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Reportage sur les Harkis - France Inter du 30-08- au 02-09-2016 de Syndia Hamoudi

Retour en Arrière  

Le 26/07/2016 j’ai été contacté par Stéphane Iglesis et Pascal Dervieux journalistes à France Inter pour un reportage de 4 jours sur les Harkis, pour l’émission « Interception » diffusée tous les dimanches matin 47 minutes. Ils m’ont laissé carte blanche pour l’organisation et j’ai voulu mettre à l’honneur et donner la parole aux veuves de Harkis, qui ont toujours été dans l'ombre de leurs époux.

Reportage France Inter Harkis du 30-08- au 02-09-2016 de Syndia Hamoudi

Cette aventure a commencé le 30 août 2016 départ Toulouse 9h30 pour Rivesaltes, j'ai associé Mme Veuve Yamina Chouchaoui âgée de 82 ans, son fils aîné Mouloud Chouchaoui âgé de 66 ans, ainsi que Mme Veuve Aïcha Khadri 81 ans et son fils Ahmed Khadri de 63 ans, qui nous attendaient à Brame dans l'Aude.

Reportage France Inter Harkis du 30-08- au 02-09-2016 de Syndia Hamoudi

Dans le véhicule les deux mamans communiquent entre elles en arabe, puis en berbère, "elles échangent leurs âges, l'âge quel âge elles avaient en 1962 (25, 26 ans), leur région d’Algérie", plus on approchait du camp, plus l'émotion devenait intense. Mme Khadri dit :" à Yéma, à Yéma, il nous a fait un piège par deux fois", le journaliste Stéphane Iglesis lui demande "de qui vous parlez" ! Elle répond "non-personne". À mon tour, je lui dis " qui rhalti Aïcha" elle chuchote "De Gaulle,". Mme Chouchaoui dit ", ils nous ont transportés comme des animaux" parqués, cachés, sans rien nous expliquer.

Reportage France Inter Harkis du 30-08- au 02-09-2016 de Syndia Hamoudi

Nous voilà arrivés au camp de Joffre mitoyen du camp de Rivesaltes, seule les éoliennes rythment le temps de l'infini, et le martèlement des secondes, Aïcha et s Yamina se souviennent de l'hiver 62 et la violence du vent sous les tentes, du jour ou elles ont du quitter l’Algérie dans la nuit avec les enfants dans un camion bâché. Elles marchent sans relâche, pour essayer de retrouver un paysage qui leur serait familier pour communier avec le passé, elles se retournent et me remercient. Tout d’un coup, on assiste à une très belle scène, elles se tiennent la main comme deux adolescentes, leurs visages s'illuminent, la liberté dans leurs yeux et courent, comme libérée d'un joug féodal.

Reportage France Inter Harkis du 30-08- au 02-09-2016 de Syndia Hamoudi

Mouloud et Ahmed marchent dignement et observent les carcasses de béton de ce qu’il reste des baraquements, parfois les larmes inondent leurs yeux, de souvenirs heureux ou douloureux, de cette enfance volée, leur silence est plus significatif que la prise de parole.

 

Sur place on retrouve Hassina Merasli une fille de harkis de Perpignan son témoignage est bouleversant, les journalistes sont perturbés, touchés, lorsqu’elle lève le voile sur cette histoire qui gangrène, Hassina cette jeune femme que j’ai rencontrée en 2012 lors du déplacement de Nicolas Sarkozy président de la République au camp de Rivesaltes.

 

Retour pour Toulouse, dans le véhicule la magie opère, la joie, la paix illumine le visage des 2 veuves, elles continuent de dire merci, elles se mettent à chanter, « qu’elles sont jolies les filles de mon pays », leurs fils à l’arrière semblent heureux, Ahmed chante Michel Delpech, Mouloud chante Graeme Allwright "jolie bouteille sacrée bouteille".

 

Arrêt à Brame on quitte Mme Khadri et Ahmed son fils, les journalistes, Stéphane et Jean-André prennent les deux mamans dans les bras les embrassent tendrement et boivent après elles dans leur bouteille d’eau, cette image restera gravé dans ma mémoire.

Reportage France Inter Harkis du 30-08- au 02-09-2016 de Syndia Hamoudi

Mercredi 31/08/ départ 09 h 30 Toulouse direction Lavelanet dans l’Ariège, pour retrouver Aïssa Setouti, Ahcène Aroudj que j’ai rencontré à Juzet d’Izaut lors du passage du ministre des anciens combattants Monsieur Todeschini au Hameaux de Forestage.

 

Aïssa Setouti m’a touché par la puissance de son silence, révélateur d’une douleur certaine, quant à Ahcène Aroudj, ce Parisien, Ariégeois d’adoption depuis 15 ans, portait en lui un fardeau, le calvaire de ceux qui dans les années 60 furent envoyé sur la région Parisienne. Ahcène raconte « les ratonnades dont été victimes son père, les humiliations dont son père était régulièrement victime, mais aussi les brimades par le corps enseignant, dans la maison de laïcité. A l’extérieur il doit faire face aux injures dit-il tant de la population maghrébine, que des métropolitains et d’immigrés Espagnol, Portugais, Italiens, les insultes fusent « sale fils de traitre ».

 

Sur place Ali Setouti âgé de 12 ans au rapatriement, il parle de son premier jour à l’école dans la classe des maternelles, les élèves avaient 7 ans de moins que lui, il dit qu’on lui donnait de la Pâte à modeler, il en rit aujourd'hui. Il y a aussi le témoignage d’Ali Bénakcha fils de Harkis, Ali parle de la disparition de son père, en 1956, de la douleur de sa mère, la menace pesante en Algérie, jusqu’à leur rapatriement, son arrivée en France âgé d'une dizaine d'années, en 1962, au camp de Rivesaltes puis dans les Hameaux de forestage dans l'Ariège.

Reportage France Inter Harkis du 30-08- au 02-09-2016 de Syndia Hamoudi

Colonel Mohamed Ioualalen

Jeudi 01/09/ Tarn et Garonne J'ai tenu aussi à donner la parole au colonel Mohamed Ioualalen âgé de 82 ans, qui à 13 ans est devenu enfant de troupe dans l’armée Française et n’a jamais quitté la grande muette son frère était Harki, il raconte sa vie dans l’armée Française. Le Colonel ainsi que son épouse se battent sans relâche dans le Tarn et Garonne pour les harkis et leurs enfants. Je connais leur intégrité, leur droiture et l'amour qu’ils portent à la cause.

 

Vendredi 02/09 Lot et Garonne après 27 ans, je retrouve mon ami M'hand Meziane que l'on surnomme gaucher et cela depuis toujours. L'émotion est grande nous avançons, pas à pas, lui l'enfant du camp de Bias, un homme brillant, je suis toujours en admiration devant lui, par sa bonté, le respect des femmes et lorsqu’il parle de son enfance et des nuits ou les cafards tapissaient les murs, il avait l’impression que les murs bougés.

 

Direction Bergerac, dans un village voisin Creysse,

sur place nous attend

Reportage sur les Harkis - France Inter  du 30-08- au 02-09-2016 de Syndia Hamoudi


Boussaad Boukerroui, pour moi c'est Tonton Moustache un ami, un frère de mon père " paix à son âme", il était là pour témoigner au micro de France Inter, j’ai été bouleversé par son témoignage je le connais depuis enfant et par pudeur il ne racontait pas cette partie sombre de la guerre d’Algérie comme tous les Harkis.

 

Un peu plus tard je foulais le sol du camp où j'ai grandi à Bikini, l'émotion est intense, plus rien n'est comme avant, la ferme des Cadalein ou nous allions chercher le lait ma sœur et moi est remplacée par une station essences, la maison de la famille Aïchouba est remplacée par un MC Donald, de l’autre côté de la nationale, les baraquements ont disparu au lot 5 ou l’on vivait l’école à été balayé par une grande surface, je tente de reproduire le camp tel qu’il était, seul mes souvenirs restent intacts.

 

Je regarde autour de moi dans l’espoir de retrouver des couleurs de cette enfance pleine de candeur, les larmes ruisselent le long de mes joues, il est vrai que ces 4 jours ont été très chargé en émotions, les témoignages des personnes qui ont participé à ce reportage m’ont ébranlé. Après ces 4 jours la conclusion sur le fond le problème est identique, mais sur la forme et le lieu géographique il est totalement différent d’où la complexité d’une union, car il n’existe pas de baromètre de la douleur, pour nous la descendance Harkis on porte notre douleur, celle de nos parents, la trahison envers nos parents, l’injustice dont nous sommes victimes et le mutisme dans lequel on s’est muré non pas par lâcheté, mais pour faire preuve de courage.

Cette aventure humaine auprès des miens m’a conforté a continuer le combat et par ailleurs les journalistes n’ont mis aucune censure, ni orienté ce reportage, pourtant parfois il n’y avait aucune retenu lorsqu’on échangé entre nous en leur présence. Je vous invite à écouter cette émission qui est passée le 25 septembre 2016 sur France Inter.

Syndia Hamoudi 

 

 Cliquez pour écouter

Reportage France Inter Harkis du 30-08- au 02-09-2016 de Syndia Hamoudi

Reportage France Inter Harkis du 30-08- au 02-09-2016 de Syndia Hamoudi

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honore 07/05/2017 16:44

Temoignages poignants rien a ajouter merci!