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Gard : "La France doit reconnaître le génocide des harkis"

"Nos pères nous ont toujours demandé de respecter le drapeau français", dit Mathieu Arrag qui n’y déroge pas.

Mathieu Arag est président de la coordination des harkis dans le Gard. Bien que satisfait de la loi des finances 2015 qui prévoit dix mesures en faveur des harkis, il souhaite poursuivre le combat.

La loi de finances 2015, entrée en vigueur le 1er janvier, prend en considération la situation des harkis dans sa mission “Anciens combattants, mémoire et liens avec la Nation”. Ce doit être une grande satisfaction pour vous, non ?

On se bat pour ça depuis des années et des années. Donc oui, on peut dire que c'est une belle victoire. Vous savez, pour recontextualiser tout ça, la deuxième génération de harkis, dont je fais partie, a souffert de l'injustice qu'ont connue nos parents. Ces derniers, illettrés, ont débarqué dans un pays qu'ils ne connaissaient pas et dans lequel ils n'ont pas été acceptés. On les a même enfermés dans des camps avec des barbelés. Mon père s'est retrouvé à Saint-Maurice-l'Ardoise et ma mère à Rivesaltes. Déracinés, abandonnés, exclus par les uns, considérés comme des traîtres par les autres, ils se sont refermés sur eux-mêmes dans un état de tristesse incommensurable.

"Les harkis sont assimilés très injustement à des traîtres"

C'est ce que vous avez vécu, vous, étant petit ?

Bien sûr, j'ai ressenti cette exclusion et je me bats pour que ma fille et les autres enfants harkis de la troisième génération ne connaissent pas ça et vivent librement sans être mis à la marge. À titre d'exemple, jamais de ma vie je n'ai été invité à un anniversaire organisé par mes copains. Parce qu'on ne voulait pas de l'arabe.

Combien de fois aussi on m'a traité de "sale fils de harkis" ! J'ai subi ce racisme au quotidien tout autant que la tristesse que mes parents avaient au plus profond d'eux et qu'ils m'ont d'ailleurs transmise. Ce que la communauté harkie a subi, je ne le souhaite à personne. 

Revenons aux dix mesures de la loi de finances. Quelles sont celles qui sont, à vos yeux, les plus importantes ?

Dans l'ensemble, toutes les mesures sont bonnes même si, je vais y revenir, certaines doivent être aménagées voire modifiées. Pour autant, il y a une mesure qui m'a mis les larmes aux yeux. C'est quand le président de la République a donné son aval pour faire entrer le plan Harkis au sein de l'Éducation nationale.

Aujourd'hui, nous sommes assimilés très injustement à des traîtres. C'est la bêtise humaine qui veut ça. Mais grâce au nouveau programme de l'Éducation nationale, les enfants vont pouvoir apprendre ce que sont véritablement les harkis. Pourquoi ils se sont engagés avec la France.

Ils vont découvrir les horreurs que le Front de Libération Nationale (FLN) a commises pour obtenir de la France l'indépendance de l'Algérie. Les harkis se sont soulevés contre ces exactions et cette barbarie. Et ils en ont payé le prix fort avec pas moins de 150 000 tués dans des conditions particulièrement cruelles après le 19 mars 1962 et l'abandon de l'Algérie par la France.

On sent dans votre voix que c'est une véritable souffrance pour vous ?

Comment voulez-vous que cela soit autrement. D'ailleurs, tant que l'État français ne reconnaîtra pas cet abandon, nous continuerons notre combat. La France doit reconnaître le génocide des harkis avec ces familles entières enterrées vivantes, coupées en morceaux, massacrées, brûlées vives... Et tout ça pourquoi ? Parce que la France a ordonné leur désarmement tout en interdisant leur rapatriement. Et si je peux vous parler aujourd'hui, c'est que des hommes, notamment des militaires, ont désobéi à ces ordres. Le paradoxe dans tout ça, malgré cette injustice, c'est que nos pères nous ont toujours demandé de respecter le drapeau français.

Vous parliez d'aménagements ou de modifications de certaines mesures de cette loi de finances. Quels sont-ils ?

L'aide au rachat de trimestres de cotisation retraite pour les enfants de harkis, par exemple. La loi prévoit que les enfants de harkis ayant eu entre 16 et 21 ans dans les camps français pourront racheter jusqu'à quatre trimestres de cotisation et bénéficieront alors d'une aide forfaitaire de 2 000 € par trimestre, plafonnée, donc, à 8 000 € par personne. Nous rejetons cette tranche d'âge et nous souhaitons que cette mesure soit applicable à tous les enfants de harkis ainsi qu'aux rapatriés de harkis qui sont passés dans ces camps.

"J'ai sollicité un entretien avec Manuel Valls"

D'autres mesures font débat ?

Oui, la promotion du dispositif des emplois réservés pour les enfants de harkis auprès des recruteurs des trois fonctions publiques. Les enfants de harkis ont, en effet, accès au dispositif des emplois réservés sur liste prioritaire pour un accès simplifié aux emplois de catégorie B et C de la fonction publique. Mais on s'est rendu compte qu'il y avait un manque d'information des recruteurs, notamment pour les fonctions publiques territoriale et hospitalière.

Donc, nous allons nous faire entendre pour que cette mesure soit applicable. Idem pour l'information sur le droit au logement applicable aux harkis. Je dois bientôt rencontrer Jean Denat, le président du Département. J'ai demandé un rendez-vous à Jean-Paul Fournier, pour l'instant sans réponse, et j'ai même sollicité un entretien avec Manuel Valls, le Premier ministre.

Comment avez-vous vécu les derniers attentats terroristes qui ont touché la France et causé la mort de dix-sept personnes ?

La communauté harkie condamne ces attentats. Nous avons toujours respecté la République française et la liberté d'expression. Tuer des gens parce qu'ils ont exprimé leur liberté d'expression, nous ne le tolérons pas. Aujourd'hui, je pense aux victimes et surtout à leurs proches. En ce qui me concerne, j'ai passé une semaine difficile car j'ai ressenti les mauvais regards, les messes basses et les suspicions à l'égard des musulmans.

J'ai acheté un Charlie Hebdo

Êtes-vous choqué par les caricatures de Mahomet ?

Non, il faut faire preuve de tolérance, Charlie Hebdo est un journal satirique, et ce n'est pas parce qu'il a publié la caricature du prophète qu'on doit s'en prendre physiquement aux journalistes de sa rédaction. J'ai d'ailleurs acheté un Charlie Hebdo et je suis fier d'avoir un exemplaire.

Sentez-vous des tensions à Nîmes ?

Oui, il y en a. Certains jeunes sont un peu paumés, désorientés, fragilisés par le chômage, le manque d'argent, l'exclusion et ils se font retourner par des mauvaises âmes. L'islam n'a jamais dit de tuer ni de faire du mal. Moi-même qui suis musulman et fier de l'être, aujourd'hui, je pratique ma religion chez moi parce que j'ai peur. Peur de ce qui se passe à la sortie des mosquées avec la constitution de petits clans radicaux.

Il faut vite faire un travail avec tous les représentants des différentes communautés mais aussi avec Nicolas Cadène de l'Observatoire sur la laïcité pour trouver des solutions.

Né à Nîmes, Mathieu Arrag, âgé de 30 ans, pacsé et père d'une petite fille, est président de la coordination des harkis dans le Gard depuis maintenant cinq ans.  

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REGAZZACCI 19/01/2015 17:49


Bonjour Monsieur,


De tout coeur avec vous dans votre ressenti.


Pieds Noirs; j'ai été (nous avons été) aussi victime du racisme dont vous parlez, par mes propres compatriotes et cela n'a jamais cessé depuis notre arrivée en métropole. Cela n'est du qu'à un
seul homme : De Gaulle. Il a fait en sorte que nous soyons à jamais detesté et il a réussi.


Je pense que le mot "bétise humaine" conviendrai peut être mieux que "racisme"


Continuez votre combat pour la dignité et l'honneur de vos anciens. Ils le méritent.


Cordialement.