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Le livre du week-end " le cri "de Bernard Goutta,fils de harki.

« Le cri », Vincent Couture, éditions Talaia, 16 euros.

Cliquez sur le livre

A presque 42 ans, Bernard Goutta, aujourd’hui manager de Colomiers, a passé 18 ans à l’USAP

Manager de Colomiers, icône à l’USAP, le destin de Bernard Goutta bascule entre héritage harki et univers rugby. Dans un livre, intitulé « Le cri », Vincent Couture, journaliste à L’Indépendant, le décrypte.

On joue et on vit comme on naît : cette maxime dessine, tout le long de votre livre, le parallèle entre Goutta homme de rugby et Goutta fils de harki ?

 

Vincent Couture : Bernard Goutta est né au camp de Rivesaltes, il y passe les quatre premières années de sa vie. Il est fils de harki et, fils de harki, c’est un héritage très lourd à porter. C’est une identité confisquée. D’autant que le destin familial porte beaucoup de pathos, de tragédies, comme je l’explique dans l’ouvrage. Et quand Bernard arrive en 1994 à l’USAP, à 23 ans (il jouait jusque-là à Pia en 3e division), les cinq ou six premières années, il ne dit pas un mot. C’est cet héritage harki que l’on retrouve. C’est-à-dire ce silence partagé par toute la communauté dès son exil, sous la menace du retour en Algérie et donc au risque d’y subir les massacres qui sévissaient après la guerre d’Algérie. Ce sentiment a été transmis à la deuxième génération, dont Bernard.

Quel élément a permis qu’il se réalise ?

L’élément déterminant est sa nomination comme capitaine de l’USAP par Olivier Saïsset en 2001. Pour qu’il puisse s’occuper des autres, s’oublier soi-même et finalement arriver à être lui-même. Il y a un travail de résilience absolument remarquable par rapport à son destin familial.

Tout au long de votre ouvrage, on chemine entre ce destin harki et sa carrière rugbystique…

C’est comme un exercice de poupées russes, un entrelacement entre plusieurs trajectoires en quête de reconnaissance. Goutta était en quête de reconnaissance par rapport à sa communauté harki, l’USAP attendait un titre depuis plus de 50 ans, et la Catalogne nord, département très pauvre, également était en quête de reconnaissance. Et, ces trois trajectoires ont connu une apothéose en 2009, l’année du titre de champion de France. Ce fut presque une résilience pour tout le monde.

A travers le destin de Goutta, vous décryptez aussi 20 ans d’USAP ?

C’est aussi l’occasion de revivre 15 ans de professionnalisme de l’USAP. La génération Goutta est une génération de schizophrènes, un peu tiraillés entre ce professionnalisme froid qui naît en 1995 et cette dose d’affectif qu’ils avaient toujours connu. Il se trouve que le club qui réussissait le mieux cette alchimie était le Stade Français, comme par hasard la grande bête noire de Bernard. Cet affrontement face au club de Max Guazzini, c’est aussi un peu la symbolique des tiraillements entre l’état français et la communauté harkie.

 

Quel rôle a le suicide de son frère dans son destin ?

Dans chaque famille de harki, on tait un suicidé. Chez les Goutta aussi. Tout est recouvert d’une chape de plomb. Pleins de choses ont été étouffées. Dans le livre, on découvre un Bernard Goutta dernier né d’une famille de huit enfants, un garçon un peu frêle, surprotégé pendant son enfance. On peut dire que le rugby a sauvé Bernard, que son style de jeu fait d’affrontements et d’impacts est symbolique de sa révolte. Il parle avec son rugby, avec son travail, avec son humilité. Tout cela grâce à son père qui est son véritable héros. Malgré sa souffrance, sa fuite de l’Algérie, son destin brisé, ses 20 ans au service de l’armée française, son alcoolisme, le père élève ses huit enfants dans le respect et l’amour de la France. Goutta est un exemple de réussite de l’ascenseur républicain.

Pourquoi votre livre s’intitule le cri ?

Lors de la saison 1999-2000, Bernard Goutta est un remplaçant anonyme sous la direction d’Alain Teixidor. Respectueux, travailleur, il n’arrive pas à s’épanouir. Pris à partie par le coach lors d’une séance vidéo, il hurle enfin sa frustration et son sentiment d’injustice. Il arrête de se taire, de subir. Il se lève et se révèle.  

Article Source : Thierry Bouldoire       

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  l'Association Départementale Harkis Dordogne Veuves et Orphelins , et le site http://www.harkisdordogne.com/ Périgueux

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