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« France-Algérie : la vérité historique au service d’une réconciliation politique ? »

Tribune Mohand Hamoumou, ancien maire de Volvic, professeur à Grenoble École de Management. Auteur d’ouvrages et articles sur la guerre d’Algérie.

Le Président Macron a confié à Benjamin Stora une mission sur les pistes d’amélioration des relations entre l’Algérie et la France, provoquant aussitôt questionnements et inquiétudes, notamment parmi des associations de Pieds Noirs ou Harkis. On sait que le passé colonial et la guerre d’Algérie ont rendu sensibles les relations entre les deux États.

Il est vrai aussi que Benjamin Stora est devenu plus qu’un universitaire : une personnalité médiatique engagée politiquement en qui il est parfois difficile de distinguer un connaisseur reconnu de la guerre d’Algérie du militant de gauche apprécié en Algérie. Mais ces réactions ne doivent pas détourner l’attention de l’objet de cette mission, de ses enjeux et ses risques.

L’objet. Benjamin Stora précise qu’il s’agit d’une mission bénévole ayant pour objectif une note courte et personnelle sur ce qui, d’un point de vue historique, gêne les relations franco-algériennes, et non d’écrire l’histoire de la présence française en Algérie de 1830 à 1962. Cette note qui sera remise en fin d’année n’engagera pas le président de la république, libre de la suite à donner, en tenant compte de multiples paramètres.

Un pays stratégique

Les enjeux. Pour Emmanuel Macron, cette demande s’inscrit dans sa volonté de tenir un discours de vérité sur l’histoire de la France en Algérie afin de développer les relations avec un partenaire économique et géopolitique important. En effet, l’Algérie compte 40 millions d’habitants, possède de grandes ressources en gaz et a une frontière avec six pays. Elle tient une place stratégique sur le continent africain dans la lutte contre le terrorisme islamiste et pour la protection, au nord du Mali, des mines d’uranium, minerai indispensable pour les réacteurs nucléaires.

Côté français, le second enjeu est de soigner les mémoires blessées des Pieds Noirs, Harkis, militaires et anciens appelés. Dans ses déclarations lors des déplacements à Alger, perce la volonté d’Emmanuel Macron de faire ce que Jacques Chirac a réussi en 1992 avec le discours fort et nuancé sur les responsabilités de l’État français dans la Rafle du Vel d’Hiv’en 1942. La barre est haute car les contextes sont différents. En outre, plus de trois millions de personnes issues de l’immigration algérienne vivent en métropole. Or leur vision de l’histoire diffère de celle des rapatriés d’Algérie.

Une glorification paroxystique du FLN

Les risques. L’État algérien a réécrit son histoire avec une mythification qui vire souvent à la mystification. Le mythe du million et demi de martyrs perdure, tout autant que le silence sur la violence exercée contre les messalistes ou sur les raisons qui ont poussé des « indigènes » à devenir harkis, ou encore sur les massacres de civils, Harkis ou Pieds Noirs. Jusqu’à présent, les gouvernements issus du FLN n’ont pas voulu revoir leur histoire.

Parce que la glorification paroxystique du FLN , ayant pour corollaire la haine de la France colonisatrice, permet de détourner l’attention de la situation affligeante pour la majorité du peuple, malgré la manne pétrolière. Après l’ère Boumediene, richesses et pouvoir ont été accaparés par le clan des généraux et leurs familles. D’où les manifestations hebdomadaires que les villes d’Algérie ont connues pendant des mois et le désir de beaucoup d’obtenir des visas pour quitter l’Algérie.

Le président algérien actuel, Abdelmadjid Tebboune, dit attendre de son homologue français « des excuses » pour les violences françaises de 1830 à 1962. Le but est de continuer à utiliser l’histoire pour exalter le patriotisme et faire oublier le chômage, le manque de logements, d’hôpitaux et de démocratie. Or les demandes de repentance peuvent être sans fin. Et surtout la repentance risque d’être à sens unique. L’Algérie, ou plutôt le FLN, ne demandera pardon ni pour les massacres à Mélouza et El Hania, ni pour le non-respect des accords d’Évian censés garantir la sécurité des Harkis et des Pieds Noirs. Loin d’apaiser, la repentance unilatérale réveillerait douleur et colère chez les Pieds Noirs, les Harkis et les militaires mais aussi un sentiment humiliant d’abdication chez beaucoup de Français.

Apaiser et renforcer les relations entre la France et l’Algérie est une nécessité stratégique car ces deux pays sont liés autant par une partie de leur histoire que par des intérêts communs de coopération. Cela nécessite le travail sans précipitation d’une commission pluridisciplinaire, internationale, présidée par une haute figure morale, garantissant le respect de la pluralité des points de vue, comme a su le faire l’Afrique du Sud avec la commission Vérité et Réconciliation. La vérité historique doit être recherchée et dite pour guérir les plaies et non pour les rouvrir, dans un esprit de pardon qui ne veut pas dire oubli. De même, la réciprocité est fondamentale. Depuis longtemps des historiens ont écrit sur les pages sombres de la France en Algérie, de la conquête à l’indépendance. On attend de la part de l’Algérie le même regard lucide sur le passé.

La guerre d’Algérie a duré 7 ans. La guerre des mémoires dure depuis 60 ans. Il est temps d’y mettre fin dans l’intérêt des deux pays. Cela implique que chacun commence par assumer toute son histoire nationale, sans la réinterpréter hors contexte à des fins de politique intérieure mais avec la volonté sincère et partagée de privilégier l’avenir.

10/09/2020

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AEK11 13/09/2020 16:18

HIRAK = HARKI ! Les journaleux et autres politicards utilisent le terme "Hirak" en le glorifiant alors que le mot "Harki" qui a la même signification est synonyme de "traître" ou "collabo".
Nos pères ont pris les armes pour s'opposer à un mouvement totalitaire, le FLN qui a volé la révolution algérienne et surtout qui a martyrisé le peuple qu'ils prétendaient libérer du joug colonialiste.
Aujourd"hui, nous voyons des millions d'algériens descendre dans la rue pour dire le ras-le-bol de toute ce clan qui a confisqué toutes les richesses du pays.
Tous ceux qui ont pris les armes au côté de la France se sont mis en MOUVEMENT contre ces usurpateurs.
Ils avaient rapidement compris qu'ils avaient à faire à des tyrans.
Près de soixante ans après, les algériens sont dans la même démarche !
HIRAK, HARKI, l'Histoire se répète !

1962' 13/09/2020 00:18

"Petit rapport" ou "grand rapport" il n'y a rien a attendre de M. Stora dont les accointances le pouvoir algérien issu d'un clan du FLN installé par la force et par le sang en 1962 sont bien connus. Il suffit de lire ses livres qui ménagent ces hommes sanguinaires dont il partage le choix du socialisme comme son ami le marxiste M. Harbi ancien menbre du FLN devenu opposant. Concernant les massacres, après les Accords d'Evian, des civils pieds Noirs et des Harkis et leurs familles M. Stora n'en parle pas ou très peu. Ce n'est pas maintenant qu'il va changer. De plus, il aura du mal à heurter ses amis du FLN. Non M. Stora est peut être "spécialiste" d'une histoire réductrice de la guerre d'Algérie mais il n'est sûrement pas un historien maîtrisant l'Histoire en générale. C'est à dire pas uniquement celle d'une guerre, de la colonisation d'un pays ou de l'immigration. Quant à M. Hamoumou, qui avait l'investiture du parti de Macron LREM aux dernières élections législatives et municipales, il doit comprendre que pour ce travail de mémoire nous avons besoin d'une personnalité universitaire connue pour sa neutralité et sa compétence. La France n'en manque pas.
D'autre part, M. Hamoumou évoque les "violences" commises par le FLN contre un mouvement nationaliste concurrent le MNA. C'est un euphémisme car il s'agit de terribles massacres ! Rien qu'en France ce sont près de 4000 militants messalistes qui ont été assassinés par le FLN et en Algérie ce sont des dizaines de milliers d'autres qui ont été exécutés avec effectivement l'égorgement de tout un village celui de Mélouza.
Enfin, M. Hamoumou termine son article en appelant à une "volonté sincère et partagée de privilégier l’avenir". Notre ami risque d'attendre encore 60 ans s'il compte sur le pouvoir corrompu et injuste toujours en place malgré les manifestations de dizaines de millions d'algériens qui rejettent et détestent la dictature des généraux qui viennent de désigner un président illégitime M. Tebboune alors même que le peuple avait refusé d'aller voter. Cette "volonté sincère et partagée" ne verra le jour côté algérien que si la dictature qui dure depuis 58 ans venait à tomber grâce au mouvement du Hirak qui porte bien son nom.

Guy Regazzacci 11/09/2020 10:26

Bonjour à tous,

Lorsque j'ai vu que Mohand Hamoumou publiait un article sur cette mission confié à Stora, j'étais septique.
Puis à sa lecture, j'ai une impression globale assez positive même plus.

Mohand analyse avec tact et hauteur la situation globale et c'est bien ainsi.

Ce qui ressort pour moi, ce que nous ne pouvons rien attendre de Stora, rien de bon bien sûr.

Un idéologue Marxiste et pro FLN ne peut mener à bien une telle mission et cela, Macron le sait et pourtant, pourtant, notre président a bel et bien confié cette lourde tâche à cet homme adulé par ses amis du FLN qui mettent en coupe réglée ce pays depuis 1954.

Harkamicalement..

younes 15/09/2020 20:56

La communauté Harki en a marre que on l'oppose au FLN ou a l'ALN à l'Algérie, on peut seulement dénoncer le malheureux virage stalinien du mouvement indépendantistes algérien ! Pour le reste nous sommes comme les Juif et les Aborigènes discriminées on veut des réparation financière juste ! nous avons tout perdu la terre de nos ancêtres etc il faut payé en Euros l'équivalent d'une maison individuelle par enfants de harki et pas nous perdre dans l'histoire et la mémoire sélective !!

ABDELKADER MOKHTARI 12/09/2020 15:13

Gardons nous des clichés et d'un discours caricatural. Taxer Stora "d'idéologue marxiste et pro FLN" est une affirmation gratuite et inutile. Stora a parfaitement le droit d'être engagé politiquement et même à l'extrême gauche.

Qu'on le veuille ou non, il reste un des meilleurs spécialistes de la guerre d'Algérie et ses nombreux travaux en attestent.

Le choix de Stora a été évidemment décidé parce que son analyse du système colonial a toujours été très critique et que ses relations avec le pouvoir en place sont meilleures que celles d'autres historiens français que nous pourrions aussi contester pour leur parti pris pour l'Algérie française.

Le Président Macron affiche sa volonté de mener un vrai travail de Vérité pour aller vers la réconciliation du peuple français avec le peuple algérien.

Nous ne pouvons qu'être favorable à cette idée de rapprochement entre ces deux peuples qui partagent une histoire commune.

La France et l'Allemagne ont été capables de mener ce travail historique et mémoriel pour parvenir au nécessaire pardon.

Mais pardonner ne signifie pas tout oublier ; pardonner ne veut pas dire oublier toutes les humiliations et surtout les fautes d’une extrême gravité faites de part et d’autre.

Le Pardon fait partie de cette quête de la Vérité et est indispensable dans la construction de la Mémoire collective Harki qui doit nous mener au travail de deuil que nous devons tous faire.

Ce travail de deuil permettra à tous les acteurs de se libérer de ce lourd fardeau que nous traînons depuis tant d’années.
Bon nombre d’anciens Harkis, de leurs épouses ou des enfants subissent encore les effets des souffrances psychiques dues à la violence extrême de la guerre d’Algérie et du système colonial mais aussi des conditions déplorables dans lesquelles ils ont été placés lors de leur arrivée en France.
RIEN N’A JAMAIS ETE FAIT PAR LES AUTORITÉS POUR AIDER CES PERSONNES !


Si nous avons tous compris qu’il y a dans la « mission Stora » des enjeux économiques et stratégiques, il y a dans le discours du Président Macron, une place importante accordée à l’Histoire et la Mémoire.

Le groupe social Harki doit s’emparer de ce débat car il est un acteur incontournable de cette histoire franco-algérienne.
Et il n’est pas question que nous soyons, encore une fois, mis en arrière plan, comme cela a été souvent le cas.

Cela signifie que l’Algérie doit faire des concessions importantes sur son histoire officielle en lien avec ce conflit histoire qui est, effectivement, un mythe et une mystification.

Mais que dire de la chape de plomb que nous devons supporter, aujourd’hui encore, en France ?

A quand la reconnaissance officielle des nombreux torts causés par l’Etat français à ces Harkis et leurs familles, citoyens français ayant dû subir l'abandon et de nouvelles discriminations sur le sol français ?

A quand la Réparation de tous les préjudices subis ?

A quand la possibilité de consulter de simples dossiers administratifs de nos parents sans passer par des procédures dérogatoires longues et complexes ?

EN 1995, Jacques Chirac a eu le courage de reconnaître la responsabilité de l’Etat français dans la déportation de nos compatriotes Juifs.
Dans la continuité, un vrai dialogue s’est instauré entre les victimes de ces agissements et les représentants de l’Etat qui ont conduit à la création d’une commission d’indemnisation.

Pourquoi le Président Macron qui semble vouloir faire œuvre de Vérité ne prend-il pas exemple sur son illustre prédécesseur ?

Nous attendons avec impatience la suite qui sera donnée aux recommandations de Benjamin Stora et nous espérons que le groupe social Harki pourra désigner ses représentants les plus habilités pour faire entendre notre voix sur TOUS les sujets en lien avec l’Histoire de l’Algérie française et celle très particulière des Harkis et leurs familles.

Rehaili amar 11/09/2020 08:11

Tout est dit,mohand a decrit une vérité, analyse honnete et juste des 2 cotes de la Méditerranée...... bravo

1962' 13/09/2020 00:23

"des 2 cotes de la Méditerranée" pour le côté algérien pour l'instant vous pouvez toujours rêver ...