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Serge Carel, le harki qui murmure... à l'oreille de Macron

L'ex-soldat de l'armée française en Algérie a noué un lien avec le chef de l'Etat. Il vient d'obtenir qu'une loi reconnaisse les souffrances des harkis.

Serge Carel, ancien combattant harkis lors de la journée nationale d'hommage aux harkis le 25 septembre 2021 - PARIS - FRANCE - SEPTEMBRE 2021. Jérome AUFORT / Collectif DR

À l'Élysée, on en sourit encore. Le 10 mai dernier, une délégation de quatre représentants de harkis est reçue au Palais. Il s'agit notamment d'évoquer le projet de loi décidé par le chef de l'État, pour la reconnaissance et la réparation des souffrances des rapatriés d'Algérie. Parmi les invités, Serge Carel, 84 ans. L'homme est bavard. Devant le président de la République, il relate les tribulations de sa vie, d'un discours direct, en rejouant les moments clefs de son parcours. Emmanuel Macron écoute, suspendu, ses collaborateurs aussi. Plus d'une heure passe, avant que le président ne le coupe : "Serge, je t'adore, je pourrais t'écouter toute une journée. Mais j'ai un coup de fil avec un chef d'Etat dans vingt minutes !"

Sans Serge Carel, il n'y aurait peut-être jamais eu de loi sur ces soldats musulmans engagés au service de la France pendant la guerre d'Algérie. L'octogénaire a noué un lien particulier avec Emmanuel Macron, rencontré pendant la campagne présidentielle. Le président l'a pris en amitié, happé par son histoire tragique. Ce lundi 20 septembre, l'associatif a été le dernier à prononcer un discours à l'Elysée avant que le chef de l'Etat n'annonce la loi tant attendue. "Le pardon exprimé par le président de la République objective la reconnaissance de la faute commise par la France, admet les blessures et les souffrances infligées", s'est félicité l'ancien combattant. 

"Le président m'aime bien", opine modestement Serge Carel lorsque nous le recevons à la cafétéria de L'Express. Sa timidité s'efface quand il commence à se raconter, avec la même urgence qu'à l'Elysée. Deux heures sans reprendre son souffle. Les montagnes du sud de l'Algérie dont il est originaire, ses deux frères et ses quatre sœurs, l'école coranique qu'il a fréquentée après les cours, le nom des officiers supérieurs, ceux de ses frères d'armes, ceux des agents du FLN, Alger la blanche, le départ clandestin en bateau, l'errance dans Paris, les absurdités bureaucratiques, les cauchemars, les crises de pleurs, son embauche dans une entreprise de convoi de fonds, la douleur qui ne part jamais. Serge n'oublie aucun lieu, aucun détail, aucun nom. Sauf le sien. Car Serge Carel a changé son patronyme un an après son arrivée en métropole. "J'avais un autre nom, un nom mignon. Après, je n'ai plus voulu avoir un nom arabe", nous indique-t-il, tout en précisant qu'il jugerait "excessif" d'imposer des prénoms du calendrier à tous les Français.

Crachats et torture

En 1965, il s'est rendu au ministère des Affaires sociales, où les fonctionnaires lui ont fait ouvrir un dictionnaire des noms propres. "J'ai lu Carel, ça m'a rappelé Dany Carrel, une actrice superbe", se remémore l'intéressé. Sa vie est un roman à la Modiano, sauf qu'il a tout vécu pour de vrai. Sévices, abandon et exil inclus. Tout est parti de ce discours d'un jeune de son village, en 1957, qui invite ses camarades à prendre les armes contre la France. "Alors je vais tirer sur ma famille ?" se demande Serge Carel. Son père, un appelé de la guerre de 1914-1918, exerce comme garde forestier, il est fonctionnaire de l'Etat. Son frère a fait l'Indochine. Sur un coup de tête, pour échapper au dilemme, Serge décide de s'engager, à 20 ans, au sein de l'armée française. Il se fait recruter comme traducteur, mène de nombreuses missions, surtout de renseignement, dans les mosquées ou les bourgs des alentours. Les exactions se multiplient, de part et d'autre. En mars 1962, au moment des accords d'Evian, l'armée l'abandonne. Après une poursuite en taxi, le FLN l'arrête, le ramène en trophée au village où il travaillait. Coups de pied, crachats, jets de pierre des habitants.

Puis des séances de torture dans un cabanon préfabriqué, au courant électrique, pendant trois mois. 

27/09/2021

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B
Cher Monsieur Carel, vous avez mené ce combat jusqu'au bout avec honneur et fidélité pour vos frères d'armes. Ces harkis que l'on a abandonnés ainsi que leurs familles. Vous racontez des choses tristes et vraies...mieux que dans les livres d'histoires, parce que vous l'avez vécu comme mon cher père...
Merci Monsieur Serge Carel de défendre la mémoire des harkis et de leurs familles.

Naura fille d'un harki.
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B
Quant, vont-ils ouvrir les yeux pour voir qu'une fois de plus on se moque de ces braves. Cette PARDONNITE aigüe est fatigante, attendre à quelques mois d’élections présidentielles, si ce n’est pas se moquer d'eux, je me fais pape. Un ancien du 13-Algérie
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