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Entre Paris et Alger, un dialogue mémoriel salutaire et fragile

* Abdelmadjid Chikhi                                 **  Benjamin Stora

Editorial. La France et l’Algérie ont lancé chacune de leur côté un travail de réflexion sur la colonisation et la guerre d'Algérie. Cette initiative ouvre un timide espoir de solder ce contentieux qui empoisonne les relations entre les deux pays depuis l’indépendance.

Editorial du « Monde ». Un dialogue inédit sur la mémoire est en train de s’esquisser entre Paris et Alger. Il faut s’en féliciter tant le contentieux sur la lecture du passé n’avait cessé d’empoisonner la relation entre la France et l’Algérie. Cinquante-huit ans après la fin d’une guerre terrible (1954-1962), source de traumatismes encore vivaces des deux côtés de la Méditerranée, les présidents Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune ont, ces derniers jours, exprimé le souhait de relancer les tentatives de règlement de ce litige mémoriel.

La réflexion s’amorce à peine. A Paris, l’historien Benjamin Stora, infatigable archéologue de cette mémoire franco-algérienne, et, à Alger, le directeur des Archives nationales, Abdelmadjid Chikhi, ont été mandatés pour proposer des recommandations. S’il ne s’agit pas d’une mission commune, le lancement de ces deux initiatives parallèles et simultanées est sans précédent. Un accord autour d’une mémoire apaisée, où chacun aura accompli sa part de chemin vers une vérité, par nature protéiforme, est susceptible de rebattre quelques cartes dans la géopolitique méditerranéenne.

Le contexte n’a jamais été aussi favorable. Emmanuel Macron, premier chef d’Etat français né après les accords d’Evian (1962), appartient à une génération qui n’a pas connu la guerre d'Algérie et qui, donc, est susceptible de porter un nouveau regard sur cette période douloureuse. Il est surtout convaincu que « les questions mémorielles sont au cœur de la vie des nations », ainsi qu’il l’a rappelé dans sa lettre de mission adressée à Benjamin Stora.

Aucun de ses prédécesseurs n’avait été aussi loin dans l’usage de certains mots. Lors d’un déplacement à Alger en février 2017, alors en campagne électorale, Emmanuel Macron avait fait sensation en qualifiant la colonisation de « crime contre l’humanité ». D’autres initiatives ont suivi. Il y a eu, en 2018, la reconnaissance de la responsabilité de « militaires français » dans la mort de Maurice Audin, militant du Parti Communiste Algérien (PCA) disparu en 1957 à Alger. Et plus récemment, le président français a honoré sa promesse de restituer à Alger des crânes de résistants algériens tués en 1849 lors de la conquête du pays et dont les restes avaient été conservés au Musée de l’homme, à Paris.

Déjouer l’adversité

Ces gestes ne sont pas passés inaperçus à Alger. Le président Tebboune y est sensible. Il faut pourtant se garder de tout optimisme irraisonné. Les différents chantiers mémoriels qui s’ouvrent – les demandes algériennes d’« excuses », les disparus de la guerre, la restitution des archives, les contaminations dues aux essais nucléaires au Sahara (1960-1966) – verront, à coup sûr, surgir obstacles et surenchères. En France, M. Macron va devoir affronter l’activisme de groupes mémoriels vindicatifs, notamment ceux issus de la mouvance pro-Algérie française, et d’une droite républicaine proche d’un sarkozysme allergique à toute « repentance ».

De son côté, à Alger, M. Tebboune est sous haute surveillance des « gardiens du temple » d’un appareil politico-militaire en pleine crispation autoritaire contre le Hirak et qui n’a objectivement pas intérêt à se priver d’une rente mémorielle instrumentalisée dans le plus grand cynisme pendant des décennies. Le dialogue amorcé est aussi salutaire que fragile. Pour déjouer l’adversité, il devra être soutenu par les bonnes volontés des deux côtés de la Méditerranée, qui sont prêtes à assumer un passé tumultueux pour construire un avenir apaisé.

30/07/2020

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Docteur Abdelmadjid Chikhi nommé le 29 avril conseiller auprès du président Tebboune chargé des archives et de la mémoire nationales, ancien combattant de la guerre d’indépendance (1954-1962).

**  Benjamin Stora est un historien français, professeur à l'université Paris-XIII et inspecteur général de l'Éducation nationale de septembre 2013 à juin 2018. Ses recherches portent sur l'histoire de l'Algérie et notamment la guerre d'Algérie, et plus largement sur l'histoire du Maghreb contemporain, ainsi que sur l'Empire colonial français et l'immigration en France. Il assure la présidence du conseil d'orientation de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration depuis août 2014, et fait partie du conseil d'administration de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

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Bensalem 04/08/2020 20:10

Le moment est très mal choisi pour initier un dialogue de cette ampleur, de part et d'autre des deux rives de la "grande bleue", il y a des tensions sociales et une crise économique sans précèdent.
Les harkis auraient du être consultés. L'Etat francais présente un miroir au FLN dans lequel il se reconnaitra sans pour autant être remis en question, c'est une une mascarade.

Guy Regazzacci 04/08/2020 13:30

Bonjour à tous,

Rien à dire sur ce "torchon" du monde.

Rien à dire sur ce triste sire Stora le marxiste anti Pieds-Noirs, il serait anti-juif si il ne l'était lui même. Lui au mois va librement en Algérie.

Comment pensez-vous qu'aboutira ce faux dialogue entre 2 pro FLN.

Harkamicalement.

1962' 04/08/2020 10:55

Tout d'abord la nomination de Stora est contestable. On aurait préféré un historien universitaire reconnu et surtout neutre ce qui n'est pas le cas de celui déjà choisi. En effet, personne n'ignore les accointances de Stora avec les chefs du FLN qui l'invitent en Algérie ou avec Mohamed Harbi avec qui il a écrit des livres. Harbi etait membre du GPRA et conseiller de Ben Bella en 1962 pendant qu'on massacrait les Harkis et qu'on assassinait les Pieds Noirs.
D'autre par, dans les chantiers de travail Gien dit les français musulmans et Harkis. Ce travail mémoriel devra aborder la question des Harkis désarmés et abandonnés par la France puis massacrés en masse par le FLN et des foules hystériques surtout dans les villages. Leur assassinat s’est perpétré en violation des Accords d’Evian et du cessez le feu du 19 mars 1962 qui interdisait tout acte de représailles. Aussi bien les français que les algériens ils ont le droit de savoir en dehors de la propagande officielle du FLN qui sont ces Harkis, comment ils avaient été recrutés et quel a été leur rôle exact et quels crimes ont-ils commis et pourquoi ont-ils été massacrés sans jugement de justice d’un tribunal ? Personne ne doit ignorer que le traitement qui leur fut réservé était injuste et que l’Algerie paye cette injustice encore aujourd’hui.
Des dizaines de milliers de francais musulmans dont surtout les Harkis et leurs familles (150000) furent torturés, les femmes et les filles violées et éventées, les vieillards égorgés et des enfants tués. Leurs biens et leurs terres spoliés confisqués occupés jamais dédommagés. Leurs préjudices sont restés impunis.
Un crime contre l’humanité comme plus récemment pour les Toutsis en Afrique. Il serait temps de crever l’abcès une fois pour toute et rendre justice. inchaAllah