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Abdelkrim Badjadja, ancien DG des archives nationales Algériennes.

«La restitution des archives algériennes relève des autorités françaises»    

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Abdelkrim Badjadja     

Entretien réalisé par

Hassan Gherab La Tribune Algérie du 01-06-2012

La Tribune : Un chercheur a déclaré dernièrement que les archives, tous types confondus, qui sont la base de travail de l'historien, ne sont pas disponibles parce qu'encore aux mains des politiques au lieu d'être au niveau des communes, de centres spécialisés, bibliothèques… Quel commentaire faites-vous ?

Abdelkrim Badjadja : Ce chercheur ne sait pas de quoi il parle, les archives sont classées en deux catégories principales :  

Archives courantes et intermédiaires (dites archives administratives) qui sont encore détenues par les administrations qui les ont produites.

  Archives historiques (versées par les administrations) qui sont conservées par les Centres d'archives historiques au niveau national, ou régional, essentiellement Alger, Oran, et Constantine, qui détiennent les archives de la période coloniale ayant échappé aux transferts en France en 1961-1962.

Certaines archives de l'ALN et du FLN sont encore détenues par d'anciens moudjahidine en attente d'être versées aux Archives Nationales.  

Les bibliothèques n'ont rien à voir avec la conservation des archives. Donc, de quoi parle ce chercheur ? De quelles personnalités «politiques» s'agit-il ?

 

La Tribune : L'Algérie a-t-elle les moyens (techniques, logistiques, structurels, financiers…) et les compétences nécessaires pour une gestion "scientifique" de sa mémoire et ses archives ?

Oui, absolument. En 1974, nous n'étions qu'une poignée d'archivistes, sans vrai Centre d'archives pour exercer nos fonctions.

Aujourd'hui, l'Algérie dispose d'un Centre d'archives nationales à Birkhadem, avec une capacité de stockage d'un million de boites d'archives, et tous les moyens humains et techniques pour traiter les archives.

En 2001, avant mon départ des Archives Nationales, j'avais déjà inauguré une dizaine de Centres d'archives de wilaya, et recensé 1 000 archivistes formés et affectés dans les différentes structures de l'Etat au niveau national, régional, et local.

 

La Tribune : Quel serait le rôle des politiques dans la gestion de ce dossier et à quoi devrait-il se limiter ?  

Il faudrait préciser de qui on parle. Les «politiques» pullulent dans les dizaines de partis politiques qui activent en Algérie, et ils n'ont rien à voir avec la gestion des archives. Maintenant, si l'on vise les «décideurs», à savoir les membres du gouvernement, les walis, les présidents des APC, oui, ils peuvent jouer un rôle essentiel pour le développement du secteur des archives : veiller à l'application de la législation et de la réglementation archivistique, mettre à la disposition des archivistes les moyens de travail nécessaires, budget, équipements, salles d'archives, centres d'archives.

Et ils devraient se limiter uniquement à ce rôle de soutien, sans chercher à interférer dans le travail des archivistes. La commission algéro-française mise en place dans les années 1980 a été dissoute et la France revient sur l'inaliénabilité des archives historiques qu'elle détient. Un mot sur cette commission et les actions entreprises.

La question du contentieux a bel et bien été du ressort des archivistes algériens et français mandatés par leur gouvernement respectif, et j'ai été membre de la délégation algérienne lors des négociations officielles à ce sujet en juin 1980 et octobre 1981, tandis que Jean-François Maurel, Conservateur en chef du Centre des Archives d'Outre-Mer, était dans le même temps membre de la délégation française.

Trois documents ont été élaborés sur le contentieux :1- Un état récapitulatif sur les archives de l'Est Algérien transférées en France entre 1960 et 1962, soit près de 20 000 liasses, c'est-à-dire 100 tonnes selon l'estimation de mon prédécesseur aux Archives de Constantine, André Berthier.

Ce document à caractère interne et non communicable au public, a été remis à la délégation française en juin 1980, et plus précisément à Jean François Maurel avec l'accord des deux parties.2- Une synthèse sur le contentieux qui porte sur 200 000 cartons d'archives transférées en France, synthèse préparée pour être présentée lors de la 31ème Conférence internationale de la table-ronde des archives (Citra) de 1995 à Washington : «Le Contentieux archivistique algéro français, par Abdelkrim Badjadja, directeur général des archives nationales d'Algérie, Omar Hachi et Fouad Soufi, conservateurs en chef». Le chef de la délégation française à l'époque, Alain Erlande-Brandbourg, nous ayant signifié qu'il n'apprécierait pas la distribution du document, nous avions alors renoncé à sa diffusion, afin de favoriser une atmosphère amicale avec la délégation française lors de cette Citra qui avait pour thème les contentieux d'archives à travers le monde.

Mieux encore, une réception-dîner en l'honneur des deux délégations, française et algérienne, fut organisée à la résidence de l'ambassadeur d'Algérie à Washington, sur instructions du secrétaire général de la présidence de la République algérienne, mon département relevant de son autorité.

Notre position à l'époque était de traiter la question du contentieux archivistique Algéro-Français dans un cadre bilatéral plus propice aux solutions pratiques qu'une conférence internationale.

 

La Tribune :

Et, selon vous, l'Algérie peut-elle faire sauter les verrous et récupérer ces archives, et comment ?

Voilà une question à laquelle il serait prétentieux de vouloir répondre, parce que la restitution des archives algériennes transférées en France ne relève pas de la volonté des pouvoirs publics en Algérie, mais des autorités françaises qui se sont toujours opposées à une restitution des archives de la période coloniale.

De quel moyen de pression dispose l'Algérie pour récupérer ses archives ?

Je n'en vois que deux :- Soit menacer la France d'une rupture totale de toute relation dans tous les domaines, et cette éventualité relève de l'utopie tant ces relations sont trop étroites et trop densifiées, aucun des deux pays n'aurait un réel intérêt à y mettre un terme.

- Soit proposer à la France un dédommagement pour "avoir conservé ces archives dans de bonnes conditions, et pour en avoir déjà classé une partie".

Je pense que l'atout financier est une carte maîtresse entre les mains de l'Algérie qui dispose d'une réserve de 200 milliards de dollars, face à la France qui traîne un gros déficit budgétaire d'année en année, et qui est menacée de connaitre la même catastrophe financière que la Grèce ou l'Espagne.

N'oublions pas que la France croule sous une dette publique évaluée à 1717,3 milliards d'euros, soit 85,8% du PIB, au début de l'année 2012.

l'Association Départementale Harkis Dordogne Veuves et Orphelins , et le site http://www.harkisdordogne.com/ Périgueux  

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