31 Décembre 2025
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Par Malik BOULEFRAKH
Président fondateur de l’association Générations Harkis 54 – Mémoire et Honneur.
À Lunéville, l’absence d’invitation de l’association Générations Harkis 54 Mémoire et honneur aux vœux municipaux interroge. Au-delà d’un cas local, cet épisode révèle le décalage persistant entre la reconnaissance nationale des Harkis et certaines pratiques locales, encore marquées par l’invisibilisation mémorielle.
Une absence qui n’est pas anodine:
Le lundi 05 Janvier 2026, la Ville de Lunéville organisera sa cérémonie des vœux municipaux. Un moment officiellement présenté comme un temps de rassemblement républicain, d’unité et de reconnaissance de celles et ceux qui font vivre la cité. Pourtant, une absence interroge, et elle n’a rien d’anecdotique : celle des familles harkies et de l’association qui les représente.
En tant que Président fondateur de l’association Générations Harkis 54 – Mémoire et Honneur, je n’ai pas été invité à cette cérémonie, alors même que près de 1 200 invitations ont été envoyées. Une telle absence ne peut être réduite à un simple oubli administratif. Elle constitue un signal symbolique fort, dont les effets sont bien réels pour une mémoire déjà fragilisée par l’histoire.
Une mémoire reconnue par l’État, ignorée localement:
Les Harkis ont servi la France. Ils ont été abandonnés. Puis relégués dans le silence pendant des décennies. Aujourd’hui, l’État reconnaît officiellement sa responsabilité historique à leur égard. Cette reconnaissance n’est ni abstraite ni théorique : elle se traduit par des discours, des lois, des actes symboliques et des invitations institutionnelles au plus haut niveau de la République.
J’ai moi-même été invité à plusieurs reprises par le Président de la République en ma qualité de Président fondateur d’une association engagée dans le travail de mémoire et de transmission. Ce fait n’a rien d’anecdotique : il illustre la reconnaissance nationale d’un engagement et d’une histoire longtemps niée.
Dès lors, une question s’impose : comment expliquer qu’une mémoire reconnue par la Nation demeure invisible au niveau local ?
Comment comprendre que, dans une ville où vivent de nombreuses familles harkies, leur représentation associative soit tenue à l’écart d’un moment républicain censé rassembler ?
Les vœux municipaux : un acte politique, pas un détail:
Les vœux municipaux ne sont pas un simple rendez-vous protocolaire. Ils sont un acte politique et symbolique. Ils disent qui compte, qui est reconnu, qui est légitime dans l’espace public local.
Exclure — même par omission — une mémoire blessée de ce temps fort de la vie municipale revient à prolonger une histoire d’invisibilisation. Cela produit, volontairement ou non, une rupture symbolique d’égalité entre les mémoires jugées dignes d’être honorées et celles que l’on continue de reléguer dans les marges.
La mémoire harkie ne peut être convoquée uniquement lors des commémorations nationales, puis ignorée dans les territoires. La reconnaissance ne peut être à géométrie variable.
Les Harkis, citoyens à part entière de Lunéville:
Les familles harkies vivent à Lunéville. Elles sont à la retraite presque en fin de vie, elles travaillent, elles élèvent leurs enfants, elles participent pleinement à la vie citoyenne, associative et démocratique. Leur histoire fait partie intégrante de l’histoire locale, autant que de l’histoire nationale.
Elles ne demandent ni privilège, ni traitement de faveur. Elles demandent ce que toute République digne de ce nom doit garantir à chacun de ses citoyens : le respect, la visibilité et l’égalité symbolique.
Ignorer leur représentation associative lors d’un événement municipal majeur, c’est envoyer le message que certaines mémoires compteraient moins que d’autres.
Une question de cohérence républicaine:
Il existe aujourd’hui un décalage préoccupant entre les discours nationaux de reconnaissance et certaines pratiques locales. Ce décalage n’est pas neutre. Il entretient le sentiment persistant que les Harkis et leurs descendants demeurent, encore aujourd’hui, les oubliés de la République, notamment lorsqu’il s’agit de traduire les principes en actes concrets.
La reconnaissance mémorielle engage l’ensemble des institutions, y compris les collectivités locales, qui portent une responsabilité politique et morale dans la construction du récit commun et dans la manière dont elles reconnaissent toutes les composantes de la Nation.
La question posée ici n’est ni personnelle ni polémique. Elle est profondément républicaine :
voulons-nous une République qui assume toutes ses mémoires, ou une République qui continue d’en hiérarchiser certaines, au risque de reproduire l’exclusion sous une forme plus silencieuse ?
À Lunéville comme ailleurs, le temps est venu de faire coïncider les actes locaux avec les principes proclamés au niveau national. La mémoire des Harkis n’est pas un sujet périphérique. Elle est un test de cohérence républicaine.
Malik BOULEFRAKH Maire de REHAINVILLER (54)
Président Fondateur de l'Association "Générations Harkis 54 Mémoire et Honneur"
Ancien Administrateur de la Fédération Départementale Familles Rurales de Meurthe-et-Moselle
Ancien Président Co-Fondateur Familles Rurales de Rehainviller
mail : malik.boulefrakh@gmail.com
https://www.harkisdordogne.com/
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