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Harkis : le temps du travail de mémoire dans le Gard comme ailleurs

Chérif Foulani et Nadia El Okki : harki et fille de harki.

Pour la journée d’hommage, ce mardi 25 septembre, la Gardoise Nadia El Okki, présidente d’association, appelle à réparer l’injustice de l’Etat.

"Emmanuel Macron est le premier président de la République française qui est né après la guerre d’Algérie." Une constatation de bon augure pour Nadia El Okki, présidente de l’Association des Anciens harkis de la communauté d’agglomération du Grand Alès.

En ce mardi 25 septembre, journée nationale d’hommage aux harkis, cette dernière voit dans la "jeunesse" du président une véritable chance d’effectuer "un travail historique de mémoire, dépassionné", et de "fermer enfin la boucle de la guerre d’Algérie".

À ce titre, cette fille de harki considère d’un bon œil l’annonce de la création d’un fonds de solidarité (40 M€) et la remise de la Légion d’honneur à une vingtaine de harkis. Mais ce que souhaitent surtout les anciens supplétifs, c’est "la prise en compte de la douleur des harkis et la reconnaissance de la responsabilité de l’État dans la profonde injustice subie depuis la fin de la guerre d’Algérie".

Dure réalité

Pour preuve, le parcours de Chérif Foulani, aujourd’hui âgé de 84 ans. Harki au 4 e régiment de dragons, arrêté puis détenu dans les prisons du FLN (Front de Libération Nationale) en 1962. Il s’évade, échappant aux mauvais traitements pour rejoindre la France, où il découvre l’isolement et la dureté des camps de transit. Des structures de regroupement, où les supplétifs de l’armée française et leurs familles avaient "peur de tout, car on leur disait que le monde extérieur était dangereux", et où ils souffraient d’un "sentiment d’abandon très fort". Un poids en partie légué à leurs enfants, la deuxième génération, dont fait partie Nadia El Okki.

"Nous connaissions l’histoire de nos parents, mais nous ne leur en avons jamais voulu. Bien que maltraités par les Français et les Arabes, nous nous sommes toujours sentis Français et rien que Français. Même si l’attitude de la France nous a beaucoup déçus." Une identité nationale affirmée, assumée malgré la déception, que la présidente de l’association alésienne explique, un filet d’émotion dans la voix, avec clarté : "Nous étions des gueux, sans famille, les dindons de la farce. Nous savions que jamais nous ne pourrions revenir en Algérie. Il fallait donc que l’on s’approprie une patrie. Et même si elle s’était mal comportée à notre égard, nous avons choisi la France." Même profession de foi pour Chérif Foulani, pour qui le choix de la France était "clair et net".

Réconciliation

La troisième génération partage ce sentiment, pour laquelle le temps a fait son office, dans le bon sens. "Ils ne souffrent plus d’animosité, même du côté des Algériens, et les choses s’apaisent peu à peu", constate Nadia El Okki. Qui pense même qu’avec le temps, "une réconciliation avec le peuple algérien est possible et, qu’un jour ou l’autre, la réconciliation se fera". Et d’affirmer que ce n’est qu’une "question de temps", car "les deux communautés ont envie de faire la paix, surtout ceux qui n’ont pas connu la guerre". Le temps panse les plaies, la réconciliation les cicatrise. Reste à espérer que l’adage se vérifie.

Vincent Lacour

25/09/2018

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