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Nouvelle plainte des familles de harkis qui ont vu les cadavres de leurs proches secrètement déplacés par l'État dans les années 1980

 Des familles de harkis morts au camp de Rivesaltes ont déposé, à Perpignan, une nouvelle plainte avec constitution de partie civile, mercredi 10 décembre 2025. Elles espèrent comprendre comment et où les corps de leurs proches ont été inhumés. Les services de l'État et de la mairie s'activent pour réhabiliter leur mémoire.

Certains harkis ont été enterrés au cimetière de Perpignan. • © FTV - Olivier Meyer

Une plainte a été déposée par des familles de descendants de harkis auprès du procureur de la République de Perpignan, mercredi 10 décembre 2025, pour violation de sépulture, atteinte à l'intégrité d'un cadavre ainsi que recel de cadavre.

Elles cherchent à comprendre ce qui est arrivé aux corps de leurs proches, décédés dans les années 1960 dans le camp de Rivesaltes et dont la dépouille a été secrètement déplacée en 1986 par les services de l'État.

Au lendemain de la guerre d'Algérie, en 1962, cet ancien camp militaire situé dans les Pyrénées-Orientales a vu transiter plus de 20 000 harkis, ces militaires algériens engagés côté français. 146 personnes, dont 101 enfants, y ont trouvé la mort jusqu'en 1965.

Une soixantaine de corps longtemps restés introuvables

Parmi ces 146 défunts, 60 ont été inhumés dans un cimetière situé à l'intérieur du camp, dont 52 bébés. Mais son emplacement exact est longtemps resté inconnu, de sorte que les dépouilles étaient introuvables.

En avril 2024, l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), missionné par le ministère des Armées, parvient à géolocaliser le cimetière. Mais " les fosses sont vides, aucun individu n’y subsiste "note à l'époque l'Inrap.

Photo aérienne du camp Joffre datant de1978 on y distingue les rangées de tombes dont l'INRAP s'est servi pour ses recherches

Début 2025, de nouvelles fouilles sont réalisées, cette fois-ci au cimetière communal de Rivesaltes, situé à environ cinq kilomètres de là. Quatre caisses y sont retrouvées, qui contiennent des milliers d’ossements. Les familles de victimes apprennent alors à leur grande surprise que les corps avaient été déplacés ici dès 1986.

Fin octobre 2025, les résultats d'analyse tombent : ce sont bien les dépouilles des défunts harkis.

Violation de sépulture et recel de cadavre

Pour les familles, une question subsiste alors : comment le corps de leurs proches a-t-il pu être exhumé, transporté puis remis en terre, sans que personne n'ait été prévenu ?

Quatre d'entre elles déposent plainte contre X en mai 2025 pour violation de sépulture et recel de cadavre. Mais celle-ci reste sans réponse du parquet de Perpignan.

Mercredi 10 décembre 2025, les familles ont donc renouvelé la tentative avec une nouvelle plainte, en se constituant désormais parties civiles.

" L’intérêt de la plainte avec constitution de partie civile, c'est que ça permet aux plaignants d'avoir un rôle proactif pendant l'enquête ", détaille Maître Antoine Ory, leur avocat.

" Elles peuvent faire des demandes d'actes au juge d'instruction, par exemple de mener des auditions ou de faire des vérifications comme des expertises ADN. Maître Antoine Ory, avocat des familles harkis "

Une autre exhumation secrète

Quant aux quelque quatre-vingts harkis restants sur les 146 morts au camp, ils ont connu un destin similaire aux dépouilles du cimetière communal de Rivesaltes.

Décédés pour la plupart à l'hôpital de Perpignan, 39 d'entre eux ont été enterrés dans le cimetière de l’Ouest de la ville, 32 dans le cimetière du Nord, qui se trouvaient dans les années 1960 sur des terrains communaux.

Cimetière du Nord à Perpignan FTV- Romane Sabathier

Les ossements du cimetière de l'Ouest sont vraisemblablement toujours en terre, à un emplacement bien identifié. " Il est question de sanctuariser le carré et d'y mettre des pierres tombales ", ambitionne la mairie par la voix de sa directrice générale adjointe Kathy Chevalier. " On va le proposer en conseil municipal du 18 décembre ".

Mais quant aux ossements qui se trouvaient dans le cimetière du Nord, eux aussi ont été exhumés dans le secret, en 1975 cette fois. En cause, la mairie de l'époque, dirigée par Jean-Paul Alduy, qui a opéré une reprise administrative des terrains.

Des recherches en cours

Aujourd'hui encore, il est difficile de savoir avec exactitude où ont été déplacés les corps. " Les corps ont pu être transportés sur l’ossuaire de l’ouest, qui était à l’époque l’unique ossuaire ", suppose Kathy Chevalier. " Mais on ne peut pas l’affirmer car il n’y avait pas de registre à l’époque. "

" Il semblerait que la fosse soit scellée, donc le maire doit se rapprocher du procureur pour lui demander l'ouverture ", demande Marie Gougache, porte-parole du collectif des familles des disparus du camp de harkis de Rivesaltes.

" Il n'y a qu'une ouverture de cette fosse commune qui fera que l’on pourra avancer.Marie Gougache, porte-parole du collectif des familles des disparus du camp de harkis de Rivesaltes

Aucune fouille archéologique n'est prévue pour le moment. " Mais on va tenter de lancer des investigations et des recherches de faisabilité pour voir comment avancer sur ce dossier ", répond pour l'heure la mairie.

Enjeu mémoriel

Louis Aliot, le maire (RN) de Perpignan, " a engagé sa parole dès qu'il a été élu pour réhabiliter la mémoire des harkis ", assure Philippe Mocellin, directeur général des services de la mairie. " Il y a une responsabilité du gouvernement de l’époque, et une culpabilité autour de ces questions-là. Le maire y est très sensible."

" C’est notre blessure locale, et elle exige aujourd'hui une forme de réparation morale et mémorielle.Philippe Mocellin, directeur général des services de la mairie de Perpignan

À l'échelle gouvernementale, les travaux de recherche sont portés par Patricia Mirallès, ministre déléguée auprès du ministre des Armées chargée de la Mémoire et des Anciens combattants.

Pour les familles, tant que l'énigme ne sera pas résolue, impossible de faire le deuil et de rendre dignement hommage à leurs pères, leurs sœurs ou leurs fils enterrés ici.

En attendant, des plaques avec les noms des personnes identifiées devraient être apposées pour enfin donner, plus de 70 ans après, un espace de recueillement pour les familles.

11/12/2025

C-est-ici.gifhttps://www.harkisdordogne.com/ 

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