13 Février 2026
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Charles Tamazount « Sans notre action victorieuse, il n’y aurait pas de droit à réparation aujourd’hui. » © Crédit photo repro so
Juriste et fondateur du Comité Harkis et vérité, Charles Tamazount est invité de l’association Mémoire harkis du camp de Bias, samedi. Il abordera la question du droit à réparation
À l’origine de la condamnation de la France devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), il donne une conférence à 14 heures, samedi 14 février, dans la salle Yves-Mourgues
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Vous avez obtenu en 2024 la condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l’homme pour les conditions de vie de vos frères et sœurs au camp de Bias. Que s’est-il passé depuis ?
Cette décision du 4 avril 2024 a fait jurisprudence et contraint le Gouvernement français à revoir complètement le droit à réparation du drame des harkis, jugé « modique », donc très insuffisant. Un décret du 20 mars 2025 a fait évoluer le barème de réparation à 4 000 euros par année de vie indigne au camp de Bias de 1963 à 1975. Si on peut saluer cette évolution, on ne peut que regretter que la France joue « petit bras ». Elle n’a pas été jusqu’au bout de la réparation que les familles de harkis du camp de Bias sont en droit d’attendre.
Après avoir demandé pardon aux harkis, encore un effort Monsieur le Président ! D’autant plus que l’État reconnaît aujourd’hui avoir spolié illégalement les prestations sociales des familles de harkis pour le fonctionnement du camp de Bias. Ce chef de préjudice n’est toujours pas réparé. Ce que l’État a volé aux familles de harkis, à leur insu, doit être restitué aujourd’hui aux enfants. C’est le combat que mène aujourd’hui le Comité harkis et vérité avec l’Association mémoire harkis du camp de Bias.
Les descendants de harkis ne parlent pas d’une seule voix. Que répondez-vous à ceux qui vous reprochent d’avoir « joué perso » ?
Hélas, le droit français ne permet pas d’engager efficacement une action collective ou de groupe comme la « class action » dans les pays anglo-saxons. J’ai donc été contraint d’engager ces 14 années de procédure jusqu’à la Cour européenne avec des requérants fiables et déterminés. Les parcours de vie de ma sœur et de mes frères aînés s’inscrivaient parfaitement dans la stratégie d’action en justice que j’avais pensée avec les amis avocats pour escompter une victoire face à l’État. Enfin, contrairement à certaines mauvaises langues, je n’ai pas « joué perso », la preuve, toutes les victimes du drame des harkis peuvent être indemnisées grâce au Comité harkis et vérité. Sans notre action victorieuse, il n’y aurait pas de droit à réparation aujourd’hui.
« Ce que l’État a volé aux familles de harkis, à leur insu, doit être restitué aujourd’hui aux enfants »
Vous estimiez à l’époque qu’un « contentieux de masse » allait s’ouvrir. C’est l’objet de la conférence que vous donnez samedi à Bias ?
Oui. Plus de 600 recours sont devant les tribunaux contre les décisions de la Commission nationale indépendante de réparation du drame des harkis (Cnih) pour dénoncer une réparation qui demeure « modique » au regard de l’étendue des préjudices mis en lumière par la CEDH. Deux ans après l’arrêt du 4 avril 2024, je tiens une conférence, pour éclairer les victimes sur les acquis de la jurisprudence européenne. Mais aussi sur les améliorations du droit à réparation qu’elles sont en droit d’attendre du pouvoir politique français. Nous n’avons jamais demandé à être « enfants de harki ». C’est l’État qui nous a injustement imposé cette destinée. Il lui appartient maintenant de la réparer intégralement, et non partiellement.
12/02/2025
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