11 Août 2026
Aujourd'hui, ma voix s'élève pour arracher à l'oubli les noms de ceux qui ont tout risqué.
Je veux rendre un hommage vibrant, solennel et fraternel à mes compagnons d'armes, mes amis, mes frères de chaîne, qui se sont levés pour briser les chaînes de l'indifférence et de l'enfermement.
Notre combat n'est pas né d'un seul coup. Il s'est forgé dans le sacrifice et la solidarité d’une même famille de cœur et de sang. Des églises de Paris jusqu'aux barbelés des camps du Sud, une poignée de jeunes, nés ou ayant grandi dans la honte de la relégation, ont décidé de dire « Non ». Non à l’enfermement, non au régime militaire, non à l'humiliation constante de nos familles.
Nous n’avions que notre courage pour faire face à l'injustice de l'État français, mais nous portions en nous le bien le plus précieux : l’honneur de nos pères.
À la mémoire de la fratrie Laradji, piliers de notre révolte
M'hamed Laradji : mon ami, la figure tutélaire de la révolte harkis. Un leader infatigable, une force de la nature qui a su guider notre jeunesse et porter notre voix là où personne ne voulait l'entendre. Son nom reste indissociable de notre liberté conquise.
Mohamed Laradji : mon ami du Nord, frère de M'hamed. Depuis ses bases et ses structures d'action du Nord, il a mené le combat avec la même ferveur, structurant la contestation et faisant le pont indispensable entre la jeunesse ouvrière exilée et celle des camps.
Kader Laradji : mon ami de Caen, frère de M'hamed et de Mohamed. Notre frère de lutte et porte-parole historique. Dès octobre 1974, par la grève de la faim héroïque menée à l'église de la Madeleine à Paris, il a mis son corps en première ligne pour briser le silence médiatique et faire plier l'État au cœur de la capitale.
J'associe pleinement à cet hommage tous les militants et sympathisants de la C.F.M.R.A.A. (Confédération des Français Musulmans Rapatriés d’Algérie et leurs Amis) dont la plupart, hélas, nous ont aujourd'hui quittés, mais qui ont porté jusqu'à leur dernier souffle le flambeau de notre mémoire collective et de notre combat pour la vérité et la justice.
À mes frères des journées historiques de la révolte de 1975
Mohamed Bouriah : un jeune de conviction, qui n'a pas hésité à mettre sa propre vie en péril pour que justice soit faite.
Berzoug Mebarki : un frère d'armes dont le courage face à l'autorité des camps reste gravé à jamais dans l'histoire de notre révolte.
Mohamed Laref : mon ami d’enfance. Notre amitié s'est forgée dans la souffrance partagée, derrière les barbelés du camp de Rivesaltes. Ensemble, nous avons connu l'enfance volée, et ensemble, nous avons grandi pour devenir les remparts de notre communauté.
C'est avec ces hommes de valeur que j'ai mené et dirigé l'action historique de la prise d'otages du directeur du camp de Saint-Maurice-l'Ardoise les 19 et 20 juin 1975, un coup de force décisif qui a fait trembler le gouvernement et alerté l'opinion publique sur le drame harki.
Le prix de la dignité
Qu'ils aient bravé le froid sur les marches de la Madeleine en 1974 avec Kader, qu'ils aient organisé la résistance depuis le Nord avec Mohamed, ou qu'ils aient risqué l'assaut militaire lors de la révolte de 1975 avec M'hamed, Mohamed Bouriah, Berzoug Mebarki, Mohamed Laref et moi-même, nous avons refusé de plier le genou.
À vous, mes amis, mes frères : l’histoire officielle a souvent tenté de vous effacer, mais notre mémoire, elle, est éternelle. Vous n'avez pas seulement défendu vos pères ; vous avez rendu sa dignité à tout un peuple.
Honneur et respect éternel à M'hamed, Mohamed et Kader Laradji, à Mohamed Bouriah, Berzoug Mebarki et Mohamed Laref et à tous les militants et sympathisants de la Confédération des Français Musulmans Rapatriés d’Algérie et leurs Amis.
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Hocine Louanchi : témoin, leader historique de la révolte des camps et frère de combat.
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