,Vive la FRANCE!!!!
Vous m'avez compris????