7 Février 2026
Un don anonyme de registres via l’association Mémoire harkis du camp de Bias, permet aux Archives départementales de compléter l’histoire du site, qui « hébergea » des rapatriés d’Algérie
/image%2F1485362%2F20260207%2Fob_1cf93b_logo-memoire-harkis-du-camp-de-bias.jpeg)
On connaît bien l’histoire du camp de Bias, un « site de transit » pour les rapatriés d’Algérie, qui n’ont pas vraiment été accueillis les bras ouverts une fois la guerre achevée, en 1962. En revanche, ce sont deux pièces manquantes d’un grand intérêt dont viennent d’hériter les Archives départementales de Lot-et-Garonne et leur fonds contemporain. Deux registres, qui s’étalent de 1962 à 1969, consignent les arrivées et les départs de familles entières, renseignent sur leur provenance, etc. « Nous avons l’équivalent pour le Cafi, qui abritait des Indochinois, mais rien sur Bias », signale Stéphane Capot, directeur des Archives.
“ Dans ma boïte aux lettres ”
« J’ai trouvé ces registres dans ma boîte à lettres, un don anonyme, explique Michel Mekalfi, président de l’association Mémoire harkis du camp de Bias. La vocation de l’association est d’une part de répondre à un intérêt historique majeur, visant à favoriser la recherche à ce sujet, et à permettre l’exploitation de ces archives. Mais ces documents permettront d’autre part d’accompagner les familles engagées dans des marches de reconnaissance, en leur permettant de disposer de ces preuves administratives nécessaires à la défense et la valorisation de leurs droits. Beaucoup de familles sont à la recherche de documents, de traces de passages dans les camps, mais sont confrontées à des administrations qui demandent des preuves tout simplement. » Saïd Deghamena, trésorier de l’association, confirme que de telles pièces lui ont manqué lorsqu’il lui a fallu prouver son passage dans un autre camp.
“ On voit ressortir entre les lignes le régime strict de ces camps, à la discipline militaire »
/image%2F1485362%2F20260207%2Fob_bde264_le-camp-de-bias-de-1963-avec-ses-bara.jpg)
Le camp de Bias de 1963, avec ses baraquements, aujourd’hui remplacés par des maisonnettes. Archives “Sud Ouest”
“ Un document majeur ”
« Ce serait dommage de conserver ces registres de manière anonyme, à la maison, égoïste aussi », ajoute Michel Mekalfi, qui a confié l’ensemble à Pascal de Toffoli, responsable du fonds contemporain. « Leur place est dans un lieu public. Et manifestement, ici, c’est l’endroit idéal, confirme ce dernier. C’est un document majeur, puisque vous avez là une photographie du mouvement de la population, les entrées et les sorties. Bien sûr, avec la composition des familles, le nom, le prénom, la date, le lieu de naissance, l’emplacement, le bâtiment aussi où la famille a été affectée. La composition de la famille et la destination. Ils complètent les archives, les dossiers familiaux, les dossiers médicaux qu’on avait pu également collecter il y a quelques années. »
/image%2F1485362%2F20260207%2Fob_209d45_le-camp-etait-une-ville-dans-la-ville.jpg)
Le camp était une ville dans la ville : on n’avait pas le droit d’en sortir. Archives “Sud Ouest”
Le sort des « bras cassés »
La fermeture administrative du camp a été décidée en 1976, ce qui n’a pas empêché des résidents de continuer à y vivre, les baraquements ayant laissé place à des maisonnettes. Certains y sont restés brièvement s’ils ont eu la chance de trouver rapidement un travail, mais l’un des registres porte un titre affreux :
/image%2F1485362%2F20260207%2Fob_751619_capture-d-ecran-7-2-2026-183235-www.jpeg)
" bras cassés ",. « On désignait ainsi à l’époque des personnes qui ne sont pas employables pour l’économie. Donc, c’est peut-être ceux qui vont rester avec un temps beaucoup plus long, parce que justement, socialement, on n’arrive pas à trouver d’autres destinations, d’autres points de chute. On y trouve beaucoup de pensionnés de guerre, des gens malades », rappelle Pascal de Toffoli. « Cette dénomination était vraiment péjorative et insultante, confirme Michel Mekalfi. Et le registre démontre que ceux qui étaient censés ne pas pouvoir travailler étaient, là, affectés à des tâches. Ils avaient des emplois de portier, la gestion des poubelles, l’entretien, étaient chargés du pompage ou servaient de vacataire. »
Un progrès pour les familles
On voit ressortir entre les lignes le régime strict de ces camps, à la discipline militaire et dont l’univers étroit avait des allures concentrationnaires. « On procédait au lever du drapeau le matin, le courrier était ouvert et censuré, on n’avait pas le droit de sortir et de fréquenter les écoles extérieures. Il y avait une privation de liberté totale, avec toutes les conséquences et dommages collatéraux sur les personnes par la suite. Beaucoup y ont laissé des plumes », estime Michel Mekalfi.
Cette histoire a déjà été écrite et racontée, mais ces nouveaux documents – déjà numérisés – vont faciliter les démarches de familles. « C’est l’intérêt de les remettre à un service public, selon Stéphane Capot, et cela va aussi nous permettre de croiser nos sources et d’affiner l’histoire de ce site, pour avoir une vision exhaustive de sa population et de ses mouvements. »
- Pour en savoir plus, cliquez sur les documents.-
Conférence et exposition
L’association Mémoire Harki du Camp de Bias propose une conférence, « le camp de Bias devant la justice », avec Charles Tamazount, le 14 février à 14 heures, salle Yves-Mourgues à Bias. Une exposition prêtée par les Archives départementales sera ouverte à partir de 10 heures.
06/02/2026
/image%2F1485362%2F20260207%2Fob_3c06e4_sudouest-fr-7.jpeg)
- Cliquez sur l'affiche. -
/image%2F1485362%2F20260207%2Fob_d2a1c4_exposition-et-conference-14-02-2026.jpg)
https://www.harkisdordogne.com/
- Continuez à être informé(e) en vous abonnant gratuitement -
/image%2F1485362%2F20251120%2Fob_749eb3_valider-l-inscription-www-harkisdordog.jpeg)