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Théâtre : la guerre d'Algérie sur une scène à Saint-Denis

L'OAS, le FLN, les pieds-noirs… tous figurent dans la formidable pièce « Et le cœur fume encore ». À voir au théâtre Gérard-Philippe de Saint-Denis. Par Valérie Marin La Meslée

« Et le cœur fume encore  » est un vers de Kateb Yacine extrait de la pièce Le Cadavre encerclé pour lequel l'auteur algérien fut menacé de mort à Bruxelles, en 1958. Jean-Marie Serreau et Édouard Glissant étaient avec lui à la première. Il leur fallait soulever le rideau, s'avancer devant le public en sachant qu'ils pouvaient y laisser leur vie. Du théâtre engagé…

Cette scène figure au cœur du nécessaire et formidable spectacle écrit par Margaux Eskenazi et Alice carré. Il est à voir (absolument) au TGP de Saint-Denis – même par temps de grève – en lui souhaitant longue vie. On y croisait samedi dernier l'écrivaine Alice Zeniter, l'autrice de L'Art de perdre venue rencontrer le public de cette traversée équitable des mémoires et des ravages – jusqu'à nos jours – de la guerre d'Algérie. « J'avais vu la pièce à Avignon la première fois et j'étais sortie en larmes, avoue l'écrivaine. Ce soir, j'étais plus calme, déclare-t-elle en souriant. J'ai connu Alice Carré (coauteure de la pièce avec Margaux Eskenazi qui la met en scène, NDLR ), pendant nos études. Sans le savoir, chacune travaillait en parallèle sur ces thèmes. »

À chaque souffrance, un trait d'humour

C'est la troisième génération en France, confrontée à l'amnésie coloniale, celle qui a hérité des silences, mais qui a dit ça suffit, qui a interrogé parents, grands-parents, ici et là-bas. Sur scène, les témoignages recueillis, les archives, la matière littéraire et le texte original, réunis par une mise en scène volontairement didactique, mais pour autant intensément spectaculaire, vont et viennent entre 1954 et 2006. Et à travers sept comédiens, sept points de vue ô combien différents, l'heure est à ressentir, au plus profond.

Par exemple, ce qu'ont éprouvé les pieds-noirs en débarquant à Marseille. Quand un petit-fils demande à sa grand-mère comment ça s'est passé, elle ne parle que de douleur meilleure à taire, mais l'emmène quand même au cercle algérien pour que les autres lui racontent comment ils furent reçus en 1962… À chaque souffrance, et des plus ancrées dans le corps, correspond un rire, ou un trait d'humour, un décalage audacieux qui marche grâce au talent exceptionnel de la plupart des comédiens.

Voyez comment Jacqueline, fabuleuse Eva Rami, veuve d'appelé, réunit à Saint-Étienne, pour leurs « trente ans » les anciens combattants d'une SAS (Section Administrative Spécialisée) avec l'espoir de fêter ça. Peu à peu, les vrais visages s'éclairent, tous sont fracassés de l'intérieur par leur guerre, les uns regrettent, les autres pas. Francis (excellent Lazare Herson Macarel), leur officier, est à ce point loyal envers la France qu'il a exfiltré le harki Ahmed. À ce point loyal, qu'il a rejoint l'OAS. Francis pleure. Et nous aussi. Obéir en fermant les yeux ? Ici on ne juge pas, on rejoue les cas de conscience et on interroge, en creux, les politiques.

On assiste ainsi à la convocation de Jérôme Lindon, éditeur des éditions de Minuit, au tribunal, pour avoir publié Le Déserteur, signé sous pseudo d'un sous-officier de l'armée française, Jean-Louis Hurst, dénonçant la torture en Algérie. Cette reconstitution est un grand moment de théâtre. Tout comme, plus quotidien, mais poignant, le dialogue de ce militant du FLN qui choisit la France après l'indépendance plutôt que le chômage en Algérie

Et qu'on ne croit pas un instant que cette mosaïque soit cousue de fils blancs, car sur scène elle n'est cousue que de talents, celui d'Armelle Abibou, jouant Mado, la « pied rouge », Française engagée dans la reconstruction de l'Algérie d'après, jeune comédienne remarquée dans le rôle d'Aimé Césaire lors de la précédente création de la compagnie Nova Nous sommes de ceux qui disent non à l'ombre. Les comédiens jouent des hommes, des femmes, indifféremment, et qu'importe la couleur de leur peau, ils sont ces « corps porteurs de mémoire », dont parlait Assia Djebar dans son discours de réception à l'Académie française en 2006.

«Jusqu'au 20 décembre au TGP. Relâche mardi. Navettes et co-voiturage. 59, boulevard Jules-Guesde 93200 Saint-Denis 01 48 13 70 00. reservation@theatregerardphilipe.com. Tournée d'octobre 2020 à mars 2021( 3 mars 2020 au théâtre Alan-Jonemann, Le Vésinet• 24 et 25 avril 2020 au Pilier des Anges, Fontenay-sous-Bois.)»

- Et le cœur fume encore - 

Cliquez sur le teaser, durée vidéo 3’07" 

16/12/2019 

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Foudi 29/12/2019 10:33

Et pourquoi pas a Périgueux ??