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Harkis ( Nous attendons encore aujourd’hui une reconnaissance morale et matérielle) Maizières-lès-Metz (57)

Ce lundi 25 septembre 2017, il participe, à Maizières-lès-Metz, à la journée d’hommage aux harkis. Ahmed Mehraz, président de l’Union départementale des harkis rapatriés, livre ses souvenirs.

Ahmed Mehraz, président de l'union départementale des harkis rapatriés, ses filles Aïcha  (à gauche) et Zohra, membres de l'association. Photo RL

Pourquoi ce choix d’être harki ?

Ahmed MEHRAZ, ancien harki : « Nous étions français depuis 1832. Le seul drapeau que nous connaissions était le drapeau français. Mon père, Mohamed, né en 1901, a servi dans l’armée française pendant 17 ans. Il a fait la guerre de 39-45 et celle d’Espagne. Pendant la guerre d’Algérie, il était adjudant-chef, à la tête d’une harka de 70 hommes. Il a été nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1958. »

Comment s’est déroulée votre guerre d’Algérie ?

« En 1954, j’avais 14 ans. Deux ans plus tard, je suis devenu harki comme mon père pour combattre aux côtés de l’armée française dans sa lutte contre le FLN (Front de Libération Nationale). J’étais caporal dans l’infanterie à Orléansville. On allait parfois en opération pendant plusieurs jours dans le djebel. C’était dur. On a eu souvent peur. Il y a eu des morts. On ne distinguait pas les fellaghas des civils parce qu’ils n’avaient pas d’uniforme. »

Qu’avez-vous fait en 1962 ?

« Le 26 mai 1962, après une attente de vingt jours, je suis venu en France, par bateau, avec ma femme, mes deux enfants, mes parents, mes dix frères et sœurs et des cousins.

Nous étions 36. Rester en Algérie, représentait pour nous un danger de mort. Beaucoup de harkis ont été tués après le cessez-le-feu. Nous avons laissé tous nos biens. À notre arrivée à Marseille, des camions nous ont conduits jusqu’à Mas-Thibert près d’Arles où nous avons été accueillis par le bachaga Boualam, haut dignitaire, vice-président de l’assemblée nationale.

Sa maison ne pouvant nous accueillir tous, nous avons vécu sous des toiles de tente, pendant quatre mois puis dans une maison à Tarascon. Nous avons eu la chance d’échapper aux camps dans lesquels les harkis étaient parqués à leur arrivée en France. »

Ensuite, comment s’est écoulée votre vie ?

« J’ai cherché du travail. Ce n’était pas facile pour moi, car je ne savais ni lire ni écrire. Je ne suis jamais allé à l’école ; elle était à trente kilomètres de notre ferme.

À Gérardmer, mes cousins ont été embauchés dans la menuiserie Houot dans laquelle j’ai travaillé pendant sept mois. Le 30 octobre 1963, je suis entré à la Sollac au laminoir à chaud de Sérémange en tant que mécanicien ajusteur.

J’y ai travaillé jusqu’à la retraite. Nous avons habité à Uckange puis, pendant 31 ans, dans une HLM à Thionville dans le quartier de la Côte des Roses. Avec ma femme, nous avons élevé nos huit enfants du mieux possible. On voulait qu’ils travaillent bien à l’école pour avoir un beau métier. Notre vie a été simple malgré des moments difficiles. »

Et maintenant ?

« Je n’ai jamais oublié ces années. Je me réveille souvent la nuit et je fais encore des cauchemars. J’ai été nommé chevalier de l’Ordre national du Mérite. J’ai obtenu le titre de combattant, de reconnaissance de la nation, croix du combattant volontaire, les médailles d’argent et vermeil du travail, la croix de l’Europe. En tant que porte-drapeau, je participe aux différentes cérémonies commémoratives.

Le statut de harki ne m’autorise pas à aller en Algérie. Je fais partie, depuis 2001, de l’association départementale de l’union des harkis rapatriés dont je suis devenu le président en 2016. Je suis maintenant grand-père et arrière-grand-père.

Je m’inquiète pour ces jeunes dans un monde devenu difficile. La journée d’hommage aux harkis est très importante pour moi. Nous attendons encore aujourd’hui une reconnaissance morale et matérielle, plus particulièrement pour nos enfants. C’est l’un des objectifs de notre association. »

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Belkacem CHAOUAOU 29/09/2017 20:48

Bonsoir à toutes et à tous, c'est vrai que nos parents ont subi une tragédie et ils ont été les victimes principales de cette guerre d'Algérie. Ce sont des hommes dignes, courageux et fidèles dans leur engagement pour la Français.Ils ont surtout cru en la parole de la France, et ils ont été traités d'une manière inhumaine. Ils ont été désarmés, abandonnés à la vindicte du FLN, et cela est indigne d'un pays comme la France. Mais, pour moi celui qui porte la responsabilité de ces méfaits de trahison c'est la pouvoir politique de l'époque. Les Harkis est leurs familles méritent la reconnaissance et la réparation de tous les préjudices qu'ils ont subi durant les sept ans de la guerre d'Algérie, mais aussi celle des souffrances qu'ils ont enduré dans les camps insalubres. Tous ces méfaits sont indigne d'une grand pays comme la France.

MS 29/09/2017 16:30

A la lecture du parcours de ce Monsieur , j'éprouve un énorme respect .

Mes respects Monsieur Ahmed Mehraz , je suis fier de lire votre parcours qui me rappelle celui de mes parents , jamais nous autres fils de harkis n'égalerons nos parents tant leur force et leur courage ont été incommensurables au moment de décider de tout abandonner et de partir vers une terre inconnue pour tenter d'offrir une vie meilleure à leurs enfants .
Indiscutablement , votre génération a une place acquise au paradis , en tout cas je le lui souhaite de tout coeur .

hamid 29/09/2017 22:33

Bonsoir ,

Je reviens sur les commentaires que j'approuve et qui vont dans le même sens de ce que je pense , mes parents ont eu le même parcours que Monsieur ahmed MEHRAZ .
Bien sur , ils méritent tous une place au paradis , moi j'ai de la chance , mes parents sont encore en vie , certes très fatigués .
Moi ce qui me désolent c'est la solidarité qui nous a manqués .
une pensée toute particulière à cette génération , pères et mères qui ne sont plus de ce monde .
Ils faut être fier de nos parents parce-que vraiment ils le méritent .
Nous enfants de harkis , soyons unis pour ne pas les oubliés contrairement à la France qui les a oubliés .

Fils de harkis .

Cordialement

hamid 29/09/2017 19:04

Bonsoir ,

Je m'associes complètement aux commentaires et il vrai que le parcours de Monsieur hamed MEHRAZ est semblable à celui de mes parents .
Oui cette génération méritent largement une place au paradis . Ça me fait mal quand j'apprends que petit à petit certains d'entres eux ne font plus parti de ce monde .
Moi j'ai de la chance , mes parents sont encore en vie , mon papa à 91 ans , ma maman à 80 ans , certes très fatigués . Mais je suis fier de la décision que mon père a pris .
Ce qui me désolent c'est de voir certains enfants de Harkis sombrer dans l'alcool , se faire acheter , sans aucune dignité et sans aucune fierté .
Nos parents méritent que l'on soit fier d'eux , fort et digne , surtout que la France les a oubliés . Enfin une pensée toute particulière aux papas et mamans qui ne sont plus de ce monde .

Fils de harkis

Cordialement