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Lettre du Général (2S) Eugène Postic à propos du 5 Décembre .

5 Décembre 2012

Mesdames, Chers Camarades,

1962-2012, nous voici au cinquantième anniversaire de la fin de la Guerre d’Algérie ! Cinquante ans, ça peut paraître bien loin ; et pourtant, pour tous ceux qui l’ont vécue, cette guerre, c’était hier, car notre esprit, notre cœur, sont encore pleins de souvenirs. De bons, et de moins bons, d’ailleurs, de ces moments si durs et si douloureux, où l’on rentrait d’opérations moins nombreux que nous y étions partis, quelques jours plus tôt. De moments formidables aussi, de fraternité, car, quels que soient le grade ou la fonction, nous vivions tous, dans les mêmes conditions matérielles, mais aussi morales, avec les mêmes joies, les mêmes fatigues, mais aussi les mêmes angoisses, les mêmes stress, et les mêmes peines.

Oui, cette guerre aura profondément marqué notre génération, parce que jeunes, arrivant juste à l’âge adulte, nous avons été lancés dans cette tourmente, parce que nous avons cru en notre mission, et espéré le succès de nos armes, pendant des années, et que nous avons été frustrés d’une victoire militaire que l’on percevait toute proche, et que nous sommes revenus, humiliés et amers, après les effets désastreux des déclarations d’Evian.

Pendant des décennies, une chape de plomb s’est abattue sur cette période de notre histoire ; les anciens combattants se sont tus ; il était politiquement correct d’éviter ce sujet , toujours brulant ; et lorsque les médias en parlaient, toujours à la même époque de l’année, en mars, comme par hasard, c’était toujours pour présenter de soi disant témoignages invérifiables et effarants, stigmatisant l’action de l’Armée, occultant systématiquement les atrocités commises par les rebelles, tout comme le travail de pacification que nous menions, jour après jour, auprès des populations.

Car il faut le dire avec force : Oui, nous pouvons être fiers de ce que nous avons accompli sur cette terre, au près des populations, pendant ces huit années de guerre. Car l’armée française, parallèlement aux opérations, dites de maintien de l’ordre, a conduit inlassablement, jour après jour, un immense travail humanitaire, et de pacification. Combien d’algériens, jeunes enfants à l’époque, seraient actuellement aveugles, si les médecins militaires, avec les infirmières des équipes d’Action Médicale Gratuite, les AMG, n’étaient pas allés, en prenant des risques, soigner leurs trachomes, dans les douars les plus reculés ? Combiens d’algériens seraient peut être encore analphabètes, si l’armée n’avait pas pris en charge l’ouverture d’écoles,  souvent avec des instituteurs appelés, d’un très grand dévouement, sous la protection des SAS, les Sections Administratives Spécialisées ? Celles-ci ont également fait un travail énorme pour stabiliser les populations rurales, améliorer leurs conditions de vie et les aider au plan administratif. Malheureusement, il n’y a pratiquement jamais eu d’échos, dans nos médias, de cet admirable travail de l’armée, qui ne s’est jamais fait dans des conditions faciles.

Parlant l’an dernier des exactions commises par l’Armée Française en Algérie, un Premier Ministre étranger a employé le terme de génocide. Certes, il ne faut pas le nier, il y a eu, parfois, des dérives, comme malheureusement dans toutes ces actions de contre guérilla, voire depuis, en Bosnie, au Kosovo, ou en Irak, et on ne peut que le regretter.

Mais quant à parler de génocide, ce monsieur s’est trompé de côté, car c’est bien du côté FLN, puis plus tard, combattants de la dernière heure, que l’on peut parler vraiment de génocide :

Qui ne se souvient, parmi nous, du massacre de Melouza, le 28 mai 1957, faisant 301 morts et 150 blessés, parce que ce village était acquis au MNA, le parti de Messali Hadj  que combattait le FLN,  ?

Après le 19 mars 1962, date de la mise en œuvre du cessez le feu unilatéral par la France, les combattants de la dernière heure du FLN se sont déchaînés dans des tueries, des enlèvements, des tortures atroces, essentiellement sur les supplétifs, harkis et moghaznis, et particulièrement sur les européens, le 5 juillet  à Oran. Le Colonel français Abdelaziz MELIANI, que j’ai bien connu en activité, a écrit un livre relatant le martyr des harkis, se fondant sur de nombreux témoignages qui lui sont parvenus. Les chiffres varient, mais ce qui est certain, c’est qu’au total, dans les mois qui ont suivi ce 19 mars, de triste mémoire, il y a eu plus de victimes de mort violente, que pendant les huit ans de guerre, c'est-à-dire plus de cent mille. Ces exactions ont contraint près d’un million de pieds-noirs, à quitter l’Algérie, dans des conditions inhumaines, avant la proclamation de l’indépendance. N’oublions pas les disparus, qui se chiffrent par milliers, et sont tombés dans l’oubli…sauf de leurs proches.

Après l’évocation de cette barbarie, qui s’est déroulée postérieurement au 19 mars 1962, on ne peut accepter, pour l’Honneur et la Mémoire de nos camarades Morts pour la France en Algérie, ni la date du 19 mars pour rendre un hommage officiel de la Nation aux victimes civiles et militaires de cette guerre, ni l’évocation d’une quelconque repentance de la France.

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Cinquante ans après, le rappel de tous ces mauvais souvenirs peut paraître à certains quelque peu malvenu, si l’on veut un jour, arriver à tourner cette page de notre histoire, comme nous avons réussi à le faire avec l’Allemagne, au cours du dernier demi siècle. Ce rappel aurait été en effet, peut-être superflu,  si l’actualité récente, à travers le vote au Sénat du 8 novembre, et les rumeurs persistantes d’un geste de repentance, n’étaient venus raviver toutes les plaies, difficiles à cicatriser, malgré le temps. Je pense donc, pour ma part, qu’il le fallait encore une fois, pour la mémoire de ceux que nous honorons aujourd’hui.

                                                                                  Général (2S)Eugène POSTIC

                                                                                   Président du C.E.R.A.S

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l'Association Départementale Harkis Dordogne Veuves et Orphelins , et le site http://www.harkisdordogne.com/ Périgueux 

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