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Trois destinées, un seul pays: l'Algérie

Maissa Bey, Fatima Besnaci, Anne Chatel Demmanges: trois destinées, un seul pays.
C'était bien la vocation de l'Association Coup de Soleil de provoquer une rencontre aussi inédite qu'improbable entre l'arrière-petite-fille d'un Consul de France à Alger, celui qu'un coup d'éventail propulsa vedette prima donna de l'histoire franco-algérienne, une fille de harki, ballottée de camp en camp, qui grandit entre sévices et affronts mais qui fait les rencontres qui vous illuminent une vie (Jean Lacouture,Germaine Tillon, Nelly Forget) et enfin une fille de moudjahid, dont le père fut torturé puis assassiné dans l'enfer de Boghari, loin des siens, victime symbolique de cette guerre qui résume, restitue et explique l'histoire de trois destinées algériennes entre 1830 et 1962.

Sans l'outrage subi par cet aïeul dont l'immense portrait a encombré l'enfance de Anne Chatel Demmanges à la manière des douairières d'antan, l'Algérie aurait peut être prolongé son destin de simple comptoir ottoman et le père de Maissa BEY aurait peut-être fini sa carrière d'instituteur laïc et républicain, ignorant complètement l'existence d'un Messali Hadj et sans jamais lire une ligne de Ferhat Abbas.

Sans la férocité des massacres et des représailles du 08 Mai 1945, véritable antichambre de la vraie guerre d'Algérie, les Algériens n'auraient peut-être pas précipité leur entrée dans l'histoire, entrainant malgré eux ces carrefours fratricides dans lesquels le père de

Maissa Bey

Etoile montante de la littérature algérienne, Maïssa Bey est née en 1950 dans le village de Ksar el Boukhari (Médéa). Ex-enseignante en lettres, puis conseillère pédagogique à Sidi-Bel-Abbès elle n'a commencé à écrire qu'à la maturité. Pourtant, elle s'est nourrie de mots dès sa petite enfance. Elle libère dans l'écriture le courant silencieux qui la traverse depuis la mort de son père, instituteur, membre du FLN, tué par des Français dont elle appréciait la langue et la culture.

Maissa BEY aurait pu tomber sous la balle du père de Fatima BESNACI, lui-même engagé sous le commandement d'un autre Deval.

Anne Chatel Demmanges

Née en 1943 à Constantine, elle est descendante des premiers conquérants de l’Algérie, qu’elle quitte avec sa famille après les émeutes de Sétif, pour s’installer en Savoie dans les années cinquante. De formation juridique, elle a débuté sa vie professionnelle dans la gestion des ressources humaines.

L'humour si dévastateur et si candide d'Anne Chatel Demanges, qui n'a rien perdu de son rang malgré ses dénégations, a permis de tempérer les ardeurs et de pacifier les échanges.

D'une part, Fatima BESNACI qui convoque et mobilise les archives militaires pour adoucir les blessures des siens, qui consulte celles de la Croix Rouge pour accabler les moudjahidines et enfin qui se plaint du glissement sémantique qui fait du mot harki l'équivalent semi-automatique du traitre dans le parler maghrébin d'aujourd'hui.

D'autre part la salle qui lui fait observer qu'en dehors des lynchages survenus entre juillet et septembre 1962, le peuple algérien (on ne parle pas des autorités algériennes) ne s'est pas livré à une chasse systématique de tous les harkis, mokhaznis, supplétifs qui ont eu la mauvaise idée de ne pas déserter au bon moment ou, plus précisément, d'avoir refusé de l'accompagner dans son entrée triomphale dans l'Histoire du siècle.

La salle aurait pu lui rappeler que Mme Jeannette Boughrab, fille de harki et Ministre de la République française, a été chaleureusement reçue à Alger, que Kader Arif, fils de harki et Ministre de la République française , a été dignement reçu par le Ministre algérien des Moudjahidine (c'est réellement historique) et par le Premier Ministre, ou encore que Hamlaoui Mekachera, initiateur de la fameuse Loi du 23 Février 2005 et officier français sur la terrible Ligne Morice en 1959, fut reçu à Alger parmi les membres de la délégation de Jacques Chirac.

 

Fatima Besnaci

Née en 1954 à Sidi Ghilès (ex-Novi) elle a grandi au cœur des contradictions entraînées par la guerre d'Algérie, comme beaucoup d'enfants issus d'une société rurale et tribale. Sa famille, déchirée entre des camps opposés est contrainte de partir en France en 1962. Après une première étape derrière les barbelés du camp de Rivesaltes (Pyrénées-Atlantiques), Fatima et ses sept frères et sœurs ont passé une grande partie de leur jeunesse dans le camp de Mouans-Sartoux ( Alpes-Maritimes). 

Mais Fatima Besnaci, on s'en est rendu compte, possède la carapace de celles qui ne lâchent pas l'affaire facilement et c'est un de ses arguments qui va faire mouche dans la salle lorsqu'elle dit, à juste titre, que beaucoup de familles algériennes ont vite fait de poser une chape de plomb sur la question harki, de peur de réveiller certaines vérités cruelles ou de ressusciter des épisodes enfouis, tellement enfouis que leur exhumation serait aussi douloureuse que la figure de l'allemand de Boualem Sansal et tout aussi problématique que la déclaration d'Anouar Benmalek "(...) Mohamedi Said, le responsable de la boucherie de Melouza, n'est-il pas considéré comme un modèle de bravoure par l'Algérie officielle?" (Interview au Matin.dz à propos de son roman Le Rapt)

On peut valablement se prévaloir de l'heureuse bénédiction de Mohamed Harbi et c'est de bonne guerre pour Fatima Besnaci mais il ne faut jamais ni oublier, ni occulter que la guerre de libération algérienne est l'acte politique majeur du peuple algérien, celui par lequel il fait irruption sur la scène des nations en affirmant sa volonté de payer le prix nécessaire pour sortir de "l'indignité coloniale".

Doit-on encore justifier ou expliquer en 2014 que le système colonial était une impasse horrible pour tous et que la seule solution était d'en sortir, sachant pertinemment que le séisme serait ravageur et les séquelles durablement meurtrières?

Article Source : 19/06/2014Maghreb

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l'Association Départementale Harkis Dordogne Veuves et Orphelins , et le site http://www.harkisdordogne.com/ Périgueux

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