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«Parcours de Harkis et de leurs familles» Témoigner du passé des harkis à Belfort (90)

Témoigner du passé des harkis -

Le conseil départemental de Belfort accueille une exposition sur l’histoire des harkis, de leur mobilisation pendant la guerre d’Algérie à leur manque de considération par la France, après 1962. Poignant.

 L’exposition est un hommage aux combattants Harkis qui ont servi la France dès le XIXe siècle puis lors des grands conflits mondiaux du XXe siècle ainsi que durant la guerre d’Algérie.

Des premiers pas des Harkis en métropole à aujourd’hui, l’exposition aborde les moments forts qui ont mené à une prise de conscience de la condition de vie dans les camps. Cette prise de conscience a donné naissance aux grandes manifestations pour faire valoir, à ces femmes et à ses hommes, des droits en tant que français à part entière.

En complément

les Archives Départementales du Territoire de Belfort présentent une sélection de documents originaux : cahiers d’enregistrement des rapatriés, rapports des renseignements généraux, recensements, dossiers liés à la scolarisation, à l’aide sociale ou à l’insertion économique des anciens harkis.

EXPOSITION

« Parcours de Harkis et de leurs familles »

QUAND, OÙ ?
  • Tous les jours sauf le samedi et le dimanche de 09 h 00 à 12 h 00 et de 13 h 45 à 17 h 30
  •  
  • jusqu'au 31 août 2017
  • Fermé les 14/07/2017, 15/08/2017
  • Hall de l'hôtel du département

Place de la Révolution-Française

Belfort (90)

ORGANISATEUR
  • Département du Territoire de Belfort

    03.84.90.90.90

INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES
  • Accès adapté aux personnes à mobilité réduite
TARIFS
  • Gratuit

 

 

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sadouni 17/07/2017 22:44

Un peu de lecture après notre abondons :
Ma vie à Batna devenait monotone et difficile. La peur au ventre, je retournais bon gré mal gré en centre-ville, rassemblait mes effets personnels laissés aux bains maures. Je perdais le moral ! J’étais seul ! L’air hagard et dépité, je plongeais dans la déprime, je ne savais plus où aller. Comme un fugitif, j’errais ici et là, sans but !
Les nuits suivantes, je me rendais d’un bain maure à l’autre pour brouiller ma piste. J’étais sûr que celui qui me voulait du mal ne pouvait être que l'ancien djoundi, lui seul aurait souhaité ma mort !
Décembre 1963. Je déambulais dans les rues de Batna, capitale des Aurès. Tout autour de moi, au travers des lumières blafardes des vieux lampadaires. J’observais les flocons de neige virevolter dans l’air glacé, avec un œil morne, je fixais la myriade de flocons duveteux qui, dans une danse anarchique, allaient et venaient derrière la baie vitrée. Ils tombaient doucement avant de toucher le sol sans bruit. Je me faufilais au hasard des ruelles qui se présentaient devant moi, une couche de neige épaisse avait blanchi la route et les trottoirs. Un doux voile blanc enveloppait dans un linceul la ville endormie dans un silence d’hiver. Une grisaille s’installa recouvrant les maisons englouties dans une léthargie nocturne.
Cela fait une année depuis que j’avais quitté mon village pour échapper aux vengeances du FLN. Sans domicile ni point d’attache, je me retrouvais à la case de départ, sans rentrée d’argent, mes petites économies avaient fondu comme neige au soleil. Il ne m’est plus possible d'aller dormir nulle part sans payer.
Je suis à la rue, au milieu de cette immense ville où le froid devenait encore plus vif avec la peur. En plein hiver, la neige fraîche est devenue croquante par le froid. Sa blancheur tapissait les toits et les trottoirs. Je me déplaçais prudemment d'une rue à l'autre, cherchant un abri. Malgré la paix ! J’avais peur ! Peur de ce pays recouvert de turpitudes ? Pourtant, il fut aussi le mien ! Maintenant, il ne me reconnait plus, je suis devenu sans domicile errant comme un enfant perdu !
Au milieu de cette nuit sombre et froide, j’arpentais avec méfiance la grande rue qui longeait le marché couvert, j’arrivais devant une vieille bâtisse, construite à l'époque coloniale, pour y accueillir toutes les marchandises destinées à la consommation de la population.
Dans ces lieux lugubres, il fait nuit opaque, pas âme qui vive ? Tout est désert, les grandes allées du marché couvert retrouvaient leur moment de silence total. Pourtant la journée, une foule immense se côtoie bruyamment, fait ses achats du quotidien, sans se connaître la foule se retrouve, se bousculent devant les étals de marchandise. C’est le vrai souk de Batna !
Ce soir-là, je n’avais rien mangé et la faim me mordillait l’estomac. Je me trouvais tout près de l'entrée de cette citadelle où étaient entreposées quelques ordures, jetées par les commerçants.
Tenaillée par la famine d’une journée, je me suis arrêté un instant devant l’amas de déchets, puis je scrutais les alentours d’un regard circulaire, avec attention, je m’assurais, si j’étais bien seul dans ces parages. D’un geste machinal, je me suis baissé rapidement, et ramassais l’orange qui se trouvait au-dessus du tas d’ordures. À peine me suis-je relevé, dans ce silence mortifié, une voix sortit des ténèbres de la nuit et m’interpella ! Surpris, je cherchais malgré l’obscurité cette voix mystérieuse ? Puis !
— Asmâa ! Asmâa ! Se manifesta l’intrus !
— Interloquer ! Je ralentis le rythme de ma respiration, pour mieux capter l’appel ? Voilà que je ne suis pas tout seul dans les parages ?
Bien dissimulé dans un coin du mur, une silhouette était allongée dans la pénombre. Sans attendre, à sa demande.
Je m'approche de l’homme avec précaution.
— Prends ce morceau de pain, tu dois avoir faim, mon frère ! Me proposa l’inconnu !
Je pris doucement le petit bout de pain, malgré ma gêne.
— Assieds-toi ! Me dit-il sur un ton amical. Je m'appelle Ahmed et toi ?
— Brahim ! Avais-je répondu un peu intrigué ?
— Tu ne travailles pas ?
— Oh, non ! C'est dur de trouver un emploi.
S'ensuivit un petit moment de silence. Je profitais pour dévorer l'orange et le pain.
Ahmed reprit curieusement :
— Tu n'es pas d’ici ?
— Non. Je suis d'Arris !
— Ah oui ! Je connais, moi je suis du sud.
Ahmed continua à me poser d’autres questions ?
— Mais pourquoi as-tu quitté le village où tu es né ?
Cette question éveilla en moi des souvenirs et je dus prétexter que je ne m'entendais pas avec mon père. Il me donna moralement tort. Car pour lui, le foyer familial est le plus important.
Soudain, Ahmed se tue, d'un seul bond, il se leva ! Affolé, il me mit en garde !
— Sauvons-nous vite, une voiture de police arrive !
Sans poser de questions, je courus derrière Ahmed, me faufilant d'une rue à l'autre sans bien comprendre. À bout de souffle, il s'arrêta d'un coup. Épuisé par une course nocturne.
Reprenant avec difficulté sa respiration, j’observais l’homme plein d’angoisse ? Quelques minutes se passent dans un silence pesant. Tranquillement, après attendu un laps de temps, Ahmed retourna vers son refuge, mais, toujours méfiant, car la pénombre reste pleine de mystère. Une fois nos esprits repris avec sérénité, la nuit me parut être son domaine. Je lui demandais pourquoi il avait fui. Il fit un léger soupir, et me dit :
— Cela est une longue histoire, Brahim ! Moi, vois-tu, je suis un harki ! Il baissa la tête, comme pour éviter mon regard.
Voilà, tout s’explique, même le silence qui suivit devint plus lourd pour Ahmed ?
Puis il se confia, un peu confus :
— Si la police me met la main dessus comme ancien harki, surtout la nuit, mon compte est bon. M’avoua-t-il ? Vu ma situation actuelle, je ne possède aucun papier sur moi.
Peut-être que pour toi c'est différent !
L’homme paraissait épuisé et avait l'air déçu de cette vie harassante.
Après avoir lâché un long soupir, il continua après:
— Je suppose que toi aussi, tu vas peut-être me rejeter, personne n'apprécie la compagnie d'un harki !
Le ton de sa voix réveilla en moi une blessure, j’avalais péniblement la boule qui me nouait la gorge. Je révélais à Ahmed que les souffrances dont il parle ne me sont pas étrangères. Pour le rassurer, je lui raconte sereinement mon passé. Apparemment, il se montra intéressé par mon histoire. Comme un enfant, je lui décris mon calvaire depuis que la France nous avait abandonnées. Aussi, comment je fus enrôlé injustement dans la sas de Bouzina à l’âge de 17 ans ? Partit pour faire la mécanique et je me suis retrouvé au milieu des harkis avec un fusil US 17.