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Khadija Bakiri,fille de harki présidente de l’Association des Harkis et Enfants de Harkis des Pyrénées-Atlantiques à Pau (64)

Khadija Bakiri présidente l’Association des Harkis et Enfants de Harkis des Pyrénées-Atlantiques.

Khadija Bakiri est présidente depuis 2016 de l’Association des Harkis etEnfants de Harkis des Pyrénées-Atlantiques. Retour emblématique sur un passé « qui ne passe pas».

En mai 2017, Khadija Bakiri est allée en Algérie avec Nadia, une amie agenaise et le Lonsois Alain Ferki. Pour ces trois enfants de harkis, guidés par Gisèle Ferrari, figure des Pieds-Noirs de Pau, c’était le premier retour au pays de leurs racines, quitté en 1962.

« Mon père, Salem, engagé dans l’armée française, avait fait la guerre d’Indochine et combattu aux côtés des Français en Algérie. Lorsque l’on a quitté notre village de Soufflat, près de Médéa avec mes parents et mes frères et sœurs, j’avais 5 ans », se souvient Khadija Bakiri. Cette retraitée paloise a succédé en 2016 à Alain Ferki à la tête de l’association des harkis et enfants de harkis des Pyrénées-Atlantiques. Son parcours est emblématique de celui de nombreux enfants qui ont réussi à fuir les persécutions qui menaçaient leurs familles à la fin de la guerre d’Algérie.

UNE HISTOIRE REMISÉE DANS UN TIRROIR

Arrivée dans les cales d’un paquebot à Marseille, sa famille a été ballottée dans des camps de harkis, du Larzac à Rivesaltes, de Saint-André des Alpesjusqu’à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume dans le Var.

C’est dans ces lieux de relégation que Khadija a vécu son enfance et son adolescence : « Ce dernier camp était le pire : des préfabriqués édifiés sur une ancienne déchetterie et des chambres minuscules avec des lits superposés. Je revois encore les cafards».

Ce récent voyage en Algérie a fait du bien à cette femme, aujourd’hui comme apaisée : « C’était émouvant. J’ai l’impression maintenant que mon passé m’appartient, alors que longtemps, je ne me suis pas intéressée à cette histoire, comme si je l’avais remisée dans un tiroir».

« POUR L’HONNEUR DE MON PÈRE »

C’est la visite d’une exposition de peinture d’un fils de harkis en 2012 à Lonsqui la ramènera à son passé : « Il peignait des visages qui m’ont beaucoup impressionné, parfois sans oreilles, sans yeux ou sans bouches. Cela a joué comme un déclic. Tout m’est revenu». Khadija Bakiri se sent alors frustrée de ne pas mieux connaître l’histoire des harkis : « Ils ne parlaient jamais de la guerre. C’est un garçon, ancien du camp de Saint-Maximin que j’ai retrouvé en 2012, qui m’a appris beaucoup sur l’histoire de mon père ». Dans la foulée, elle rejoint l’association des harkis et enfants de harkis desPyrénées-Atlantiques qu’elle préside aujourd’hui.

Entre temps, Khadija Bakiri s’était construit une vie en dépit des rejets, vexations et humiliations liées à ses origines : «Nous étions mal vus par les Français qui n’aimaient pas les Arabes et par les Algériens qui nous traitaient d’enfants de traîtres». Elle quitte le lycée de Digne après un BEP sanitaire et social et travaille en maison de retraite. Elle devient ensuite ambulancière et rencontre son futur mari, aux origines moitié poitevines, moitié belges. Ensemble, ils auront 3 enfants et rachèteront une société d’ambulances à Gan, à leur arrivée en Béarn en 1986.

Désormais, Khadija se bat pour obtenir des réparations pour les harkis et leurs enfants. « J’ai une mission par rapport à mes parents, pour l’honneur de mon père aujourd’hui décédé et pour les enfants de ma génération», précise-t-elle. Comme l’ensemble des associations de harkis, la sienne juge insuffisantes les promesses d’indemnisation du gouvernement pour les enfants qui, comme elle, ont vécu dans des camps avec une éducation au rabais.

« JE N’AI PAS LA CULTURE DE LÀ-BAS »

Le 12 mai de chaque année, elle se rend sur la stèle érigée à Oloron en hommage aux harkis abandonnés par la France qui n’ont pu rejoindre la métropole, souvent torturés et exécutés et dont les enfants vivent encore là-bas comme des parias.

Elle garde, comme une sinistre relique, la copie du télégramme du ministre des armées Pierre Messmer, signant le 12 mai 1962 l’abandon des harkis enAlgérie.

«Je n’ai pas la culture de là-bas. Mais ma mère Yamna m’a appris à faire un bon couscous », avoue Khadija, devenue catholique en 1989, comme son ex-mari et ses enfants. Elle n’en a pas fini avec l’Algérie. Lors de son voyage en 2017, elle n’a pas su retrouver son village natal. « J’y retournerai certainement un jour », assure celle qui ne renierait pas le titre du récent ouvrage de l’historienne girondine, Katia Khemache : « Harkis, un passé qui ne passe pas ».

Ligne de vie

Etat civil → Naissance le 3 mars 1956, près de Médéa (Algérie). Epouse en 1981 Olivier Parent avec lequel elle a 3 enfants : Stéphanie en 1982, Edouard en 1985 et Arnaud en 1990. La famille s’installe en Béarn en 1986.

Formation et parcours professionnel → BEP sanitaire et social à Digne, formation d’ambulancière à Lyon. Reprise d’une société ambulancière à Ganen 86.

Engagement → Adhère à l’Association des Harkis et Enfants de Harkis des Pyrénées-Atlantiques en 2012. En devient présidente en 2016.

10/12/2018

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